Last Tango in Halifax (2012): l’amour n’a pas d’âge

Last Tango in Halifax est une série britannique de six épisodes diffusée sur les ondes de BBC One en 2012 et sur PBS au Canada en septembre 2013. Celia Dawson (Anne Reid) et Alan Buttershaw (Derek Jacobi) qui ont aujourd’hui dans la soixante-dizaine étaient follement épris l’un de l’autre dans les années 50, mais le destin en a voulu autrement et ils ont chacun fondés une famille de leur côté. Désormais veufs,  ils refont connaissance après s’être retrouvés sur Facebook. C’est encore une fois le coup de foudre et ils décident de se marier, au grand dam de leurs familles respectives. Tout au long des épisodes, on assiste donc aux préparatifs de leur union alors que tous leurs enfants et petits enfants doivent faire face à plusieurs adversités. Tranquille, mais soutenue, Last Tango in Halifax brise un tabou qui ne devrait pas en être un à la télévision : la passion amoureuse entre deux aînés. La beauté et l’authenticité du scénario de même que la qualité du jeu des acteurs rendent la série très attachante. Et à en juger par les déboires que vivent les proches de Celia et Alan, on en vient à envier leur vénérable âge!

L’amour en plein brouhaha

C’est avec réticence qu’Alan et Celia s’abonnent sur Facebook et acceptent de se rencontrer. Ont-ils changé? Que sont-ils devenus? Leurs souvenirs d’antan ne risquent-ils pas d’être déçus par la réalité? Leurs craintes seront vite apaisées suivant leur rencontre. Ils sont toujours sur la même longueur d’onde et ils découvrent que leurs sentiments sont restés intacts. C’est qu’à l’époque, ils étaient amoureux et lorsque Celia a dû déménager, elle avait demandé à une de ses amies de transmettre sa nouvelle adresse à Alan, mais cette dernière n’en fit rien, et épousa plutôt le premier intéressé. Pendant cinquante ans, ils ne se sont donc jamais donné de nouvelles. Dès lors, ils ont le sentiment qu’il n’y a plus un instant à perdre et souhaitent tous deux s’unir, chose qu’ils auraient dû faire il y a longtemps.

C’est ce bonheur si simple et si beau qui échappe à leurs familles respectives. Caroline (Sarah Lancashire) est la fille de Celia. Son mari, John (Tony Gardner), qui l’avait laissé pour une maitresse (Ronni Anconia), décide de rentrer au bercail. Mais entre-temps, Caroline a noué une relation avec une collègue, Kate (Nina Sosanya); un amour lesbien qu’elle préfère taire. Alors que l’époux et l’épouse s’entredéchirent, leurs fils, William (Edward Ashley) et Lawrence (Louis Greatorex), perdent tous repères et le premier s’enfonce dans un mutisme et une haine tenace envers son patriarche.

La famille d’Alan n’est pas moins dysfonctionnelle. Sa fille, Gillian (Nicola Walker) est veuve depuis peu et les circonstances de la mort de son mari nous laissent croire qu’elle aurait peut-être quelque chose à y voir. Depuis, elle entretient une relation épistolaire avec Paul (Sacha Dhawan), un homme qui a la moitié de son âge. Cette amourette n’échappe pas à son fils, Raff (Josh Bolt), qui entre en guerre ouverte contre celle-ci, alors qu’il entretient les meilleurs souvenirs à l’égard de son père. C’est donc dans cette cacophonie qu’Alan et Celia désirent s’unir, en plus d’avoir à endurer le cynisme constant de la génération plus jeune, qui est pourtant très mal placée pour donner des leçons.

Portraits générationnels

Dans sa critique, l’auteur Simon Usborne souligne la force principale de Last Tango in Halifax : « Last Tango could have patronised its aged protagonists or targeted only an ageing audience. But it triumphed because it wasn’t about old people or even elderly romance, but love.» En effet, les aînés dans les séries sont souvent des personnages secondaires et s’ils font l’objet d’attention, c’est plus souvent qu’autrement en tant que porte-étendards de thèmes comme la maladie ou la sénilité, mais jamais l’amour.  Non seulement Celia et Alan s’éloignent de tous ces clichés, ils sont en plus les seuls êtres stables de la série. Ils ont sacrifié toute leur vie adulte auprès de conjoints qu’ils ont plus ou moins aimés. De cette génération à qui le divorce répugnait, ils se sont résignés et ont accepté leur sort. On comprend dès lors leur empressement pour le mariage. Toujours en santé, ils en ont vu d’autres et n’hésitent pas à se gâter en s’achetant une voiture neuve. Ils embrassent donc la vie, font preuve de beaucoup de sagesse et savent relativiser. Par-dessus tout, ils  ne s’investissent pas dans les méandres de leur famille. Ils ont assez donné.

L’autre génération, celle de leurs filles est beaucoup plus chaotique. À la fois Caroline et Gillian peinent à assumer leur vie amoureuse, passée et présente. De plus, elles font preuve d’un certain égoïsme. Caroline et son ex John sont en pleine guerre. Ce dernier ne veut plus quitter la maison familiale sous prétexte qu’elle est à moitié à lui. Alcoolique, il ira même jusqu’à accueillir sa maîtresse dans la demeure. Pour Caroline, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et les querelles du couple sont épiques. Gillian  n’est pas en reste. Sa relation avec Paul est immature, voguant entre désir et haine et elle s’y investit un peu trop, aux dépens de Raff.

On essaie de se mettre à la place des fils de la plus jeune génération. William et Lawrence doivent endurer au jour le jour les querelles de leurs parents, alors que Raff, en manque d’image paternelle, ne reçoit pas assez d’attention ou d’empathie de la part de sa mère. Peut-être sans le vouloir, la série met l’emphase sur un certain choc des générations. De Celia et Alan qui ont offert une famille stable à leurs enfants, et ce, au détriment de leur propre bonheur, Gillian et Caroline, centrées davantage sur elles-mêmes, transmettent tout le contraire à leurs fils. Lorsqu’on compare toutes ces générations, on adhère sans aucun doute à la première, la plus âgée, ce qui est peu commun à la télévision de nos jours.

Last Tango in Halifax est une série sympathique qui sort des sentiers battus. Bien qu’elle ait son lot de moments dramatiques, on y retrouve aussi plusieurs moments humoristiques. Dépeignant le quotidien de trois générations, c’est une audience nombreuse et diversifiée qu’elle a su s’attirer. En effet, la série s’est approprié un peu plus du quart des cotes d’écoute du pays dans cette case horaire; une première pour 2012. Après un succès populaire et « académique » (Last Tango a remporté le trophée pour la meilleure série dramatique de l’année aux British Academy Television Awards), qui s’étonnerait qu’une deuxième saison soit en production?


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