Lucky 7 (2013): manque de chance

Lucky 7 est une série diffusée depuis la fin septembre sur les ondes d’ABC aux États-Unis et à CityTV au Canada. L’action se déroule dans le Queens au Gold Star Auto Repair Shop où travaillent sept employés et amis. Qu’ils soient caissiers, étalagistes ou mécaniciens, ils ne roulent pas sur l’or, mais six d’entre eux voient leur destin changer du tout au tout lorsqu’ils gagnent à la loterie un montant de 145 millions $. D’abord euphoriques, on découvrira petit à petit la face cachée de tous ces personnages qui dans certains cas, cachent de lourds secrets. Adaptation de la minisérie britannique The Syndicate (BBC One, 2012- ), Lucky 7 a été annulée après la diffusion de seulement deux épisodes. On est un peu étonné par ce retrait si hâtif. L’explication la plus simple étant que les cotes d’écoute n’étaient pas au rendez-vous, on a tout de même l’impression qu’on aurait pu laisser la chance au coureur, d’autant plus qu’il y a en ce moment sur les ondes de nouvelles séries bien moins abouties. Autopsie d’un décès calculé ou d’une décision trop hâtive…

Mettre la table… pendant trop longtemps?

La série a tôt fait de nous présenter le sextuor avant qu’il ne voie son destin chamboulé par le gain à la loterie. Il y a d’abord la préposée Samira (Summer Bishil), d’origine indienne, qui est l’objet de plans en vue d’un mariage arrangé par son père. L’autre préposée est Leanne (Anastasia Phillips); une jeune mère monoparentale. Viennent ensuite les frères Korzak, Matt (Matt Long) et Nicky (Stephen Louis Grush). Le premier est marié et vient tout juste d’avoir un enfant alors que le deuxième se démène pour éviter des revendeurs de drogue à qui il doit de l’argent. Il y a aussi Bob (Isiah Whitlock), le gérant du magasin et Denise (Lorraine Bruce[1]) qui s’acharne à perdre du poids, notamment pour raviver la flamme entre elle et son distant de mari. Enfin, il y a le garagiste Antonio (Luis Antonio Ramos). Celui-là est le seul qui n’a pas acheté sa partie du billet de loto ladite semaine (il économisait de l’argent pour acheter un grille-pain). Il prend cependant le tout avec philosophie et se montre sincèrement content pour ses collègues.

Au cours des premiers épisodes de Lucky 7, on en apprendra davantage sur les personnages, nous laissant présager que leur fortune instantanée pourrait être la source de nouveaux problèmes. La veille de la victoire du gros lot, Nicky est parvenu à convaincre son frère de voler le magasin où ils travaillent. Matt, dont les besoins monétaires sont criants, accepte à reculons. Au moment du vol, Bob qui revient à l’improviste à son bureau, est assommé par Nicky, de peur qu’il découvre le pot aux roses. La tension monte d’autant plus que la police est persuadée de la culpabilité des deux frères et ne compte pas lâcher le morceau. Entre-temps, Samira est tiraillée entre les avances de Nicky et de Naveed (Gabe Grey), l’homme qu’elle est supposée d’épouser. Pour sa part, Denise en vient à se demander si son mari ne reste pas avec elle que pour l’argent, alors qu’on apprend que Leanne n’a pas adopté « légalement » sa petite fille. Enfin, le premier épisode s’est ouvert sur un « flash-forward », dans lequel on voyait Antonio submergé de billets de banque…

Déjà fini?

Comme on le voit, les intrigues y sont, mais le traitement quant à celles-ci s’est probablement faits trop lentement. La plupart des critiques ont reproché à la série sa banalité et des personnages trop peu captivants. Par exemple, Kristin Dos Santos écrit :« While the premise is benign and mildly intriguing, it’s also not really unique enough to make Lucky memorable (…) you just aren’t really left with a deep craving for more. »  Le retrait éclair de Lucky 7 par ABC (le premier de la saison d’automne) n’est pas sans étonner, d’autant plus que la version britannique se porte bien. Et les cotes d’écoute ne sont évidemment pas à négliger. Le maigre 4 millions de téléspectateurs lors de la diffusion du premier épisode a fondu de moitié lors du deuxième. Le journaliste Rick Porter sur le site zapt2it.com a blâmé le piètre marketing d’ABC entourant la série avant son arrivée sur les ondes. Enfin, la piste d’analyse la plus intéressante (et probable) est formulée par Brian Lowry de Variety qui déplore la grille horaire du mardi soir totalement revampée par la station. En effet, 4 nouvelles séries sont au programme. Un policier, Agents of SHEILD (20h00), suivi de deux comédies, The Goldbergs et Trophy Wives (21h00 et 21h30) et enfin Lucky 7 (22h00). C’est en effet beaucoup demander au téléspectateur de consacrer une soirée entière sur une chaîne avec des produits qui n’ont pas encore fait leurs preuves. De plus, la décision de mettre deux comédies entre ces deux drames n’est pas des plus brillantes…

Lucky 7 est donc victime d’un scénario de départ trop lent, mais ce sont surtout des facteurs extérieurs à la diégèse qui ont eu raison de la série.  On a vu l’an passé que les studios n’hésitaient pas à envoyer « en punition » les séries qui ne performaient pas aussi bien que prévu. Ainsi, après seulement quelques épisodes, on a envoyé Cult (CW, 2013), puis Smash (NBC, 2012-2013) dans l’infâme case horaire du samedi soir : chronique d’une mort annoncée, certes, mais qui laissait tout de même entrevoir une lueur d’espoir. De façon plus drastique, ABC a annulé l’hiver dernier la série Zero Hour après la diffusion de trois épisodes alors que NBC s’est départi de Do No Harm durant la même période après deux épisodes. L’entièreté de ces saisons a ensuite été présentée presque en catimini durant l’été, recueillant à peine plus de 1,5 millions d’auditeurs. La différence entre ces deux séries et Lucky 7 est qu’elles étaient carrément nulles alors que l’autre avait un certain potentiel.

Sans affirmer que la série va nous manquer, il est dommage que ce soit elle qui ait écopé en premier. En effet, l’automne 2013 connaît bien pire en ce moment (The Goldbergs, Dads, etc.) Par contre, d’autres séries sur des gens gagnants le gros lot ont déjà fait mieux. Pensons à Les Lavigueur, la vraie histoire diffusée à l’hiver 2008 sur les ondes de Radio-Canada. Cette minisérie de six épisodes qui a remporté quelques prix au Québec et à l’étranger était basée sur une histoire vécue et le ton adopté pour la production était à la fois intimiste et poignant. En tous les cas, Lucky 7 n’aura pas été le bon numéro pour 2013.


[1] Laquelle a tenu le même rôle dans la version britannique.

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