Surviving Jack / The Walshes (2014) : du recyclé des deux côtés de l’Atlantique

Surviving Jack est une nouvelle comédie diffusée sur les ondes de FOX aux États-Unis et CTV au Canada depuis la fin mars. On nous transporte en 1991 chez les Dunlevy alors que la mère de la famille, Joanne (Rachael Harris) décide de retourner à l’université pour étudier le droit et que son mari Jack (Christopher Meloni) prend la relève de manière peu orthodoxe pour élever leurs deux adolescents: Franckie (Connor Buckley) et Rachel (Claudia Lee). The Walshes, quant à elle, est une comédie de trois épisodes diffusée sur les ondes de BBC Four depuis la mi-mars. Celle-ci débute alors que la jeune adulte Ciara (Amy Stephenson) est nerveuse à l’idée de présenter son nouveau petit ami Graham (Shane Langan) lors d’un souper avec sa famille, laquelle est pour le moins simplette. Au cours des épisodes, on apprend à connaître ses membres, leurs excentricités, mais surtout l’indéfectible lien qui les unit. Ces deux séries, l’une se déroulant en Californie, l’autre à Dublin, abordent le sujet la famille de manière diamétralement opposée : la version américaine se concentre sur le passage à l’adolescence (maintes fois exploité cette année) et les enfants qui cherchent à s’émanciper alors que la version britannique met l’accent sur la proximité entre ses membres. Dans les deux cas, les rires se font rares.

Les relations familiales… père / fils et les années 90

Jack est un imminent docteur qui est tout sauf sympathique. D’un sérieux inébranlable et peu patient, il donne l’impression d’être dénué de sentiments. Son fils Frankie est en dernière année de lycée. À l’opposé de son patriarche, il est maigrelet et introverti, surtout lorsqu’il s’agit d’aborder les filles. Rachel est tout le contraire. Pour le moins arrogante, elle fait tourner la tête de plusieurs garçons et trouve toujours le moyen d’éviter de se soumettre à l’autorité paternelle. De toute façon, elle importe peu dans l’histoire; comme dans The Goldbergs, Growing Up Fisher et autres comédies américaines ayant la famille au cœur des principales intrigues, les personnages féminins sont relégués à l’arrière-plan. Ici, c’est de la relation père fils qu’il s’agit. Et malheureusement pour la série, elle arrive trop tardivement dans la saison 2013-14 pour sembler un tant soit peu originale : l’adolescent qui doit prendre son courage à deux mains pour inviter une fille au bal des finissants, le père distant qui est dans sa bulle, le sport qui les rapproche, etc.

Le fait de situerla série dans les années 90 n’apporte qu’une dimension esthétique, et encore. Tout le pilote était filmé avec un filtre rappelant le grain de la télévision de la décennie, bien avant l’ère du numérique et du HD. Mais on ne sait pourquoi, cette initiative qui aurait pu servir de signature à Surviving Jack a été abandonnée pour les épisodes suivants. Pour ce qui est du ton, on regarde une série des années 2010. On y retrouve plusieurs répliques à caractère sexuel et plusieurs mises en situation grivoises qui n’auraient sans doute jamais été présentées à heure de grande écoute à l’époque. Des années 90 restent la mode, la coiffure… et surtout la musique, laquelle est omniprésente comme le résume si bien Matt Fowler : « In fact, after bouncing between songs from Fine Young Cannibals, EMF, Jesus Jones, Jane’s Addiction, Mark Mark and the Funky Bunch, George Michael (…), it quickly became clear that there were more songs than jokes. »

Des capsules au format de 30 minutes

The Walshes a été écrite par Graham Linehan du groupe humoristique Diet of Worms. Cette comédie est d’ailleurs basée sur une web série datant de 2010 et intitulée The taste of home et met en scène la plupart des mêmes acteurs. Les épisodes de BBC Four ont beau avoir été tournés cette année, on a l’impression de retourner 20 ans en arrière tellement ceux-ci s’inscrivent dans des codes télévisuels les plus tenaces. Le père, Tony (Niall Gaffney), est un chauffeur de taxi peu éduqué qui aime la bière et les programmes télé, un peu comme Homer Simpsons. Son épouse, Carmel (Philippa Dunne), est bien entendu femme au foyer. Plutôt conservatrice et véritable mère-poule, elle passe son temps à cuisiner et à faire le ménage. Vient ensuite leur fils Rory (Rory Connolly), un être unidimensionnel qui prétend travailler dans un club vidéo alors qu’il est sans emploi. Puis il y a Ciara qui se dit sans cesse embarrassée par sa famille, mais qui vit toujours avec celle-ci. Évidemment, ils trouvent tous le moyen, sans le vouloir, de mettre mal à l’aise son nouveau petit ami Graham, mais passé la première impression, tout ce beau monde finit par s’entendre. Lorsque Graham est expulsé de son appartement, la famille accepte de l’héberger et s’installe une nouvelle dynamique entre ses membres.

The Walshes est l’exemple typique à ne pas suivre dans une ère où le web et la télévision se côtoient, avec deux formats qui ne s’agencent pas tout le temps. Les productions audiovisuelles sur le web se définissent par leur brièveté : des clips courts, mais punchés qui se regardent entre quelques stations de métro, comme l’excellente série mettant en vedette le faux joueur de hockey Patrice Lemieux. Dans la production de BBC Four, on retrouve plusieurs gags qui fonctionnent très bien, mais noyés dans un contenu au ton inégal. En se penchant sur le pilote, le site mediapick cible très bien la problématique : « Certainly in this episode, the priority seems to have been to pack the writing with palpable awkwardness, rather than straightforward comedy. » De plus, le fait que cette comédie ne comporte que trois épisodes n’engage pas assez le téléspectateur alors que c’est le cas avec plusieurs capsules web qui se concentrent sur l’essentiel : faire rire.

Surviving Jack a récotlé un auditoire moyen de 4,60 millions au cours des trois premiers épisodes, dont 1,0 dans la payante cible des 25-54 ans ; ce qui la place à la limite entre le renouvellement ou l’annulation. Son principal défaut est d’arriver trop tard dans la saison alors que d’autres sitcoms ont déjà exploité (et pas nécessairement mieux) le thème de la famille. Pour ce qui est de The Walshes, aussitôt vue, aussitôt oubliée. On a extirpé un concept gagnant du web pour en faire un vieux produit télé, lui amputant par le fait même un avenir.

 

 

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