Au nom du fils (2012): un film pas très catholique

Au nom du fils est l’avant-dernier film du réalisateur belge Vincent Lannoo et diffusé sur les écrans au Québec depuis novembre. À la suite du décès de son mari, Élisabeth (Astrid Whettnall) accepte de prendre chez elle comme pensionnaire le père Achille (Achille Ridolfi). La vie de cette mère de famille bascule lorsque son fils aîné (Zacharie Chasseriaud) lui avoue qu’il est tombé amoureux du même prêtre et qu’il se suicide par la suite. Après le silence de l’Église sur cet incident, elle parvient à se procurer une liste contenant le nom de tous membres  du clergé ayant déjà commis des actes de pédophilie et elle peut dès lors assouvir sa vengeance. D’un scénario coécrit par le réalisateur québécois Philippe Falardeau, on ne sait trop quoi penser de cette comédie satirique; bouffonnerie grossière ou en fait critique de cette omerta qui plane depuis plusieurs années sur les prêtres? Une chose est certaine, Au nom du fils est loin de nous réconcilier avec la religion.

Caricature

Élisabeth et le père Achille animent ensemble chaque semaine une émission de radio où ils répondent aux questions des auditeurs et philosophent sur la bonté de Dieu et des épreuves qu’il envoie aux êtres humains. Pendant ce temps, son fils et son mari participent à un camp d’extrême droite religieuse. Alors qu’il nettoyait son fusil, ce dernier se tire une balle en pleine figure et meurt sur le coup. En accueillant Achille chez elle, cette mère bigote espère ainsi qu’il assurera une présence masculine auprès de ses deux fils, tout en les familiarisant davantage avec la religion catholique. Un jour où elle répond aux questions des auditeurs lors de son émission, elle ne se maîtrise plus quand son fils lui téléphone et lui avoue en ondes qu’il est tombé amoureux du prêtre. La réaction extrême de celle-ci pousse le gamin à s’enlever la vie et il meurt de la même façon que de père. À la recherche de réponses (davantage spirituelles que matérielles), Élisabeth se rend au diocèse, mais l’évêque n’a rien de mieux à lui dire que c’est son fils qui était dépravé. Folle de rage, elle l’assassine et trouve dans son bureau une liste de tous les noms ayant fait l’objet d’accusations de pédophilie au cours des dernières années. Dès lors, une vendetta contre les fautifs s’amorce et trouvera sa conclusion en Italie alors qu’Élisabeth retrouve Achille qui s’y était réfugié.

La première scène du film donne le ton : on voit deux prêtres participer à une infopub où ils énumèrent, telle une liste d’épicerie, tous les matériaux et denrées qu’ils réclament de leurs paroissiens, tout en les sommant à venir faire du bénévolat pour la communauté. Leur impétuosité est à l’image de la faiblesse de certains croyants comme Élisabeth qui sont aveuglés par la religion. Lorsqu’elle demande à un autre prêtre s’il savait qu’Achille abusait de son fils, il répond que non alors qu’en même temps, on nous montre une scène où ce dernier les a surpris et priés de n’en parler à personne. Plus tard, le prêtre qui remplace Achille à l’émission de radio dort en ondes alors qu’Élisabeth tente seule d’insuffler la foi aux auditeurs. La deuxième partie de Au nom du fils ressemble davantage à un film de Quentin Tarentino, alors qu’on voit des combats inspirés du kung-fu entre Élisabeth et certains prêtres, en plus des meurtres sanglants et assez graphiques. Jamais on ne ressent la douleur d’une mère qui a perdu son fils et presque tous les protagonistes sont caricaturés.  En somme, le film ne se prend pas au sérieux et se fait un point d’honneur de tourner la religion en ridicule, tout comme ceux qui y adhèrent. Mais au-delà d’un sarcasme pas du tout subtil, cette critique de la religion est-elle efficace?

Dénoncer ou choquer? 

Depuis plusieurs années, l’Église catholique est en proie à des scandales à nature sexuelle. Cet été, le nouveau pape François 1er a signé un décret durcissant les sanctions à l’encontre de tout acte de pédophilie au Vatican, reconnaissant par là même qu’il y a un problème.  Certains films ou documentaires se sont déjà penchés sur le sujet comme Délivrez-nous du mal (Amy Berg, 2006) et La Mauvaise éducation (Pedro Almodovar, 2004), pour ne nommer que ceux-là. Bien que de manière moins sérieuse, Au nom du fils entre dans cette mouvance et certaines de ses scènes nous portent à réfléchir, notamment celles qui se déroulent dans un camp d’extrême droite. Là-bas, les ennemis à abattre sont les musulmans et on voit plusieurs soldats tirer sur les effigies de ces croyants lors d’un entrainement.

Ces dernières années, c’est surtout la religion issue du coran qui a été pointée du doigt. Les pays occidentaux dénoncent certaines mesures barbares et le traitement fait aux femmes, lesquelles doivent se couvrir la tête, sinon tout le corps. On oublie par contre qu’il y a des extrémistes dans toutes les religions et que les musulmans n’ont pas le « monopole » de l’intolérance. Pensons seulement aux prêtres catholiques qui continuent à dénoncer le port du condom dans les pays africains où le sida sévit de façon alarmante ou aux États-Unis qui renferment un nombre important d’évangélistes très conservateurs qui voient en l’homosexualité le pire des péchés.  À l’autre extrémité dans le film, la religion est pour Élisabeth une source de réconfort. C’est sa foi inébranlable qui lui permet de passer à travers le deuil de son mari et de son fils. Bien qu’elle assouvisse sa vengeance à l’endroit de plusieurs religieux, elle ne cesse de demander conseil à un curé qui est aussi son ami et la scène finale, lorsqu’elle confronte le père Achille, nous montre qu’elle revient aux préceptes de l’Église et sait faire preuve de miséricorde.

Malgré ces questions que soulèvent Au nom du fils, le film échoue cependant à faire passer son message, en admettant que son but fût de dénoncer les abus commis par des prêtres. En dépeignant ceux-ci comme étant des êtres pervers faisant fi des troubles qu’ils causent à autrui, on conforte les laïques dans leur position par rapport à l’Église. On veut choquer pour choquer, un point c’est tout. À l’autre extrémité, le manque de nuances et surtout de dialogues constructifs dissuadera n’importe quel croyant de changer ses vues. Comme l’écrit Thibaut Grégoire dans sa critique : « Si dénonciation il y a, elle frôle dangereusement le populisme, et si c’est de satire qu’il s’agit, celle-ci s’avère déplacée et éthiquement plus que douteuse.»

Au nom du fils n’est ni un film d’action, ni un drame et ni un suspens, mais avec un traitement un peu plus soigné, il aurait pu être l’un d’entre eux. On a l’impression de regarder un produit qui veut délibérément choquer ou amuser, dépendamment de quel côté on se situe; croyant ou pas. Philippe Falardeau vient de finir la réalisation du film intitulé The Good Lie mettant en vedette Reese Witherspoon. Celui-ci raconte l’histoire de quatre adolescents qui ont gagné le droit de vivre aux États-Unis après avoir été rescapés, étant enfants, d’une attaque dans leur village au Soudan. Inspiré d’un fait vécu, espérons que ce drame fera moins dans le sensationnalisme et davantage dans la subtilité.


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