The Mill (2013) : main d’œuvre bon marché

The Mill est une nouvelle minisérie de quatre épisodes diffusée depuis la fin juillet sur les ondes de Channel 4 en Angleterre. On nous transporte en 1833 dans une usine de coton dans le Cheshire alors qu’on y emploie de jeunes orphelins. Le patron Robert Greg (Jamie Draven), se montre compatissant envers ses employés, mais se refuse à toute réforme de peur de ne plus être assez compétitif. De meilleures conditions, c’est justement ce que souhaite obtenir John Doherty, un activiste politique, mais la lutte n’est pas de tout repos. Il est écrit à la fin de tous les épisodes : « This drama is based on the people and history of Quarry Bank Mill, Cheshire. »  On nous dépeint donc des personnages de fiction dans un contexte qui a réellement existé. La série est troublante sur tous les tableaux puisqu’elle dépeint avec cruauté le traitement infligé à ces citoyens de seconde classe, manifestement dépassés par les événements et à qui il ne vient pas (encore) à l’esprit de se révolter. D’une mise en scène soignée, on peu par contre déplorer quelques longueurs et le ton quelque fois sensationnaliste de la série.

« Business comes first »

La série s’ouvre sur une journée comme les autres pour les employés de Chester Mills. Lever aux aurores et travail pendant plus de 12 heures dans une usine sombre. Ce jour-là, le contremaître Charlie Crout (Craig Parkinson) tente de violer une employée, Miriam (Sacha Parkinson). Son absence dans la salle d’opération sera à l’origine d’un grave accident de travail alors que le bras d’un autre employé, Tommy (Connor Dempsey), reste coincé dans une machine. Il faudra l’amputer. Le patron Samuel Greg est forcé de pallier ce manque, se rend dans une prison et emploie Daniel Bate (Matthew McNally), incarcéré quelque temps plus tôt pour ses activités politiques. Celui-ci se liera d’amitié, et peut-être plus avec sa collègue Susannah. Esther Price, l’un des personnages principaux de la série, cesse par tous les moyens de se rebeller contre les politiques actuelles de l’établissement en place et ira même jusqu’à dérober le battant d’une cloche de l’église près du dortoir des travailleurs, afin de leur laisser quelques heures de plus de sommeil.  Enfin le second épisode voit l’arrivée à l’usine de deux sœurs orphelines, Lucy (Katherine Rose Morley) et Catherine (Kaitlyn Hogg). Cette dernière n’étant pas de constitution assez forte, est vite renvoyée dans son patelin et sera retrouvée assassinée au bord d’une route.

Naissance d’un capitalisme féroce

Toutes ces situations inhumaines ont de quoi choquer, au point où on se demande si elles ne sont pas exagérées, d’autant plus qu’elles nous sont présentées l’une à la suite de l’autre dans les deux premiers épisodes. C’est justement ce que relève Ceri Radford dans The Telegraph à propos de la série :«take every cliché you can think of about the Industrial Revolution, mix them all up into one gloomy morass of woe, and that’s pretty much last night’s opening of The Mill». Il faut dire qu’on est loin de la campagne bucolique que l’on retrouve dans Downton Abbey et ce, presque un siècle plus tard! Pourtant, The Mill offre un contraste sombre, certes, mais hors de l’ordinaire quand on pense aux séries historiques produites ces dernières années, lesquelles ont la plupart du temps pour sujets des gens de pouvoirs, donc riches.

L’Angleterre est un des premiers à s’être industrialisée, dès la fin du XVIIe siècle, et c’est à ce pays qu’on doit notamment la naissance du capitalisme tel que nous le connaissons. Ses ressources abondantes de charbon ont ainsi pu favoriser le développement de machines à vapeur et comme il est écrit sur ce site : «la philosophie libérale et la religion protestante mettent toutes deux en valeur l’esprit d’entreprise». Comme c’est toujours le cas, l’entrepreneur arrive avec son usine et c’est au cours de la longévité de celle-ci que les conditions des employés s’améliorent. Dans la série, Robert Greg ne peut tout simplement pas accorder moins d’heures de travail à ses employés, tout simplement parce que la région fourmille d’usines avec qui il est en compétition. C’est donc aux députés de faire avancer les choses, suivant la pression populaire. On se retrouve donc dans The Mill aux débuts du capitalisme, mais ce qu’il y a de plus inquiétant, c’est que cette façon de traiter les employés existe encore en 2013 dans certains pays…

Mise en scène

La structure de The Mill n’est pas sans rappeler celle de SOS sages-femmes (Call the Midwife (2012- )). En effet, les deux séries sont inspirées d’écrits ou de mémoires d’époque et dans les deux cas, l’action se déroule au sein d’une classe très pauvre de la société britannique. Dans The Mill, l’effet de pauvreté est accentué non seulement par le montage, mais aussi par les décors et l’éclairage. Les plans des usines ou des dortoirs par exemple sont toujours exigus. De plus, l’éclairage est constamment grisâtre, que l’on soit à l’intérieur ou à l’extérieur et même les uniformes sont de cette couleur monotone. Le tout amalgamé crée une ambiance d’une morosité extrême et les employés ont tout simplement l’air de fantômes. Le gris est non seulement associé au temps maussade, mais aussi à la couleur du charbon; ce combustible lui-même associé aux débuts de l’industrialisation.

Lors du deuxième épisode,  Hannah Greg, la mère du patron Robert, préside une association de soutient à l’abolition de l’esclavage. Le clou de la soirée est la tenue d’un discours par une Noire venant des États-Unis qui relate les durs traitements infligés par ses maîtres. Durant cette allocution pour le moins touchante qui se termine par : «In England, I’m free! », on nous montre des plans des travailleurs de la Quarry Bank Mill. Le contraste entre ces images se retrouve encore renforcé par les applaudissements de la foule que l’on entend à la fin du discours. Ceux-ci approuvent de grands principes, alors qu’ils ignorent, ou se ferment volontairement les yeux sur la condition de leurs propres travailleurs.

La force de la série The Mill n’est pas seulement de mettre en images des conditions de travail révoltantes, mais surtout de nous amener à réfléchir sur l’exploitation, la solidarité et l’égoïsme. On assiste aussi à la naissance d’un capitalisme de nature psychopathe, qui a fait beaucoup de victimes et continue d’en faire dans certains pays moins développés. Qu’importe si on a exagéré quelques faits dans la série, l’important c’est qu’elle touche et instruise les téléspectateurs via le divertissement.


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