Sean saves the world / We are men (2013): le macho ou l’homme rose?

Sean saves the world est une nouvelle sitcom diffusée depuis la fin septembre sur les ondes de NBC aux États-Unis et la comédie We are men l’a été, l’instant de deux épisodes, en octobre sur CBS. Toutes deux sont diffusées sur Global au Canada. La première se déroule à Chicago alors que Sean (Sean Hayes) a depuis un an la garde de sa fille Ellie (Samantha Isler). Homosexuel et célibataire, il tend à surprotéger celle-ci, tout en se donnant corps et âme au travail depuis l’arrivée d’un employeur pour le moins exigeant. Dans We are men, Carter (Chris Smith) vient tout juste d’être largué par sa fiancée et décide d’aller s’installer dans une sorte de garçonnière à Tarzana en Californie où il fera la rencontre de Gil (Kal Penn), Stuart (Jerry O’Connell) et Frank (Tony Shalhoub); des hommes divorcés, certains plusieurs fois et qui ne jurent plus que par le célibat. Les quatre compères passent leurs journées dans l’insouciance à draguer les filles et à régler leurs comptes avec leurs ex. Ces deux séries ont deux points en commun : elles ont pour personnages principaux des hommes adultes et ont été démolies par les critiques. Que l’on cherche à nous faire rire à travers les déboires de célibataires ou d’un père responsable qui tente de tout contrôler, rien ne fonctionne. La représentation de l’homme dans les comédies a décidément la vie dure cette saison.

Sean saves… quoi au fait?

Depuis un an, la mère d’Ellie est partie vivre à New York et c’est Sean qui doit s’en occuper en permanence. Bien qu’il tente de tout contrôler, Sean est en face d’une jeune fille de 14 ans en train de devenir une femme et se doit de demander de l’aide de son amie Liz (Megan Hilty). Il faut aussi compter dans la balance Lorna (Linda Lavin), la mère de Sean, à la fois frivole et possessive, qui vient toujours ajouter son grain de sel dans l’éducation de sa petite fille. Chaque membre du trio est convaincu d’avoir raison sur toute la ligne concernant l’éducation d’Ellie. Le scénario se limite à ça…

On reproche souvent aux séries, particulièrement aux comédies, de tomber dans les clichés. La plupart du temps dans celles-ci, le père est plutôt distant, irresponsable et paresseux[1] alors que ce sont les mères qui font preuve d’hyper protection à l’égard de leurs enfants. En exploitant l’homoparentalité dans Sean saves the world, on voit que c’est le père qui s’approprie ce rôle. Rien n’a changé et on a tout simplement interverti les caractéristiques reliées au genre. Et puisque Sean est parent unique, il n’y a pas de conjoint pour faire contrepoids à son caractère « papa poule ». Le premier épisode repose sur le fait qu’il tente par toutes sortes de subterfuges de s’absenter du bureau pour aller souper avec sa fille. Cette mission prend des proportions exagérées alors qu’il parvient à s’échapper du travail par la fenêtre des salles de bain. Tout ça pour un souper à deux? C’est là l’unique thème de l’épisode… Le troisième n’a pas été mieux exploité. Lorna organise un rendez-vous arrangé pour son fils. Longtemps célibataire, la fébrilité qu’il ressent est vite éclipsée lorsqu’Ellie lui annonce qu’elle va passer la soirée à une fête avec un garçon. Et puis, tout est excessivement prévisible. Sean n’écoute pas un mot de l’homme du rencart et ne cesse de téléphoner à sa fille, sans succès tout en se rongeant les sangs. NBC, lorsqu’elle a expliqué le concept de la série aux médias, a tenu à préciser que le personnage de Sean était « post-gay », c’est-à-dire loin des clichés habituels[2]. Au lieu de dépeindre une « folle » qui ne pense qu’à s’amuser, on nous montre un homme-papa-gay responsable, pleine d’attention et de tendresse. Dans un article comparant la série avec la sitcom Dads, Ross Bonaine décrit en peu de mots le résultat :« Dads is horrendous, but at least it’s trying to be offensive and terrible. Sean Saves the World isn’t really trying anything. It’s the blandest of all the new shows[4]

We are men : hommes femmes, deux standards

Dans We are men, Carter tente de surmonter une peine d’amour depuis que sa copine Abby (Rebecca Breeds) l’a littéralement laissé au le pied de l’autel. N’ayant jamais connu d’autres femmes, ses nouveaux amis de Tarzana se feront un plaisir de le « dévergonder ». Frank et Stuart se sont mariés à plusieurs reprises et ont l’impression de s’être fait plumer à chaque fois. Quant à Gil, c’est un coureur de jupons invétéré, mais qui regrette toujours de ne plus être avec sa femme. Dans cette courte série, le premier épisode est centré sur Carter qui vient juste d’être largué. Après avoir fait connaissance avec le groupe, Rebecca revient à lui, avoue qu’elle s’est ennuyée de lui et lui propose de repartir à zéro. Ils se retrouvent encore une fois à l’autel, mais cette fois c’est Carter qui la laisse. Dès lors, la série semblait promettre plusieurs aventures à ces célibataires qui ont « retrouvé » leur liberté.

L’existence de We are men aura été une étoile filante dans le firmament télévisuel puisqu’après seulement deux épisodes, la série a été annulée. Dans ce monde où les personnages sont dénués de profondeur, il y a deux types de femmes : les ex de ces hommes qui sont manipulatrices et rancunières et les jolies (jeunes) filles qui ne pensent qu’à s’amuser et qui n’ont surtout pas grand-chose à dire. Dans sa critique, Mary McNamara jette son fiel sur la façon dont les hommes de la série voient les femmes : «They’re fun to have sex with, sure, but at the end of the day, a man needs his bros to feel whole.[5]» Cette description, simple, soit, ne ressemble-t-elle pas à Sex and The City (HBO 1998-2004)? On adorait la complicité entre les quatre amies New-yorkaises et on se glosait de la façon dont elles traitaient les hommes; jetables. Cette même ligne directrice ne peut tout simplement pas s’appliquer au pendant masculin. Bien entendu, le traitement de We are men est très loin d’égaler les scénarios, l’esthétique et la profondeur des personnages de cette série culte. Les hommes de la série de CBS boivent de la bière, mangent des burgers, ne prennent pas leurs responsabilités et son immatures à plusieurs égards. Partout sur la planète, on a tendance à montrer (même exploiter) cette perception peu reluisante de l’homme (Les Invincibles, 2005-2009, Radio-Canada, Dads (2013- ), Fox, etc.); peut-être que le public est prêt à passer à autre chose?

We are men et Sean Saves the world sont deux échecs de l’automne 2013. Pourtant, on sortait quelque peu des sentiers battus : les célibataires d’un certain âge sont des hommes hétérosexuels et c’est le gay qui  doit faire avec la paternité. Et pour une fois, les cotes d’écoute ne sont pas si mauvaises : entre 5 et 6 millions pour la série défunte alors que Sean est stable à un peu plus de 3 millions par épisodes. Cependant, les hommes sont naturellement associés aux comédies; un genre plus masculin. C’est peut-être en nuançant davantage leurs personnalités, comme on l’a fait pour les femmes de Trophy Wife et Back in the game (ABC) qu’on aura enfin un succès humoristique purement « masculin ».


[1] Homer Simpsons est le meilleur exemple.

[2]  Ironiquement, c’est Sean Hayes qui incarnait ces clichés dans la précédente sitcom de NBC Will & Grace (1998-2006)

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