The escape artist (2013) : le système judiciaire remis en question

The escape artist est une minisérie de trois épisodes qui a été diffusée sur les ondes de BBC One du 29 octobre au 12 novembre. Elle met en scène le brillant avocat Will Burton (David Tennant) qui est sollicité pour défendre Liam Foyle (Toby Kebbell), un misanthrope accusé du meurtre pour le moins sordide d’une jeune femme. Malgré les nombreuses preuves pesant contre l’accusé, Burton, un véritable « magicien » dans les causes habituellement jugées perdues d’avance, parvient à faire acquitter son client. Mais ses talents se retourneront rapidement contre lui et ce sera bientôt lui qui deviendra la victime de Foyle et qui devra se défendre en justice… C’est avec plaisir que l’on retrouve l’acteur David Tennant (The politician’s husband, Broadchurch) dans ce thriller à la fois psychologique et judiciaire. Si les personnages sont un peu trop noir ou blanc, la série est remplie d’intrigues et de retournements de situations qui nous laissent à chaque fois bouche bée. Et dans ce jeu du chat et de la souris, celle-ci a surtout le mérite de remettre en question le système judiciaire dans les pays industrialisés.

Pris à son propre jeu

Un meurtre est le point de départ. Une jeune fille a été étranglée, abusée sexuellement, battue et on lui a arraché les yeux. Liam Foyle est le suspect numéro un puisqu’il a été vu dans les environs à l’heure du crime et que la police a découvert qu’il était friand de sites pornographiques contenant de la violence extrême. Par un tour de force, Burton parvient à prouver qu’il y a eu fraude sur l’ordinateur de son client et que jamais celui-ci n’a consulté lesdits sites web. Cette nouvelle preuve détruit tous les arguments de la défense et Foyle est libéré, à la grande fureur de la foule. Quelque temps plus tard, Burton retrouve sa femme Kate (Ashley Jensen), sans vie dans leur maison de campagne et aperçoit Foyle par la fenêtre. Celui-ci est aussitôt arrêté et c’est Maggie Gardner (Sophie Okonedo), une avocate et rivale de Burton qui décide, par défi, de le représenter. Aussi douée que son collègue, elle parvient à miner sa crédibilité et c’est encore grâce à des technicités judiciaires qu’elle parvient à le faire libérer. Devant cette défaite cuisante, Burton doit malgré lui tourner la page et décide d’aller refaire sa vie en Écosse avec son jeune fils. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il tombe par hasard sur Foyle, alors en vacances dans les environs. Burton décide de le suivre chez lui et de le confronter. Sang, incendie et un nouveau procès viennent clore cette série de façon magistrale….

Au départ, on peut éprouver quelques réserves en regardant The escape artist du fait que l’histoire semble très conventionnelle et que l’on croit déjà pouvoir anticiper la fin. Ce qu’on déplore, c’est de ne rien connaître de Liam Foyle. On ne cherchera jamais à nous expliquer pourquoi il a commis les deux meurtres et surtout pourquoi il s’en est pris à l’épouse de l’avocat qui l’a libéré. À l’opposé, on multiplie les scènes montrant la vie parfaite de Will Burton. Celui-ci possède un appartement superbe à Londres en plus d’une maison en campagne. Il a tout récemment été nommé avocat de l’année et est très estimé au sein de son cabinet. En famille, il file le parfait bonheur avec sa femme. Les tourtereaux assistent aux parties de football de leur fils Jamie et ils ont toujours du temps à lui consacrer. Cependant, on ne retrouve ces scènes hautement conventionnelles d’un point de vue télévisuel que lors du premier épisode puisqu’une pluie de rebondissements inattendus caractérise les deux autres. Et de toute façon, le sujet principal de The escape artist, ce n’est ni Burton, ni Foyle, mais bien la justice.

Fiat iustitia et pereat mundus

Plus ou moins récemment au Canada, le cardiologue Guy Turcotte était reconnu non criminellement responsable du meurtre de ses deux enfants. Son avocat plaidait que son client avait commis ce geste dans un moment de folie et lors du jugement, ce dernier a plutôt été admis dans un institut psychiatrique d’où il a été libéré sous caution moins de deux ans plus tard. L’affaire fait toujours grand bruit d’autant plus que son ex-épouse qui a vu sa vie brisée est très présente dans les médias. On retrouve des histoires de ce genre dans tous les pays industrialisés et celles-ci nous poussent à remettre nos systèmes de justice en question. Comme l’écrit Pierre Sérisier dans sa critique sur The escape artist : «Les séries judiciaires -genre que les Britanniques affectionnent, car il interroge directement la démocratie – posent régulièrement les mêmes questions: la réparation nécessaire due à la victime, l’erreur possible de condamner un innocent, le doute raisonnable, la gravité d’une condamnation ». C’est exactement là que réside toute la force dans The escape artist parce qu’il ne faut jamais perdre de vue que dans les états de droits dans lesquels nous vivons, les accusés sont innocents jusqu’à preuve du contraire.

À aucun moment la caméra ne nous montre Foyle en train de commettre les meurtres. On est pourtant certain qu’il devrait être condamné et on plaint Burton, la victime d’un acte immonde. On déteste par-dessus tout Gardner d’accepter de défendre un tel homme alors qu’il devrait croupir en prison. Lorsque Foyle est libéré pour une seconde fois et que Burton le croise par hasard, on espère fortement qu’il se fasse justice lui-même.

Dès lors, la série a réussi son objectif parce que le téléspectateur tombe dans le piège qui lui a été tendu. Que Foyle ait été libéré grâce aux services de Burton ou Gardner ne fait pas nécessairement des avocats des êtres vils. Ils se sont tout simplement appuyés sur des lois existantes pour faire libérer leur client. Jamais ils n’ont versé de pots-de-vin ou franchi la ligne de la légalité pour arriver à leur fin, ce qui serait hautement plus grave. Si on ne peut leur en vouloir, pas plus qu’à Foyle qui légalement est déclaré non coupable, l’ennemi est donc le système de justice. Lorsqu’on crime est commis et que grâce à un trou dans la loi, l’accusé peut être libéré, l’affaire sert toujours d’exemple afin de renforcer certaines mesures pour le futur; toujours après coup, le monde est ainsi fait. Et n’importe quel pays peut se compter privilégié du fait que la justice ne flanche pas aux élans populaires, justifiés ou non, puisqu’en toutes circonstances dans les cours pénales, il s’agit de raison et non de passion. Jamais Burton, bien qu’affligé ne se rebelle contre le système de justice. Il y œuvre depuis un assez grand nombre d’années pour savoir qu’on ne remet pas en cause une institution comme celle-ci; on l’améliore.

David Tennant signe un autre succès avec The escape artist. L’acteur que l’on retrouvera sous peu dans le remake de Broadchurch sur Fox à la prochaine saison incarne un personnage torturé, mais qui malgré tout, sait garder la tête froide et encaisser les coups du sort. En Grande-Bretagne, la minisérie a attiré en moyenne plus de 5 millions de téléspectateurs par épisodes, ce qui est digne de mention. Suspens, revirements, remise en question sur le système de justice… on attend les reprises avec impatience!


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