Ainsi soient-ils (2012) : le catholicisme au XXIe siècle

Ainsi soient-ils est une série française qui a été diffusée sur les ondes d’Arte à l’automne 2012 et sur TV5 Canada un an plus tard. Elle est aussi disponible en ligne depuis peu sur Tou.tv. L’action se déroule à Paris au séminaire des Capucins alors que cinq jeunes candidats à la prêtrise y font leur entrée. La série met l’emphase sur ce que signifie la vie religieuse aux XXIe siècle en France et sur ces jeunes hommes dont la foi est constamment mise à l’épreuve en raison du cynisme du monde extérieur et des tensions qui règnent au sein du séminaire. Ayant obtenu le prix de la meilleure série française au festival Séries Mania en 2012, Ainsi soient-ils ne tombe jamais dans le sensationnalisme pas plus que dans la propagande religieuse. Si le sujet principal, la religion, n’est pas a priori très vendeur, la série marque des points puisqu’elle nous permet de nous questionner sur la pertinence de l’Église dans un contexte de laïcité qui caractérise de plus en plus les pays occidentaux.

Un ton modéré

Le séminaire des Capucins sera le lieu où se lieront d’amitié les cinq protagonistes tous fraîchement débarqués afin que débute leur éducation devant les mener à la prêtrise. Dans la jeune vingtaine, ils sont très différents les uns des autres. Il y a d’abord Yann (Julien Bouanich), un jeune homme idéaliste à la limite naïf, qui joue de la guitare aussi souvent qu’il le peut. Ses parents et le village duquel il est issu sont très fiers de lui. Vient ensuite Emmanuel (David Baiot), de parents adoptifs envers qui il entretient des relations troubles, il sort à peine d’une dépression nerveuse. Il y a Guillaume (Clément Manuel) qui vient d’une famille richissime. Son père prend très mal sa conversion et résigné, doit nommer son autre fils comme successeur de l’entreprise familiale. Raphaël (Clément Roussier) vient d’une famille modeste. Très proche de sa sœur, il ne cesse de veiller sur une mère tantôt alcoolique, tantôt dépressive. Et il y a finalement José (Samuel Jouy) qui vient de purger sa sentence après avoir commis un meurtre. Sa conversion s’est produite après son crime, alors qu’il était allé trouver refuge dans une Église. Tous ces jeunes hommes évoluent à la fois au séminaire, dans des centres de charité ou à l’université.

Cette diégèse en soi n’est pas complètement novatrice. On pourrait transposer ces personnages dans un camp de vacances ou au sein d’une équipe sportive. Il s’agit somme toute d’un groupe où chacun de ses membres a la même aspiration. Et ce n’est pas parce qu’ils aspirent à la prêtrise qu’ils s’isolent du monde pour autant: ils assistent à des concerts, jouent au rugby,  continuent d’entretenir des liens avec leurs familles et amis, etc. Cette caractéristique est toutefois positive parce que les créateurs ne tentent pas de faire de Ainsi soient-ils un huis clos avec pour cliché des prêtres coupés de la société. Comme l’écrit Jean-Marie-Durand à propos de la série :« les séminaristes sortent de leur lieu d’enseignement et d’eux-mêmes pour confronter leur catéchèse et leur foi à la réalité du monde extérieur. C’est de cette collision entre leur vie intérieure et les désordres environnants que surgit la tension dramatique de la série. »

Ajoutons à cela que les aspirants prêtres ne commencent pas leur nouvelle vie avec un cœur léger puisque chacun a un passé qui dans certains cas, viendra les hanter tôt ou tard. Il y a aussi les jeux de coulisses au sein de l’Église qui retiennent l’attention. Monseigneur Joseph Roman (Michel Duchaussoy) est le président de la conférence des évêques de France et il tente par tous les moyens de faire destituer le père Fromenger (Jean-Luc Bideau) du séminaire des Capucins, quitte à demander des appuis à Rome.

Avoir la foi aujourd’hui

Dans une perspective plus large, ce qu’on aime dans Ainsi soient-ils, c’est la réflexion qu’elle engendre sur la place de la religion catholique dans la société, qu’on soit en France, au Québec ou ailleurs. Dans une scène, les protagonistes assistent à un cours de philosophie à l’Université. Ils sont rapidement ostracisés par une poignée d’étudiants qui veulent inciter les autres au boycottage du cours, arguant que ces apprentis prêtres n’ont rien à faire ou à apprendre dans une institution laïque. La réponse de José est cinglante : on reproche aux prêtres d’être coupés du monde et des réalités et quand ils veulent s’y intégrer, ils sont pointés du doigt ou font l’objet de critiques acerbes. Un autre moment intéressant dans la série survient lorsque Mrg Roman cherche à se faire réélire pour un second mandat. Pour ce faire, il engage le père Soubiran (Christophe Grégoire), un spécialiste en communication. Ce dernier l’incite à se créer un programme avec seulement quelques idées, mais qui portent, à tout connaître de ses compétiteurs pour mieux les embarrasser et enfin, à ce qu’il soit vu dans le plus grand nombre d’événements caritatifs. Bref, il s’agit ni plus ni moins que de politique, soutane ou pas et tous les coups sont permis. Comme dans chaque institution, ceux qui sont au sommet sont plus susceptibles de confondre ivresse du pouvoir et bien-être collectif.

Avec un auditoire de plus d’un million de téléspectateurs à chaque épisode en France, Ainsi soient-ils peut être qualifiée de succès. Si on croit que la religion est chose du passé, que le métier de prêtre est en déclin, il n’en reste pas moins que la série a fait beaucoup réagir. Décriée par les instances religieuses, pas assez vindicative chez les laïques, il faut tout de même se rappeler qu’il s’agit d’une fiction qui se doit d’intégrer des rebondissements dans son scénario. La vie d’une communauté n’est sûrement pas aussi mouvementée, reste qu’au-delà du divertissement, la série agit à titre de catalyseur. Plusieurs critiques se sont prononcées sur la série, mais ce qu’il y a d’intéressant, c’est la multitude de blogues à caractère religieux qui ont ajouté leur voix. Padreblog, eglise.catholique.fr, pretres.com, catholique.org; tous s’y sont mis. Certains ont tout simplement relevé les faussetés véhiculées par la série, alors que d’autres s’en sont servis pour amorcer une discussion plus large sur la religion à notre époque. C’est le cas du site http://www.ainsisoientils.com/ qui a été créé à la suite de la diffusion de la série. On y retrouve des témoignages de religieux et de laïcs et des éléments des épisodes servent d’amorce des débats couvrant l’actualité et la spiritualité. Qui aurait prédit que la religion pouvait encore soulever les passions?

Ainsi soient-ils est une série remarquable qui sort assurément des sentiers battus. Bonne nouvelle pour les fans; le tournage de la deuxième saison s’est terminé en août et un mois plus tard, on nous annonçait qu’une troisième avait été commandée. Si les premiers épisodes sont un peu lents, les derniers nous réservent moult rebondissements; de quoi nous tenir en haleine jusqu’au second opus.


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