Bonnie & Clyde (2013) : la célébrité à tout prix

Bonnie & Clyde est une minisérie de deux téléfilms qui a été diffusée les 8 et 9 décembre simultanément sur les ondes d’A&E, Lifetime et History Channel. Inspiré de la vie de Clyde Barrow (Emile Hirsch) et de Bonnie Parker (Holliday Grainger), les épisodes relatent la vie criminelle des deux amants dans le sud-ouest des États-Unis durant la Grande Dépression; de leur enfance solitaire, parfois difficile jusqu’au jour où ils ont péri criblés de balles près de Black Lake en Lousiane. Cette série qui parfois traine en longueur a pour principal défaut de mal transmettre les motifs des protagonistes, qu’il s’agisse de leur relation de couple ou des raisons qui les ont poussés à commettre des crimes aussi atroces. D’un autre côté, on ne peut qu’admirer la mise en scène et toute l’attention dans le scénario qui a été accordée au rôle des médias, lesquels ont contribué à glorifier ces criminels, pour ne pas dire des sociopathes.

Courir à sa perte

Enfant, Clyde a grandi sur une ferme alors que sa famille avait très peu de moyens. Avec son frère Buck (Lane Garrison), ils ont commis nombre de petits larcins et à l’adolescence, tous deux ont fait de la prison pour différents vols. Ce qui étonne d’entrée de jeu, c’est que Clyde est loin d’être un Arsène Lupin. En effet, presque à chaque fois qu’il commet un vol, il se fait arrêter et fait de la prison. Cette « pénitence » n’a visiblement aucun effet sur lui, puisqu’il recommence dès qu’il en a l’occasion. De son côté, Bonnie a été élevée par sa mère (Holly Hunter). Elle rêve de devenir actrice de cinéma, où plutôt de la célébrité qui va avec, mais elle ne cesse d’essuyer des refus des grands studios. Les deux jeunes gens se rencontrent pour la première fois lors du mariage de Bonnie avec Roy (un mari qui disparaitra de l’histoire aussi vite que son ombre) et c’est instantanément le coup de foudre, sans qu’on ne comprenne trop pourquoi. Si au départ Clyde est réticent à l’idée de mêler Bonnie à ses méfaits, la jeune femme fatale affirme rapidement une volonté de faire partie des crimes de son amant. De fil en aiguille, ceux-ci augmenteront en gravité tout comme le nombre de vie qu’ils n’hésiteront pas à sacrifier au profit de l’argent…ou de la célébrité? Quoi qu’il en soit, ils sont intensément recherchés au point ou Frank Hamer (William Hurt),  un ancien détective émérite, accepte de sortir de sa retraite pour pincer les criminels. Éventuellement il y parviendra et le tout se terminera le 15 mai 1934 dans un bain de sang avec plus de 130 balles tirées sur le convoi funèbre.

La faiblesse dans Bonnie & Clyde est qu’on comprend mal les motivations des deux protagonistes. Les deux téléfilms sont qualifiés de « docudrames », mais prennent aussi l’allure d’un road movie. Recherchés partout en sol américain, jamais ils ne peuvent se poser et profiter de leur magot. Ils veulent toujours plus d’argent, mais n’en profitent jamais. Jusqu’à quel point l’adrénaline que leur procurent leurs méfaits les pousse à continuer? On ne sait trop et c’est pour ces raisons qu’on n’y croit qu’à moitié. Les scènes concernant leur enfance ne laissent en rien présager le chemin déviant qu’ils parcourront.  Comme l’écrit Mike Hale dans sa critique :« You don’t believe that these lightweights grew up in poverty or lived on the run or gunned down a series of lawmen, even as you watch them doing it».

Un couple de génération twitter avant l’âge

Souvent lorsqu’on effectue le remake d’un film ou qu’on reprend une histoire du passé, c’est qu’elle peut aussi rejoindre pour diverses raisons un auditoire contemporain, quitte à déformer la réalité. Dans Bonnie & Clyde, c’est tout le côté médiatique qui est accordé au couple qui nous interpelle. Comme mentionné, on soupçonne que Bonnie recherche avant tout la notoriété autant lorsqu’elle désirait être artiste que lorsqu’elle commet des crimes. Narcissique, elle adore attirer l’attention. Elle se confectionne un scrapbook de tous les articles de journaux la concernant elle et Clyde. À un moment, elle va même jusqu’à se rendre chez une journaliste pour lui donner plus de précisions sur les articles qu’on écrira plus tard sur elle. Elle est aussi offusquée lorsque le couple fait la une des quotidiens parce qu’on utilise une photo d’elle alors qu’elle était encore adolescente. Elle achète donc une caméra et envoie à la presse des photos d’elle et de Clyde la mettant plus en valeur. Dans la vraie vie, c’est la police qui après la mort du couple, a retrouvé une malle avec lesdites photos (très bien recrées dans le film) et qui les a par la suite publiées. Ainsi, elle se sert des moyens de l’époque pour attirer l’attention, un peu comme aujourd’hui où une nouvelle génération nombriliste, grâce (sic.) aux réseaux sociaux, se dévoile au monde entier.

B&C_use_this_one

Le montage dans la série vient fort bien appuyer ce leitmotiv. À plusieurs reprises, on voit des scènes de Bonnie et Clyde comme si elles étaient tournées pour le cinéma de l’époque (noir et blanc, quelques taches sur la pellicule, etc.) Dans l’une d’elles, on voit Bonnie danser le ballet avec en arrière-plan des images d’actualité portant sur le couple et ses méfaits, ce qui nous laisse deviner son avidité de célébrité. En contre-champ, Clyde la regarde et applaudit chaudement. Incarne-t’il le réalisateur ou le spectateur? Un peu des deux. C’est lui qui prend les devants lorsqu’ils commettent les vols et c’est surtout lui qui assassine ceux qui se mettent en travers de leurs chemins. En même temps, il ne peut rien refuser à Bonnie et lorsqu’il a envie de mettre un frein à la vie de hors-la-loi qu’ils mènent, elle parvient toujours à l’en dissuader.  Les surtitres que l’on retrouve à la fin vont dans ce sens. À propos des funérailles des criminels, il est écrit :« 40,000 viewed Clyde Barrow lying in state. Over 50,000 viewed Bonnie Parker ». Comme quoi c’est elle qui a fasciné le plus et que la célébrité ne tient pas nécessairement de la vertu de ses auteurs.

clyde

Bonnie & Clyde a rassemblé presque 10 millions de téléspectateurs lors du premier téléfilm, ce qui ne s’était pas vu depuis 2006 pour ces chaînes câblées. Technique toujours contestable, on a quelque peu déformé l’histoire originale afin de rejoindre un public plus large en abordant des thèmes comme la quête de célébrité. Par contre, on est toujours étonné que ces personnages de fiction, tout comme ceux ayant déjà existé, traversent les époques dans la mémoire collective. On se rappelle d’eux pour tout le mal qu’ils ont pu faire et la presse en raffole puisqu’elle s’assure de nombreux tirages. L’auditoire qu’a récolté la série vient confirmer cette triste réalité.

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