Black box (2014): doctoresse Jekyll et mademoiselle Hyde

Black box est une nouvelle série diffusée sur les ondes d’ABC aux États-Unis depuis la fin avril. Elle met en scène Catherine Black (Kelly Reilly), une neurologiste de renom qui fait des miracles sur des patients atteints de problèmes psychologiques. Seulement, elle est bipolaire et elle marche sur un fil de fer lorsqu’elle arrête de prendre sa médication, ce qui lui arrive à quelques reprises. La soutiennent dans son combat de tous les jours la psychiatre Helen Hartramph (Vanessa Redgrave), son frère Josh (David Chisum), son épouse Regan (Laura Fraser) et leur fille Esme (Siobahn Williams), laquelle est en vérité la fille biologique de Catherine. Elle doit en plus faire face à de nombreux bouleversements dans sa vie alors que son petit ami Will (David Ajala) la demande en mariage et l’arrivée d’un nouveau médecin, Ian Bickman (Ditch Davey), qui ne la laisse pas indifférente. Black box est somme toute un drame médical bien rodé où chaque semaine, des patients se voient hospitalisés, puis guéris grâce au génie de son héroïne. Par contre, c’est un autre aspect des épisodes qui se révèle bancal; celui où l’on tente de nous transmettre à l’écran les symptômes de la maladie mentale et le combat perpétuel entre les pulsions et la raison auquel se livre Catherine.

Investigation médicinale

Catherine et son frère Josh ont été élevés par une mère bipolaire qui s’est enlevé la vie alors qu’ils étaient encore bien jeunes. C’est peut-être cette perte et le fait qu’elle soit elle aussi atteinte de ces troubles qui l’ont poussé à étudier en médecine. Mais elle ne fait pas figure de modèle pour autant. En effet, les maniaco-dépressifs ont de longs moments d’abattements, mais aussi des périodes d’euphories intenses où tout semble possible. C’est ce côté de la médaille qui manque à Catherine et qui fait que quelquefois, elle arrête de se médicamenter. De plus, des événements dans sa vie viennent fragiliser son état, à commencer par Will qui la demande en mariage. Bien que Catherine accepte, reste qu’elle est nerveuse étant donné le piètre exemple donné par ses propres parents. De plus, Will voudrait éventuellement des enfants, alors que pour elle, c’est impensable d’autant plus qu’elle a renoncé à ses droits sur Esme, persuadée que son état est synonyme d’une instabilité qu’elle trainera toute sa vie. Que fait l’héroïne dans ces moments de grande tension? Elle arrête sa médication, boit trop et va même tromper Will avec un inconnu. Lorsqu’elle lui avoue ce qui s’est passé, c’est à son tour de la tromper, si bien que le couple s’en va rapidement à la dérive. Jusqu’à tout récemment, Catherine avait caché à Will qu’elle était bipolaire, si bien qu’on a droit à plusieurs scènes où ils discutent de ses troubles, des symptômes, etc.; ce qui ressemble à un cours 101 sur la maladie davantage destiné aux téléspectateurs qu’aux protagonistes.

C’est son travail qui sert définitivement de baume sur ses plaies puisqu’elle réussit à chaque fois à diagnostiquer ce qui ne va pas chez ses patients, au point qu’on la surnomme la « Marco Polo du cerveau ». Les cas sont divers et surtout complexes. Elle a à ses côtés deux stagiaires et ensemble, ils tentent « d’investiguer », comme dans un policier, parce que souvent, les maux des patients ne reflètent en rien le premier diagnostic. Là encore, on nage entre information et fiction, mais reste que le cerveau est assez complexe pour assurer à la série une kyrielle d’épisodes. Si les « enquêtes » médicales sont très bien menées, mettant en scène des cas de patients hors de l’ordinaire, il en va tout autrement lorsqu’on explore le côté noir de Catherine; lequel pourrait bien coûter une seconde saison à la série.

La maladie mentale en deux séries

Il est plus facile de transmettre la douleur au petit écran (comme au grand) lorsqu’elle est visible. La pérennité de plusieurs séries médicales comme Grey’s Anatomy, E.R. et Remedy au Canada (qui vient d’être renouvelée pour une seconde saison) en témoigne. C’est moins évident en ce qui a trait à la maladie mentale, sous toutes ses formes, à l’image de notre société d’ailleurs (par exemple au Canada, on met encore en place en 2014 des campagnes de sensibilisation sur la dépression, alors que la population peine toujours à faire la différence entre tristesse passagère et condition médicale). Deux séries cette saison, incluant Black box, ont mis en scène des protagonistes en prise à des troubles bipolaires, la seconde étant Mind Games. Cette dernière qui a été annulée après seulement quelques épisodes mettait en scène Clark, un brillant scientifique que les troubles rendaient à la fois nerveux, excité et jacasseur à souhait, si bien qu’il nous donnait des maux de tête et l’envie de changer de chaîne. Et le fait qu’on ait abordé la maladie de Clark sous un angle ludique n’a en rien arrangé les choses.

Black box, même si elle fait dans le drame, n’a pu faire mieux. Lorsqu’elle ne prend pas ses médicaments, Catherine devient…. excitée. En effet, lors d’un congrès à San Francisco, elle a couché avec un inconnu, une autre fois c’était avec le Dr Ian et elle a littéralement violé son petit ami Will, lequel avait encore les marques le lendemain et disait avoir apprécié sa soirée. Dans sa critique de la série, Alan Sepinwall cite la protagoniste alors qu’elle parle d’un de ses symptômes ressentis et y va de cette juste observation : « « « On the ride home, I became hyper sexual. » (The show is, shockingly, very interested in the ways in which this difficult medical condition only makes its main character sexier.) ». Heureusement, passé le premier épisode, on a davantage recentré l’intrigue sur ce qui se passe à l’hôpital. Reste que la trame sonore, des musiques de jazz langoureuses, semble évoquer un personnage principal sensuel alors que Catherine est davantage dévouée et mélancolique. Dans la mise en scène, on tente de transposer à l’écran ce qui se produit dans sa tête lorsqu’elle n’est plus sous l’effet des médicaments (ciel constellé de ses visions, elle se met à voler, la vue de San Francisco se transforme en une toile du style Van Gogh, etc.), mais sans succès.

Il y a une corrélation entre Black box et la défunte House dans lesquelles on retrouve un personnage principal asocial en proie avec ses propres démons, mais doté d’un talent sans égal pour prononcer l’exact diagnostic d’un patient, envers et contre tous (d’ailleurs, le réalisateur du pilote de l’actuelle série, Ryan Singer, a aussi collaboré aux épisodes de la précédente). Mais à la différence du Dr Gregory, Catherine est beaucoup plus sympathique et la prestation de Kelly Reilly dans ce rôle principal est notoire. Ce facteur est par contre éclipsé par une représentation maladroite des troubles bipolaires qui ne fait pas l’unanimité. En effet, après un pilote qui a attiré près de 8,87 millions de téléspectateurs, 2 semaines plus tard, il n’en restait que 4,64. La performance de Black box est à l’image de la catastrophique saison à ABC : à l’exception de Agents of S.H.I.E.L.D., The Goldbergs et Resurrection, les dix autres nouveautés de l’Automne/hiver 2013-14 ont été annulées. Souhaitons pour la chaîne que les douze autres projets qu’elle a en banque dès la saison prochaine s’avèrent de plus grande qualité tout en maintenant son auditoire.

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