Résistance (2014) : soporifique hommage aux jeunes

Résistance est une nouvelle minisérie de six épisodes diffusée sur les ondes de TF1 depuis le 19 mai. Inspirée de faits vécus, on effectue un retour dans l’histoire alors qu’en 1940, la France est occupée par l’Allemagne nazie. À Paris, au Musée de l’Homme, travaille Lili (Pauline Burlet) en tant que secrétaire. En fait, son métier n’est qu’une façade puisqu’elle a joint un mouvement de résistance majoritairement formé de jeunes, sous l’égide de Boris Vildé (Robert Pagnol). Ensemble, ils aident des alliés ou des juifs à passer la frontière et distribuent en toute clandestinité des tracts visant à mobiliser la population contre l’envahisseur. Mais la police française, qui collabore avec les « boches », parvient à déjouer la plupart de leurs plans, sans compter l’aide de la Gestapo. Créée et scénarisée par Dan Franck afin de souligner le 70e anniversaire de la libération de Paris, Résistance à bénéficié d’un imposant budget de 8.5 millions d’euros, ce qui se reflète admirablement dans la recréation d’époque. Par contre, un gros budget et l’apport de plus de 2000 figurants ne sont pas garants d’une bonne histoire. Le rythme est monotone, il n’y a presque pas d’action et la grande majorité des personnages manquent de profondeur.

Film/série de guerre : un genre

Dans ses lettres à son père, Lili prétend s’ennuyer à son travail et manquer ses proches ainsi que sa ville natale. Elle veut en fait lui éviter tous soucis puisqu’elle a décidé de s’opposer au gouvernement Pétain qui collabore avec l’ennemi. C’est sa rencontre avec Boris qui l’a décidé à franchir le pas. Ce dernier est connu de tous les ennemis du régime et il n’hésite pas à se servir de ses contacts pour leur venir en aide, comme la comtesse de la Bourdonnays (Fanny Ardant) par exemple, qui héberge des prisonniers le temps qu’ils parviennent à s’échapper et Paulette (Isabelle Nanti), la tenancière d’une maison close, qui fait de même. Au sein du groupe on retrouve aussi Jeannot, 15 ans, qui souhaite gagner l’Angleterre pour s’engager dans l’armée des alliés et André (Jérémie Pétrus), un juif qui après que son frère ait été emprisonné pour des raisons ridicules, prend les armes et participe à des raids contre les Allemands. Vient ensuite « Le Gosse » (César Domboy), l’amant de Lili qui doit vivre en reclus depuis que la police est au courant de ses agissements. Malheureusement, dans la plupart des cas, tous les prisonniers qu’ils tentent de libérer sont arrêtés par la police, puis fusillés (incluant Boris), notamment grâce à la précieuse collaboration d’un membre de la Gestapo qui s’est infiltré dans le groupe.

Depuis longtemps, les films ou séries traitant de la Deuxième Guerre mondiale attirent les foules. En plus d’être un exercice de mémoire collective, ce genre est normalement garant de scènes d’action, d’espionnage où l’occasion d’entrer dans la psyché des combattants et même des ennemis. Résistance ne compte à son actif aucune de ces catégories. Certes, quelques personnages dans la série comme Boris Vildé, André Bollier et Sylvette Leleu ont bel et bien existé, mais la série se veut d’abord et avant tout un divertissement historique qui manque cruellement… de divertissement. Tous les complots des jeunes échouent, il n’y a aucun rythme, on ne retrouve aucune scène de tension, sinon l’éternel cliché du prisonnier dans le train qui vit un moment d’angoisse alors que des soldats allemands s’approchent pour lui demander ses papiers : l’imposture fonctionnera-t-elle ou non? On en a vu d’autres, beaucoup d’autres. Et au cas où on pourrait l’oublier, il s’agit ici de R-É-S-I-S-T-A-N-C-E; mot que l’on doit répéter environ une cinquantaine de fois rien que dans le premier épisode.

Rendre hommage aux jeunes

Lors d’un entretient au Figaro, Dan Franck a expliqué son but en créant Résistance : « À présent, presque tout a été dit sur la Résistance. Mais personne n’avait vraiment souligné la jeunesse des résistants et le prix qu’ils ont payé pour la France ». Bien que l’initiative soit bonne, l’approche est maladroite et on n’y croit plus ou moins. L’une des raisons étant le manque de profondeur de ceux qu’ils veulent aider; les prisonniers. Aucun effort scénaristique n’est déployé pour nous les faire connaître. Qui sont-ils? Qu’ont-ils enduré? Que comptent-ils faire une fois « libérés » de la France? La BBC, en pleine commémoration audio-visuelle de la Première Guerre mondiale, nous a donné deux excellentes séries, dont Crimson Field en avril. Celle-ci rendait hommage aux infirmières anglaises travaillant dans un camp militaire en Boulogne. À chaque épisode, on accordait une importance égale entre la vie de ces femmes et le vécu de leurs patients, ce qui rendait les épisodes beaucoup plus attendrissants.

L’autre aspect qui fait défaut à Résistance est son manque de nuances, c’est-à-dire que seuls les jeunes se battent dans une ville, un pays qui s’accommode de sa condition. Mis à part quelques exceptions, tous les adultes réprouvent les actions qu’entreprennent ces jeunes, les accusant d’être communistes. Et évidemment, tous les Allemands dans l’histoire sont mis dans le même panier : des envahisseurs automates et au cœur de pierre. Encore une fois, la BBC tirait mieux son épingle du jeu avec 37 days diffusée en mars et dans laquelle on nous montrait les activités incessantes des diplomates de différentes chancelleries d’Europe entre le moment où l’archiduc François-Ferdinand était assassiné et la déclaration de la guerre. Cet exercice nous aidait à mieux comprendre le point de vue de chaque pays et d’apporter des bémols sur le déclenchement d’un conflit qui aurait très bien pu être évité. Dans la série de TF1, c’est à peine si on mentionne le nom du maréchal Pétain.

La diffusion des deux premiers épisodes, Résistance a attiré environ 3,85 millions de téléspectateurs pour plus de 22 % des parts de marchés. Une semaine plus tard, les chiffres ont considérablement diminué pour n’accaparer qu’environ 15 % des parts. Une tête d’affiche aurait pourtant pu contenir cette hémorragie : Fanny Ardant qui joue une comtesse qui a du cran et beaucoup de panache. S’il est désormais monnaie courante aux États-Unis que de grands acteurs acceptent des rôles dans des séries, il en est tout autrement en France dont les stars ont tendance à lever le nez sur tout ce qui a trait à la fiction conçue pour la télévision. Ici, la prestation de Mme Ardant est en effet magnifique, mais son personnage apparaît dans trop peu de scènes et on ne peut compter sur les autres qui se révèlent trop fades pour nous divertir. Qu’on se console : si on veut plus d’action et plus de moments forts, on pourra toujours se rabattre sur la très bonne série Un village français dont la sixième saison sera diffusée au début de 2015.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s