Homeland saison 2 (2012): un succès d’actualité

La seconde saison de 12 épisodes de Homeland a été diffusée à partir de septembre 2012 sur les ondes de Showtime aux États-Unis et nous arrive tout juste en français à Télé-Québec. Depuis la dernière saison, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Alors que Saul Berenson (Mandy Patinkin) et la CIA se rendent au Liban, toujours à la recherche d’Abu Nazir, la campagne électorale visant à faire de Nicholas Brody (Damian Lewis) le prochain vice-président des États-Unis se met tout juste en branle. À l’inverse, on retrouve une Carrie (Claire Danes) en pleine rémission depuis ses électrochocs alors qu’elle tente de se refaire une vie loin de tout ce monde. La série n’a rien perdu de son mordant, bien au contraire. La vie de ces deux protagonistes est toujours aussi captivante, tant du côté professionnel que du côté personnel. Et dans un monde en pleine globalisation, des thèmes dans Homeland trouvent même des échos au Québec.

Deux perdants

Dès les premiers plans de la saison, on retrouve Carrie alors qu’elle semble avoir mis une croix sur son passé d’agent secret. Elle vit maintenant en toute quiétude chez son père et elle enseigne l’Anglais à des groupes d’immigrants. Son repos ne sera pas de longue durée puisque son ancien patron David Estes (David Harewood) lui demande de reprendre du service temporairement. C’est qu’au Liban, Carrie a entretenu au fil des ans un solide réseau de contacts dont la CIA ne peut se passer. Impatiente de se retrouver dans le feu de l’action, elle accepte aussitôt. Malgré l’aide précieuse qu’elle apportera à l’organisation, on ne veut toujours pas la réintégrer et c’est une protagoniste frustrée qui doit retourner à sa vie un peu trop calme, mais gageons que ce n’est que partie remise. Brody n’a pas la vie plus facile; loin de là. Son épouse Jessica (Morena Baccarin) découvre stupéfaite qu’il a embrassé la religion musulmane et on réalise que le lien de confiance depuis son aventure avec Carrie reste toujours fragile. L’enregistrement qu’il avait laissé caché dans un parc avant son attentat suicide qui a échoué est toujours introuvable et il parviendra plus tard à éviter l’assassinat d’Abu Nazir grâce à un message texte envoyé du Pentagone. Mais l’étau se resserre et tous ces éléments pourraient venir à bout de ses nerfs.

En ce début de saison, les deux protagonistes font face à diverses adversités. Carrie considère toujours que s’être trompée au sujet de Brodie était la pire bévue de sa vie (elle était sûre qu’il était de mèche avec Tom Walker (Chris Chalk), un soldat américain ensuite à la solde d’Al Qaeda) et depuis, elle met en doute tous ses jugements professionnels. Lorsqu’elle est évincée après son aventure au Liban, elle tentera même de mettre fin à ses jours. De plus, on comprend dans tout le non-dit dans Homeland qu’elle souffre de discrimination parce que c’est une femme. Lorsqu’elle prend des risques, on la traite comme étant un être téméraire et irréfléchi alors que s’il s’agissait d’un homme, on parlerait de bravoure. Et si elle ose remettre en doute la loyauté de Brody, ses acolytes la considèrent soit pour folle, soit en tant que mégère obstinée.

Pour Brody, les choses ne vont pas mieux. Sa famille est un rappel constant qu’il est d’abord et avant tout un Américain alors qu’il souhaite éliminer la caste politique de son propre pays qu’il considère comme étant hypocrite et fourbe. Pendant qu’il cherche à créer des liens filiaux, les sbires d’Abu Nazir le forcent à s’endurcir. Lors du troisième épisode, il est poussé à commettre un meurtre de sang-froid. C’est toute cette ambiguïté chez ce personnage qui provoque chez le téléspectateur des sentiments mitigés. Comme l’écrit Tom Tucker dans son article sur la série : «The series did not back down from Brody’s ongoing commitment; it almost dares us to maintain sympathy for him.» Même si les ponts sont définitivement rompus entre Carrie et Brody, ils sont plus proches que jamais dans leur désespoir. Au jeu du chat et de la souris, ce dernier, au faîte de sa gloire, se vautre dans les cocktails à la Maison Blanche alors que la première court les rues de Beyrouth pour une mission dont personne ne veut lui donner crédit.

Religion et vie publique

Au cours du premier épisode de cette saison de Homeland, chez la famille Brody, tout le scénario tourne autour de ce dernier et du fait que sa femme découvre qu’il s’est converti à l’Islam. À en juger par la réaction de Jessica, c’est pire qu’un coming out! Non seulement elle lui en veut de le lui avoir caché, mais elle est persuadée que si les médias le découvrent, la nouvelle fera l’effet d’une bombe et entachera définitivement ses chances de remporter les élections. On est d’abord étonné par cette réaction si extrême. Puis, on réalise qu’on peut sûrement compter sur les doigts d’une main le nombre de députés ou ministres, notamment dans les pays du G8, ouvertement musulmans pratiquants. D’une part, cette question relève de la vie privée et d’autre part, le vote des « Caucasiens » ou citoyens de souche serait-il influencé par cette donne?

Tout cet aspect trouve bien entendu écho au Québec, alors que le ministre responsable des institutions démocratiques, Bernard Drainville, a récemment présenté sa charte des valeurs québécoise dont le contenu sera éventuellement débattu à l’Assemblée Nationale. Cette dernière, entre autres, planifie d’interdire aux employés de l’État de porter tout signe religieux, incluant le voile ou le kirpan. Depuis son annonce, le débat fait rage dans la Belle Province et plusieurs sondages montrent la division des Québécois à ce sujet. Pire encore, on assiste à quelques débordements (une mosquée a été vandalisée au Saguenay-Lac-Saint-Jean et un citoyen a capté une attaque xénophobe à l’encontre d’une femme voilée dans un autobus de Montréal), isolés certes, mais qui prouvent à quel point la cohabitation n’est pas sans créer quelques heurts. Dans une province et un pays qui se disent ouverts à la diversité culturelle, n’est-on pas en train de prendre conscience de notre taux de tolérance et d’acceptation? Homeland n’a pas peur d’aborder ce sujet et bien qu’il ne s’agisse que d’une fiction, elle se veut incroyablement de son temps.

Le succès de Homeland ne se dément pas. Fait extrêmement rare, la saison 2 a remporté pour une deuxième année consécutive le Golden Globe de meilleure série télé et c’est Claire Danes et Damian Lewis qui ont été couronnés meilleurs acteurs. Preuve que la réalité rejoint quelques fois la fiction, une version incomplète du premier épisode de la troisième saison s’est retrouvée sur le web avant la diffusion officielle à la télévision. Ce piratage a fait l’objet de plus de 100 000 téléchargements (illégaux, il va sans dire) en seulement quelques jours. Comme on le voit, la série ne s’essouffle pas, bien au contraire.


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