Mob city (2013): originalité zéro

Mob city est une nouvelle série de six épisodes diffusée en décembre sur les ondes de TNT aux États-Unis et Bravo au Canada. Inspirée d’un fait vécu, on nous transporte dans les années 40 à Los Angeles alors que le département de police, sous le leadership de son chef William Parker (Neal McDonough) tente de disséminer un puissant groupe de mafiosi travaillant pour l’ancien boxeur Mickey Cohen (Jeremy Luke). C’est le détective Joe Teague (John Bernthal) qui doit s’infiltrer au sein du groupe de criminels grâce à l’aide de son ex-femme Jasmine Fontaine (Alexa Davalos) qui entretient des liens avec certains des membres les plus influents. Histoire basée sur le livre à succès « L.A. Noir: The Struggle for the Soul of America’s Most Seductive City » de John Buntin, Mob city est une série ennuyeuse qui a pour principal défaut de se prendre beaucoup trop au sérieux. Remplie de clichés et de violence gratuite, on a l’impression que le réalisateur a plagié toutes les scènes les plus populaires s’apparentant au film noir sans qu’elles ne parviennent à former un tout cohérent. De quoi finir bien mal l’année 2013…

En surface

Dès le premier épisode, les policiers sont mis sur une piste intéressante pour traquer, et éventuellement condamner l’équipe de Cohen. C’est qu’un humoriste, Hecky Nash (Simon Pegg), approche Joe sachant qu’il est détective. Il veut qu’il se joigne à lui alors qu’il s’apprête à effectuer une transaction avec Sid Rothman (Robert Knepper), un adjoint de Cohen. Nash est en effet en possession de photographies d’un meurtre qui pourraient mettre derrière les barreaux la bande de criminels. Le marché effectué, Joe assassine Nash quelques minutes avant que la police n’arrive et prétend que ce sont les bandits qui ont commis le meurtre. On suppose plus tard que c’est Jasmine qui a pris les photos compromettantes puisqu’elle connaissait bien Nash et qu’elle travaille dans un night-club appartenant à Cohen. Par contre, aux policiers comme aux truands, elle nie toute implication dans cette affaire. Entre-temps, Carl (Gordon Clapp) est un délateur travaillant pour les mafieux qui après plusieurs services rendus réclame une certaine indemnité qu’on n’est pas prêt à lui accorder. Sid envoie deux de ses hommes pour l’assassiner, mais Joe arrive juste à temps et sauve la victime.

L’une des premières répliques de la série vient donner le ton. Joe dit qu’à Los Angeles, il y a ceux qui portent des chapeaux noirs et d’autres des blancs, une façon de distinguer les bons des méchants, alors que lui en porte des gris. En effet, on ne sait jamais pour qui il travaille vraiment, collectant des informations sur les mafieux, mais n’en révélant qu’une partie au corps policier. Avec ces quelques lignes scénaristiques, on peut conclure qu’on tombera vite dans les stéréotypes, ce que les trois premiers épisodes viennent confirmer.  On se trouve en effet dans un univers de bons et de méchants. Ceux-ci assassinent et volent sans scrupules alors que les premiers sont corps et âme au service de la police.   Joe a beau se situer entre les deux, il n’est pas plus intéressant. À mi-chemin dans la série, on ne sait toujours pas quelles sont ses motivations et on n’a toujours rien appris de sa personnalité. On peut affirmer la même chose de tous les autres personnages, ce qui fait qu’on ne s’attache à aucun d’eux et qui rend Mob city très fade.

La mise en scène n’est pas plus intéressante. Pour une série sensée par son thème être l’héritière des Sopranos ou encore de la trilogie du Parrain, on est vite déçu par le rythme. Les épisodes sont surtout composés de scènes d’interrogatoires, ou de brainstorming (que ce soit entre les mafieux ou entre les policiers), avec un montage très statique, ce qui les rendent interminables. On tente de ragaillardir le tempo en ajoutant quelques scènes de tueries, mais on retombe vite dans des dialogues à n’en plus finir.

Vouloir être

Dès les premiers plans de Mob city, on sent que de gros sous ont été injectés notamment pour la recréation d’époque. La série se déroule principalement dans les années 40, mais il y a aussi plusieurs flashbacks des années 20. Costumes, décors, personnages typés (femme fatale, « parrain » chic qui dirige son équipe d’une main de fer, policier désillusionné, etc.); que de clichés qui résultent en un gros contenant, avec peu de contenu. En ce sens, la série fait plus appel à notre mémoire cinématographique qu’à la recréation à l’écran d’une autobiographie. Ainsi, les acteurs ne jouent pas un rôle spécifique, mais un archétype du genre et toute la production sert de prétexte à recréer une époque mainte fois exploitée. La série n’a donc pas assez de panache et d’unicité pour exister par elle-même et tire sa popularité d’accomplissements audiovisuels du passé.

On a tout de suite le réflexe de comparer Mob city à Boardwalk Empire (HBO, 2010- ). Les deux séries explorent le monde de la mafia et contiennent beaucoup de scènes de violence. Si elles sont très dérangeantes dans Boardwalk, on peut tout de même les justifier au point de vue scénaristique. Dans la série de TNT, elles sont non seulement gratuites, mais tellement exagérées que ça en devient ridicule. Lors du troisième épisode par exemple, un homme qui en savait trop est ligoté et jeté dans un trou qui sera bientôt recouvert de ciment. On y voit huit hommes tirer au moins six fois chacun sur lui. Pourtant, une seule balle aurait suffi… Comme l’écrit Alison Willmore dans sa critique : « « Mob City » also comes across as larger than life and a little empty, maybe because the tropes it’s built on are so well worn they’re almost impossible to read as anything other than parody ».

2,2 millions d’auditeurs ont assisté aux deux premiers épisodes de Mob city et la série a perdu plus d’un million pour les quatre derniers. Manque de rythme, personnages sans aucune profondeur, caricaturale; on aura vite fait d’oublier cette production. À la fin du troisième épisode, des mafieux tentent de tuer Carl qui s’est caché dans un carrousel en marche. Joe se joint au lot et plusieurs coups de feu sont tirés. On retrouve une scène quasi identique dans Strangers on a train (1951) d’Hitchcock. Copie ou hommage; le montage et la tension font beaucoup plus d’effet dans le film du maitre du suspens. Preuve que Mob city aura eu bien de la difficulté par exister par elle-même.

« Strangers on a train » (Hitchcock)


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