Low Winter Sun (2013) : un « Motive » moins convainquant

Low Winter Sun est une nouvelle série de dix épisodes diffusée sur les ondes d’AMC aux États-Unis depuis le 11 août. Le tout commence alors qu’un soir à Détroit, les enquêteurs spécialisés en matière d’homicides Frank Agnew (Mark Strong) et Joe Geddes (Lennie James) assassinent leur collègue Brendan McCann (Michael McGrady), le cache dans sa voiture qu’ils jettent dans le fleuve. Plus tard, quand le véhicule est sorti des eaux par les policiers, on découvre aussi un autre cadavre dans le coffre arrière, celui-là mutilé. Dès lors débute une enquête approfondie qui nous en apprendra davantage sur tous les protagonistes, alors qu’en trame de fond, on suit un groupe de trafiquants de drogue affiliés à McCann. Remake  d’une mini-série de 2006 mettant aussi en vedette Mark Strong, Low Winter Sun est d’une originalité digne de mention en partie parce qu’au cours des épisodes, on suit ces détectives qui enquêtent sur le meurtre qu’ils ont commis! Malheureusement, cette série policière s’essouffle vite surtout en raison de l’antipathie qu’on ressent à l’égard des personnages principaux.

Enquêter sur son propre meurtre

Dès le début du premier épisode, on met cartes sur table alors que le meurtre est commis et que ses auteurs sont tout de suite identifiés. Dès que le corps est retrouvé, des officiers internes se chargent de l’enquête. On découvre alors que le second corps mutilé était celui d’un informateur confidentiel travaillant aussi pour la police. Puis, lentement mais sûrement, on perce les mystères et les pièces du puzzle s’assemblent. Damon Callis (James Ransone) est le chef d’une bande de trafiquants de drogues. Au même moment où le meurtre de McCann est commis, il doit justement retrouver ce dernier dans une maison désaffectée afin d’effectuer une transaction. Profitant de son absence, les membres du groupe assassinent le seul gardien sur place et s’emparent d’une importante quantité de cocaïne valant plusieurs centaines de milliers de $. On peut donc en déduire que l’officier interne qui a été mutilé enquêtait sur les agissements illégaux de McCann. De plus, certains flashbacks nous montrent McCann en train de brutaliser en présence de Geddes une jeune femme russe, Katia (Mickey Sumner), dont Agnew est amoureux. Geddes avouera à ce dernier qu’il était censé tuer Katia, mais qu’il n’a pu s’exécuter et l’a mise en sûreté quelque part au Canada. C’est ainsi que peu à peu, ces histoires s’entremêlent et que les flashbacks nous dévoilent au compte-gouttes des éléments passés qui nous aident à mieux comprendre le présent.

À la base, on pourrait comparer la structure de Low Winter Sun à celle de Motive (2013- CTV). Dans les deux cas, on sait dès les premières minutes qui est le meurtrier, mais on ne connaît pas encore le motif, lequel nous sera dévoilé au cours du ou des prochains épisodes. Mais avec la nouvelle série d’AMC, on va encore plus loin puisque les meurtriers font partie du processus d’investigation. Il est très divertissant de voir Geddes et Agnew tenter à la fois de faire avancer l’enquête tout en essayant de brouiller les pistes. Au cours du troisième épisode, les deux comparses doivent interroger un témoin qui dit avoir assisté au crime. C’est que le témoignage de ce dernier est très précis, au grand dam des ses interrogateurs. Ils parviendront néanmoins à mettre sa crédibilité en cause et par le fait même, rendre non valables ses dires en vue d’un éventuel procès. Ils sont saufs pour l’instant, mais gageons que ce n’est que partie remise.

Un Détroit froid

La prémisse de Low Winter Sun est très intéressante, mais la série souffre d’un grave handicap; les protagonistes nous laissent de glace. Dans Motive, soit on éprouvait de la sympathie à l’égard du tueur, soit on la haïssait carrément. Pendant une heure, on entrait dans l’univers de celui-ci, ses relations, son passé, si bien qu’à la fin de chaque épisode, le motif qui avait  amené la personne à commettre le crime était compréhensible à défaut d’être approuvable. Dans Low Winter Sun, Agnew et Geddes agissent comme des automates. Leurs motivations sont soit obscures (dans le cas d’Agnew), soit trop clichées (Geddes). Par-dessus tout, ils n’arrivent pas à nous émouvoir ou même nous faire rire, ce qui aurait été une option (technique qui marche relativement bien dans Republic of Doyle (2010- ) et InSecurity (2011- ), deux séries policières de CBC).  Les tentatives scénaristiques visant à leur donner de la profondeur n’ont pas été non plus très concluantes. On nous a montré quelques scènes où on voit par exemple Agnew et Katia alors qu’ils étaient en couple ou encore quelques-unes de Geddes qui vit encore chez sa mère, lequel, étonnamment, semble être un fils obéissant. Ces tentatives visant à ce qu’on s’attache aux personnages ayant échoué, le résultat est que le suspens de la série s’en trouve directement altéré surtout parce qu’en fin de compte, on est indifférent de savoir si les deux policiers se feront épingler ou non.

Dans sa critique de la série, Todd VanderWerff fait un lien intéressant entre les protagonistes et la ville de Détroit où ils travaillent :« The once-great, now wounded city provides a kind of constant visual reminder of the desperation these two men find themselves in.» Dans Graceland (USA Network), les policiers menaient leurs enquêtes sous le chaud soleil de Los Angeles. Les couleurs éclatantes reflétaient ainsi le ton décontracté de la série. C’est tout le contraire ici alors qu’on est exposé à une ville qui semble sans âme, et qui ne reflète que les vestiges d’une autre époque. Quelques scènes de la série se déroulent dans le commissariat de police, lequel semble être une réplique exacte de ceux que l’on retrouve par exemple dans les épisodes de Murder She Wrote (CBS), une série qui a débuté dans les années 80. Pour peu, on ne serait pas surpris d’y voir ses travailleurs taper leurs rapports à la dactylo!

On se serait attendu à mieux pour Low Winter Sun, d’autant plus que l’idée de base de faire enquêter des policiers sur leur propre meurtre est  intéressante. À défaut de donner plus de profondeur aux personnages, on privilégie des scènes de violence assez crues, qui n’apportent pas grand-chose à l’intrigue. Les Américains semblent aussi avoir pris la série en grippe, puisqu’entre la diffusion du premier et du deuxième épisode, elle a perdu plus d’un million de téléspectateurs.


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