Enlisted / Spoils of Babylon (2014): comédie et parodie

Enlisted est diffusée depuis janvier sur les ondes de Fox aux États-Unis et CityTV au Canada. Cette comédie débute alors que le sergent Pete Hill (Geoff Stults) est rappelé d’Afghanistan où il combat après avoir agressé par mégarde un supérieur. De retour en Floride au Fort McGee, il sera chargé de la formation d’un groupe de jeunes soldas pour le moins inexpérimenté, y compris ses deux jeunes frères. De son côté, Spoils of Babylon est diffusée sur les ondes d’IFC aux États-Unis. Dans cette parodie, on suit les tribulations des Morehouse avec à sa tête le patriarche Jonas (Tim Robbins), sa fille Cynthia (Kristen Wiig) et son fils adoptif Devon (Tobey Maguire). Cette famille, que le pétrole trouvé sur ses terres a enrichi, doit composer avec plusieurs drames familiaux et sentimentaux rocambolesques, à l’image d’anciens feuilletons américains. Enlisted a tout du blockbuster mélangeant humour (trop) facile et émotions gentillettes, tandis que Spoils of Babylon, malgré une judicieuse mise en scène et des acteurs chevronnés, a le défaut de se moquer d’un genre totalement méconnu de son public cible; les jeunes. Exploitant l’humour de façons totalement différentes, les deux séries ont pour seul point commun la difficulté de rejoindre un large auditoire, si précieux pour assurer leur futur.

Une histoire de famille

Sans un langage quelquefois vulgaire qui lui a valu la cote de « 14 ans et + », Enlisted pourrait facilement être une émission destinée aux enfants tellement les mises en situation sont simplettes, tout comme la psychologie des personnages. Pete est un vaillant soldat qui a fait ses preuves sur le front, mais qui doit maintenant s’occuper de recrues aussi incompétentes que démotivées, ce qui vaut au personnage principal cette réplique : « can I please go back to war? ». Qu’importe, il passe le plus clair de son temps avec ses deux jeunes frères, Derrick (Chris Lowell) qui est aussi cynique que rebelle et Randy (Parker Young) qui considère son grand frère comme un dieu et pour qui l’armée est un prétexte pour passer du temps en famille. Les autres soldats du groupe sont aussi insignifiants qu’ils n’apportent pas grand-chose à l’histoire. On retrouve dans cette bande de désaxés les clichés habituels : le gros, le nerd, le peureux et pour s’assurer d’être correct politiquement, on inclut une asiatique, une hispanophone et un noir. Seul le gai de service manque à l’appel, mais la série se déroule dans l’armée : don’t ask, don’t tell!

Dans son article sur la série, Robert Lloyd résume très bien le leitmotiv que l’on retrouve au cours des épisodes :« The very American, not quite paradoxical idea that motivates these movies and shows is that we are better when we work together as a team. »  C’est justement ce ton beaucoup trop enfantin qui vient miner la crédibilité d’Enlisted. En fait, la série aurait été plus cohérente si elle s’était déroulée dans un camp de vacances au lieu d’un camp militaire. Ce n’est pas à l’entrainement où les différentes amitiés se créent, mais bien dans les bars où ils passent leurs soirées. Lors du quatrième épisode, un pari entre deux commandants oblige les recrues à s’affronter lors d’un match de football amical; encore une fois, rien à voir avec le métier des armes. Dans l’épisode précédent, Randy insiste pour passer plus de temps avec  Pete qu’il a peu vu ces dernières années. Après maintes excuses, ce dernier lui avoue qu’il préfère être seul et il laisse entendre qu’il a besoin de digérer les horreurs qu’il a vécu lors de ses missions. Jamais on n’essayera d’aller plus en profondeur sur ce sujet, ce qui vaudra cette réplique on ne peut plus simpliste de Randy à ses coéquipiers :« he wants to be alone because he’s going throught some stuff »…

Une (autre) histoire de famille

En regardant la liste des acteurs jouant dans Spoils of Babylon (Will Ferrell, Jessica Alba, Val Kilmer, Toby Maguire, Tim Robbins, Michael Sheen, etc.), on avait de quoi être étonné, d’autant plus que les scénarios ont été écrits par Matt Piedmont qui a auparavant collaboré avec l’équipe de Saturday Night Live. L’histoire va comme suit : Jonas trouve un beau jour sur la route un jeune garçon qui a perdu la mémoire quant à ses origines et décide de l’adopter. Les années passant, Devon et Cynthia tombent amoureux, mais cette passion qu’il faut taire parce qu’élevés comme frère et sœur s’interrompt lorsque les États-Unis déclarent la guerre à Hitler et que Devon s’engage dans l’armée. Le conflit terminé, le fils prodigue rentre au bercail avec Lady Anne York, une Anglaise qu’il a épousé alors qu’il était en Europe et bientôt nait de cette union un enfant. Cynthia, qui ne peut cacher sa jalousie, met le feu à la chambre de Lady Anne, laquelle périt dans l’incendie. Entre-temps, un chercheur a inventé un moteur automobile qui fonctionne grâce à la vapeur, ce qui pourrait compromettre la fortune colossale des Morehouse qui tire ses revenus du pétrole. Et on retrouve toutes ces intrigues, plus folles les unes que les autres, à l’intérieur de trois épisodes seulement.

Il y a beaucoup de points positifs dans Spoils of Babylon. Certaines répliques sont franchement hilarantes (par exemple, Jonas, lors d’une conversation avec son fils :« You see these hands? This nation was built by hands like these; honest hands… mostly african and chinese ») et on n’a surtout pas peur de l’absurde (le personnage de Lady Anne est un mannequin). La parodie du langage cinématographique est aussi amusante, en particulier quand on connaît très bien ce médium. La série s’échelonne sur au moins 40 ans et on passe du noir et blanc au technicolor, d’une trame narrative se rapportant tantôt au film noir, tantôt au mélodrame, mais sans qu’on puisse identifier clairement de quoi on se moque exactement. Et c’est peut-être là où le bât blesse, ce qu’explique Mary McNamaradans son article :« parody works best when its subject is either truly iconic or still relatively fresh in the minds of the audience ». A touch of cloth (Sky 1, 2012- ) y allait du même genre d’humour, mais le fait qu’elle parodiait le genre policier, hautement plus populaire que les feuilletons américains d’avant les années 80, explique son plus grand succès.

Avec une moyenne de seulement 2,54 millions de téléspectateurs pour Enlisted et 24 000 pour Spoils of Babylon, on peut douter de leur avenir à long terme. Pour sortir du lot, la série de Fox devrait gagner en maturité et nous dépeindre des personnages avec plus de profondeur. En ce qui a trait à celle d’IFC, c’est entre autres le format télévisé qui fait défaut. Des capsules web seraient bien plus appropriées pour ce genre d’humour, d’autant plus que le type de programmation qu’offre la chaîne en général rejoint davantage un jeune auditoire.


Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s