Looking (2014) : bienvenue en 2014

Looking est une nouvelle série diffusée depuis la mi-janvier sur les ondes de HBO au Canada et aux États-Unis. Cette fiction nous transporte à San Francisco dans le quotidien de trois amis gais dans la trentaine; Patrick (Jonathan Groff), un designer de jeux vidéos, Augustin (Frankie J. Alvarez), un assistant dans une galerie d’art, et Dom (Murray Barlett) un serveur dans un grand restaurant. Les épisodes se suivent où amours, carrières et ambitions sont au cœur de leurs préoccupations. La série, dès l’annonce de son lancement a créé beaucoup d’engouement : certains s’attendant à une version gaie de Sex and the city ou encore Girls, d’autres à un Queer as Folk des années 2010. Dans les deux cas, cette clientèle avait de quoi être déçue. Looking est une fiction un peu trop fade diront certains, parce qu’elle met en scène des personnages un peu trop réalistes, ayant des hauts et des bas comme tout le monde, qu’on soit gai ou hétérosexuel; bref, la monotonie de la vie. Pourtant, les épisodes défilent à la vitesse de l’éclair, on s’attache très vite aux protagonistes et la mise en scène est digne d’un film d’auteur.

On veut quoi exactement?

La première scène du pilote dit tout. Patrick se trouve dans un lieu de drague à l’extérieur et un homme commence à le caresser dans une mise en scène digne de L’inconnu du lac (2013). Avant qu’ils ne passent à l’acte, Dom lui téléphone et Patrick repart en lui disant où il était, ce à quoi son ami lui répond quelque chose comme « on drague encore comme ça de nos jours? »  Justement, non. On a beau être à San Francisco, on n’est plus dans les années 70 où les gais allaient chercher de la compagnie à l’abri des regards. Dans cette ville en 2014, ceux-ci vivent leur homosexualité au grand jour et partagent le même quotidien que leurs pairs hétérosexuels. Patrick est un célibataire qui a beau parcourir les sites de rencontre en ligne, il ne peut s’empêcher de faire une mauvaise impression avec ses rencarts. Après avoir jeté son dévolu sur Richie (Raùl Castillo), il n’est pas indifférent non plus aux charmes de son patron Kevin (Russell Tovey). Jusqu’à tout récemment, il vivait avec Augustin, lequel vient d’aménager chez son nouveau petit ami. On sent que la vie de couple lui pèse, tout comme son travail et s’en veut surtout de ne pas avoir poursuivi son rêve de devenir artiste. Dom aussi s’ennuie au travail. Il aimerait ouvrir son propre restaurant et du côté sentimental, des cicatrices refont surface alors qu’un ancien petit ami tente de renouer avec lui.

Comme on peut le constater, les intrigues n’ont rient de sensationnel et le problème de la série selon plusieurs téléspectateurs, est qu’elle ne cherche pas à être…gaie. Le réalisateur Andrew Haigh confiait en entrevue à propos de Looking :«  (…) la représentation des gais à la télévision est si faible, dès que vous lancez ce genre de programme, on vous met sur un piédestal, et on vous demande de représenter toute la communauté ». Queer as folk (2000-2005) tout comme The L world (2004-2009) avaient un ton plus activiste et des thèmes comme le coming out et la revendication des droits étaient centraux à l’histoire. À l’opposé et plus récemment, il y a eu The new normal (2012-13), une comédie traitant d’homoparentalité. Ici, on passait dans une sphère complètement différente en abordant comme sujet l’adoption, preuve que l’homosexualité s’est normalisée avec les temps.

Est-ce que ça veut dire qu’on n’a plus rien à dire d’intéressant sur le sujet? En fiction, peut-on aborder l’homosexualité sans pour autant parler de discrimination ou du SIDA? On peut faire un parallèle intéressant avec la présence des noirs à l’écran. Prenons par exemple Scandal, (2012 – ) Deception (2013), Ironside (2013) et Sleepy Hollow (2014) dont les personnages principaux sont de couleur. Jamais il y a dix ou quinze ans on n’aurait vu ça. Désormais on ne remarque plus la couleur de la peau et on se concentre sur les intrigues. En même temps, la question du racisme est pour ainsi dire dépassée et n’y est plus vraiment abordée. On est passé à autre chose et les noirs évoluent avec les blancs, hispaniques, etc. À quand le même traitement pour les gais?

À la limite du documentaire

Looking ressemble beaucoup dans sa structure au film Weekend (2011) d’Andrew Haigh qui a été primé dans plus de 18 festivals à travers le monde. Dans le synopsis, deux hommes se rencontrent pour la première fois dans un bar. Ils passent ensuite toute la fin de semaine reclus, à faire connaissance. Ce huis clos où le scénario se veut un mélange de confidences et de banalités n’est pas fait pour tous, mais nous permet d’entrer dans l’intimité des personnages auxquels on ne peut que s’attacher. C’est un peu la même chose que l’on retrouve dans la série. Dans l’entrevue mentionnée plus haut, Haigh affirmait qu’il aimait donner de la latitude à ses acteurs et à l’équipe technique. On est d’abord décontenancé par certains plans mal cadrés, pris sur le vif, par le fait que les protagonistes  parlent la bouchent pleine lorsqu’ils se rencontrent pour un repas ou par l’utilisation minimale d’éclairage autre que naturel. Cet « inesthétisme » contribue à donner plus de réalisme à la série et la liberté que s’accordent les acteurs principaux dans leurs textes font qu’on se demande sans cesse si ce sont eux où leurs personnages qui s’expriment. On se reconnait aisément en eux et la réalisation pour ainsi dire épurée accentue l’impression de proximité avec le téléspectateur.

Looking est une série qui se laisse apprivoiser, mais encore faut-il s’en donner la peine. L’idée de diffuser un épisode de 30 minutes chaque semaine est probablement la plus grosse erreur du diffuseur. Grâce à l’enregistrement, l’option de regarder les quatre premiers l’un à la suite de l’autre est probablement la meilleure, car on tombe plus facilement sous le charme. Avec des cotes d’écoute très basses (entre 110 000 et 440 000), on peut craindre que HBO ne renouvelle pas la série, et ce, bien que les finances de la chaîne câblée se portent bien. Haigh a qualifié sa série d’à la fois légère, optimiste et mélancolique. Elle n’est visiblement pas pour tous, mais vaut définitivement le détour.


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