Working the Engels / Sirens (2014) : masculinité et mauvaise réputation

Working the Engels est une coproduction entre NBC et Global et est diffusée au Canada depuis le début mars. Cette comédie débute alors que Ceil Engels (Andrea Martin) apprend de la bouche de son comptable que son mari, récemment décédé, a accumulé plus de 200 000 $ en dettes. Victime d’un accident, elle se retrouve à l’hôpital, ce qui donne lieu à une réunion familiale avec ses trois enfants : Jimmy (Benjamin Arthur), Sandy (Azura Skye) et Jenna (Kacey Rohl). Lorsqu’elle expose ses problèmes financiers, Jenny qui est avocate de formation décide de reprendre les rênes de la firme de son père et toute cette famille dysfonctionnelle s’unira pour faire fonctionner l’entreprise. De son côté, Sirens est une nouvelle comédie diffusée sur les ondes de USA Network aux États-Unis. Adaptation de la série britannique éponyme, on entre dans le quotidien de trois ambulanciers célibataires de Chicago : Johnny (Michael Mosley), Hank (Kevin Daniels) et Brian (Kevin Bigley) qui ont autant de compassion pour leurs patients que pour la gent féminine. Les deux séries sont assez drôles, mais la première a le « malheur » d’être à demi canadienne alors que la seconde se doit de perpétuer le mythe de l’homme trentenaire immature qui a peur de s’engager.

 


Une collaboration, deux standards
La matriarche des Engels, Ceil, est volage et n’a aucun sens des responsabilités. Son aînée, Sandy, a eu de gros problèmes de dépendance et après plusieurs mois passés dans une secte, est toujours en quête de spiritualité. Jimmy est un pickpocket sur qui on ne peut vraiment compter et il multiplie les aventures d’un soir alors que la plus jeune, Jenna est un peu trop sage, solitaire et se laisse souvent marcher sur les pieds. Pour cette comédie, il faut admettre que les scénaristes nous apportent des mises en situation assez originales. Dans le deuxième épisode, Jenna doit défendre une femme de ménage immigrante qui a été renvoyée pour des motifs arbitraires et qui risque d’être déportée. En parallèle, Sandy souhaite devenir prêtresse et question de gagner en crédibilité, elle convainc sa mère de faire semblant d’être morte et organise des funérailles. Dans le troisième épisode, Jimmy a donné la bague de fiançailles de sa grand-mère à une strip-teaseuse qui refuse de la lui rendre. Jenna veut à tout prix la récupérer et pour amadouer celle-ci, elle va jusqu’à faire une danse du poteau dans un club. Sans être hilarante, Working the Engels s’en tire plutôt bien. On évite les clichés et chaque personnage est unique et apprécié. Notons entres autres le jeu d’Andrea Martin qui s’investit à fond dans son rôle et qui a les meilleures répliques.


Le problème se situe plutôt au niveau de la programmation. La série est en ondes sur Global depuis déjà quelques semaines alors que NBC la diffusera en juillet. On le sait, l’été est une période creuse pour la télévision et plusieurs séries s’y trouvent parce qu’elles n’ont pas le calibre d’affronter la compétition durant l’automne et l’hiver. Ici, on envoie comme message que Working the Engels suffit aux standards des Canadiens à cette période de l’année et non à ceux des Américains. La même chose se produit avec Motive (pourtant très bonne) dont la deuxième saison à débuté à la fin février à CTV, mais qui sera sur les écrans de l’autre côté de la frontière en mai. En entrevue, l’actrice Andrea Martin énonçait ceci : « It didn’t feel like I was participating in a Canadian show. We were shooting a great script with wonderful characters. We just happened to be in Toronto ». Cette réplique peut-être interprétée de plusieurs façons. D’une part, la neutralité de la série fait qu’elle pourrait être australienne, américaine, peu importe, donc dénuée de toute spécificité canadienne. D’autre part, les sitcoms du pays ont peu de succès auprès de leur auditoire et sont pour la plupart ennuyeuses (Spun out, Package deal, etc.). En ce sens, le fait qu’on ne sache pas ou qu’on ne sente pas qu’elle est canadienne serait une bonne nouvelle!


Solidarité masculine
Plusieurs séries mettent en scènes des héros de tous les jours, qu’il s’agisse des pompiers dans Chicago Fire ou des médecins dans Dr Grey ou Remedy et on ne se gêne pas pour glorifier ces personnages qui vont jusqu’à tout faire pour sauver des vies et parfois même mettre la leur en jeu. Le métier d’ambulancier offre aussi ce potentiel pour une série télévisée, mais c’est tout le contraire qui se produit dans Sirens. Ici, les trois protagonistes sont trop centrés sur eux-mêmes pour prendre leur travail à cœur. Johnny s’est récemment fait larguer par sa copine, la policière Theresa (Jessica McNamee), et cherche un moyen de regagner ses bonnes grâces. Hank est homosexuel et vient lui aussi de se séparer. Quand à Brian, c’est la nouvelle recrue du groupe qui vit dans le même bloc appartement que ses parents. Leur métier d’ambulancier est davantage propice à des conversations sur leurs vies respectives que sur le bien-être des patients. À titre d’exemple, ils ont donné leur accord pour donner des cours de secourisme à des jeunes en milieu défavorisé, mais font tout pour écourter la séance parce qu’ils ont obtenu des billets pour un match de basketball. C’est justement ce ton irrévérencieux qui plaît dans Sirens et le fait que les trois protagonistes soient si solidaires les uns envers les autres.


L’envers de la médaille, Mary McNamara le mentionne dans son article : « Together, they are helping one another grow up and learn to be men. Which is a sad thought, really, since they are all well into adulthood and could easily be fathers themselves. But that is where American masculinity finds itself these days, on television at least. » Justement, si Johnny est célibataire, c’est parce qu’il ne veut pas d’enfants et qu’il hésite à aménager avec Theresa. Hank est peu porté sur la fidélité alors qu’on se demande si Brian a déjà eu une petite amie.
Les gags quant à eux, tournent beaucoup autour de la sexualité. Dans le premier épisode, ils doivent venir en aide à un homme qui s’est retrouvé « accidentellement » avec une bouteille de soda dans le derrière. Dans le troisième, ils acceptent d’aller effacer le contenu d’un ordinateur d’un patient qui renferme plusieurs vidéos pornographiques entre des humains et des animaux et Johnny angoisse parce qu’il a prêté son iPad à Theresa qui contient, lui aussi, de la pornographie. Bien que vulgaire, on ne peut s’empêcher de rire des mises en situation pour le moins osées que l’on retrouve dans Sirens et qui ne verraient jamais le jour sur une chaîne généraliste. Par contre, on peut se désoler que la masculinité à l’écran en soit toujours réduite à ces clichés.
Peu importe le genre d’humour, Working the Engels et Sirens réussissent à nous faire rire, ce qui est déjà une réussite. La série de USA Network s’en tire plutôt bien pour une chaîne câblée avec un auditoire moyen de plus d’un million à chaque épisode. Quant à celle de Global, nous verrons à l’été si les Américains aimeront ou bouderont l’humour (en partie) canadien.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s