Secrets d’Histoire, saison 6 (2013) : ne croyez pas tout ce qu’on vous dit!

 

La sixième saison de 11 épisodes de Secrets d’Histoire est  diffusée sur les ondes de France 2 depuis le mois de janvier et l’est au Québec sur TV5 Canada depuis le 16 septembre. Animée par Stéphane Bern, chaque épisode de la série documentaire se concentre sur un personnage marquant de l’histoire, le plus souvent européen. Ainsi, cette saison s’attardera à des sommités historiques telles Molière, Jésus, Charles Quint, ou Frédéric II de Prusse et à des lieux ou des événements comme le Vatican ou le déroulement de la journée du 14 juillet 1789. Depuis le début de cette série en 2007, le format n’a cessé de s’améliorer si bien qu’aujourd’hui, les documentaires, de par leurs intervenants, le montage et les lieux visités, sont d’un intérêt toujours croissant. Mais ce qu’il y a de plus intéressant (et surtout d’essentiel) dans Secrets d’Histoire, c’est l’objectivité totale de ces portraits.

Rendre l’histoire accessible

Lors de la première saison, on tentait à chaque épisode de répondre à une énigme précise de l’histoire avec des titres comme Marie Stuart, reine martyre ou manipulatrice?, Louis XVII est-il mort en prison?, Où est caché le trésor des templiers?, etc. Le concept des émissions, quoique fort intéressant, demeurait un peu trop pointu pour le téléspectateur moyen. En effet, dans la plupart de ceux-ci, on assistait à des débats entre historiens réunis en table ronde. Ces discussions étaient entrecoupées d’extraits de films et de montage de différentes peintures de l’époque au cours desquels on revenait sur les moments forts dans la vie du personnage en question. Mais depuis quelques années, on se rend sur les lieux qui ont façonné la vie de ces protagonistes historiques, que ce soit en Russie, en Suède, en passant par Jérusalem et j’en passe. Les historiens offrent des témoignages individuels, mais qui se veulent toujours complémentaires à ceux des autres. Enfin, des représentants du monde scientifique y joignent aussi leurs voix pour apporter un aspect plus « rationnel » à des moments dans la vie des personnages qui parfois révèlent plus du mythe que de la réalité.

Dans les saisons précédentes de Secrets d’Histoire, on s’était surtout intéressé à nous brosser des portraits de monarques influents, hommes ou femmes. Dans la cuvée de 2013, les sujets sont plus diversifiés puisqu’on s’intéresse à des figures fortes dans le domaine des arts (littérature, peinture, musique), de la religion et de l’espionnage permettant ainsi à une plus grande tranche de la société d’y trouver son compte. Et quel que soit le sujet, on finit toujours par nous accrocher. Dans l’épisode Molière tombe le masque! (qui sera diffusé le 23 septembre), on ne s’intéresse pas seulement à la vie de l’homme, mais on analyse certaines de ses pièces, le contexte dans lequel elles ont été écrites et surtout ce qu’elles nous apprennent sur la société française au XVIIe siècle, celui du roi Louis XIV. Parmi la brochette d’intervenants, notons le talentueux Fabrice Luchini qui incarnait M. Jourdain dans le film Molière (2007) et qui nous livre ses interprétations personnelles quant aux personnages des pièces de l’écrivain qu’il a incarné au cours de sa carrière.

Dans l’épisode Un homme nommé Jésus, on s’intéresse d’abord à l’homme et non au fils de Dieu. On est en effet surpris à quel point plusieurs aspects entourant sa vie comme certains miracles peuvent être expliqués de façon rationnelle. On apprend aussi que selon certains évangiles, la naissance de Jésus se situerait dans les dernières années de règne de roi Hérode 1er, lequel est mort… en 4 avant Jésus Christ! S’ajoutent au documentaire les témoignages d’un rabbin, d’un professeur en sciences politiques, d’un archevêque et d’un spécialiste des origines du christianisme qui ensemble s’intéressent aux comportements de l’homme, mais qui analysent aussi le concept de la foi et qui apportent des preuves scientifiques irréfutables concernant certains mythes trop longtemps propagés[1].

14 Juillet 1789 : le matin du grand soir[2]

Il y avait de quoi être un peu craintif à la veille du visionnement de cet épisode, en grande partie parce qu’il a été présenté en France le même jour que celui de la fête nationale. Mais la réputation d’objectivité concernant Secrets d’Histoire est restée intacte parce que l’épisode ne contient aucun élément de propagande ou de patriotisme. Ce qui frappe le plus, c’est que l’année à laquelle se réfère le 14 juillet n’est pas à l’origine1789, date de la prise de la Bastille. En effet, la IIe République de 1880 qui a choisi cette date comme jour de fête nationale voulait ainsi commémorer 1790 qui marque la Fête de la Fédération. En effet, cette date se voulait un événement de réconciliation et d’unité des Français…sous le roi Louis XVI.  Et jusqu’à la Première Guerre mondiale en 1914, 1790 était la date de référence.

Qu’est-ce qui fait que quelques décennies plus tard, on a privilégié célébrer la prise d’un monument symbolisant le «  despotisme royal » (la Bastille) plutôt que de célébrer l’union d’un peuple? On réalise surtout au cours de cet épisode à quel point l’histoire est faite de symbole et de demi-vérités. Bien qu’en 1792 la République ait été proclamé, le pays a épousé plusieurs régimes contradictoires: Premier Empire sous Napoléon (1804-1814), Restauration de la monarchie sous Louis XVIII (1814-1824) et Charles X (1824-1830), Monarchie de Juillet sous Louis-Philippe (1830-1848), IIe République (1848-1851), Second Empire sous Napoléon III (1852-1870) et la IIIe République. Et même à cette date, une nouvelle Restauration sous celui qui aurait été Henri V était à deux doigts de se concrétiser, n’eut été une affaire de drapeau[3]… Qui sait, peut-être que la monarchie serait toujours présente en France en 2013? L’expression « l’histoire ne tient qu’à un fil » ne pourrait être plus juste.

Encore une fois, Secrets d’Histoire nous promet une nouvelle saison aussi divertissante qu’éducative. Ce sont les multiples sujets abordés sous plusieurs angles et la présence de l’animateur Stéphane Bern sur les lieux qui se sont révélés cruciaux quant à la suite des choses qui rendent la série tout simplement fascinante. C’est enfin en faisant la lumière entre les mythes forgés de toutes pièces, bien que tenaces, et la vérité qui n’intéresse personne, que l’histoire ne cessera jamais d’être passionnante. Après tout, Napoléon n’a-t’il pas dit un jour « qu’est ce que l’histoire, sinon une fable sur laquelle tout le monde est d’accord?»


[1] L’un d’entre eux est le linceul de Turin, un drap de lin considéré comme une relique puisqu’il qui aurait appartenu au Christ. En fait, un prélèvement d’échantillon grâce à la datation par le carbone 14 nous démontre que celui-ci date du Moyen Âge.

[1] Émission diffusée le 23 septembre.

[3] Recommandation de l’excellent livre sur le sujet : Le comte de Chambord : dernier roi de France / Daniel de Montplaisir, Paris, Perrin, 2008.

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