100 % Humains (2012) : triste, mais logique constat de l’être humain

100 % Humains (Äkta Människor) est une série de 10 épisodes du réalisateur Lars Lundström diffusée en 2012 sur les ondes de SVT1 en Suède et depuis le 28 août 2013 à AddikTV. Depuis plusieurs années, de nouveaux robots nommés « Hubots» (diminutif entre humain/robot) font partie prenante de la société. Pouvant facilement être confondus avec des êtres humains, ils sont utilisés pour les tâches ménagères, le travail à la chaîne, bref; des emplois peu valorisés que les humains ont depuis longtemps délaissés. Dans la série, on suit dans un premier temps Anita (Lisette Pagler),  Vera (Anki Larsson) et Odi (Alexander Stocks), des Hubots qui travaillent en banlieue chez les Engman et Sollberg. En campagne, on suit un autre groupe de Hubots en cavale qui n’hésite pas à utiliser la violence afin de rester libre. Navigant entre plusieurs genres, 100 % Humains est terriblement originale et divertissante. La série aborde en trame de fond des questions éthiques auxquelles nous devrons faire face dans un avenir rapproché et ne manque pas de critiquer l’être humain, qui, dans un mélange de paresse et de volonté à pousser toujours plus loin la modernité, pourrait bien créer sa propre chute.

Le futur d’aujourd’hui

La série commence alors qu’Odi, le Hubot de Lennart Sollberg (Sten Elfström) se dérègle et doit être recyclé. Avec son beau fils, Hans Engman (Johan Paulsen), il s’en procure une autre, Vera, une Hubot gériatrique assez sèche qui veille de façon un peu trop stricte au bien-être de son maître. À l’achat de cette dernière, Hans obtient gratuitement Anita qui deviendra l’aide ménagère de sa famille de trois enfants. Si son épouse Inger (Pia Halvorsen) s’y oppose au départ, elle a vite fait d’en réaliser les bénéfices et le couple décide de la garder. Chez leurs voisins, Thérèse (Camilla Larsson) a quitté son époux Roger (Leif Andrée) en emportant avec elle leur fils Kevin (Fredrik Silbersky) et leur Hubot Rick (Johannes Bah Kuhnke). C’est qu’elle est tombée amoureuse de ce dernier. Cet abandon poussera son mari à se joindre au parti politique « 100 % humains » qui souhaite éliminer tous ces robots de la surface de la Terre parce que selon eux, ils sont la source de tous les maux. Ailleurs dans le pays, un groupe de Hubots a tué un couple de fermiers et s’est approprié leur électricité afin de recharger leur système via un port USB. Recherchés par la police, ils trouvent refuge chez une prêtresse qui accepte de les héberger. Tous les Hubots ont à la base été créés pour venir en aide aux humains et surtout programmés pour faire le bien. Ce groupe est la preuve qu’ils sont dès lors hors de contrôle et que tout peut arriver.

Où s’en va-t-on?

Au cours des épisodes, le téléspectateur ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine empathie pour ces robots, tout comme certains protagonistes d’ailleurs. C’est sûrement dû au fait que leur constitution est tellement évoluée qu’il est aisé de les confondre avec des humains. De plus, ils sont traités avec si peu de considérations qu’on peut imaginer une petite révolution sous peu… Niska (Eva Röse), la chef du groupe qui erre en campagne suédoise  dit elle-même qu’ils sont des Hubos affranchis. Nouveau siècle, nouvelle forme d’esclavage.

La création de ces Hubots hypersophistiqués répond non pas à un besoin, mais à un caprice. On ne veut plus se salir les mains dans les tâches ménagères, on ne veut plus s’occuper des personnes âgées et on ne veut plus d’un travail qui demande un trop gros effort physique.  Laisser ces tâches « ingrates » à des robots, c’est pousser d’un cran l’égoïsme d’une société riche, qui a les moyens de s’engluer dans la surconsommation. En même temps, on est tellement habitué à vivre dans le virtuel qu’on perd peu à peu contact avec la réalité.  L’épouse de Roger, Thérèse, en est un bon exemple. Celle-ci quitte son mari après s’être entichée de son Hubot Rick. C’est que ce dernier à tout de l’homme parfait. Il est jeune, beau, ne vieillira jamais et il lui obéit au doigt et à l’œil. Plus encore, c’est sa possession, son objet. À moins qu’il soit déprogrammé, il lui sera toujours loyal, jamais jaloux, et quand elle veut avoir la paix, elle n’a qu’à… « couper le courant ». Dans sa critique, Marie Turcan écrit sur cet aspect de la série : «(…) tous les épisodes reposent sur la frontière floue entre ce qui est humain et ce qui ne l’est pas. Cette frontière, chaque personnage est amené à la délimiter lui-même»… et pourquoi pas le téléspectateur tant qu’à y être?

Horriblement lumineuse

Le créateur Lars Lundström confiait en entrevue que 100 % Humains était :« un mélange de drame, de comédie, de suspense et même d’horreur » et c’est justement ce mélange qui fait la force de la série. Les scènes se déroulant en campagne ont davantage l’allure d’un thriller alors que celles de la banlieue sont plus calmes sans être pour autant dénuées d’intérêt et de suspense. Dans les deux cas, c’est l’éclairage qu’on ne peut passer sous silence et qui retient d’abord l’attention. Si les plans dans la campagne sont souvent sombres, il fait toujours un soleil radieux quand on se retrouve dans l’univers des Engman par exemple. L’éclairage est ainsi d’une blancheur qui donne un ton aseptisé à la série, à l’image de ces Hubots; ces clones de Ken et Barbie toujours souriants. Mais sachant de quoi ces créatures sont capables lorsqu’on regarde les agissements de ceux qui sont en cavale, on ne peut s’empêcher d’appréhender le pire de la part d’Anita, d’Odi ou de Vera qui sont à la base si charmants. On peut dès lors en conclure qu’il y aura beaucoup de divertissements en perspective.

100 %  Humains est (malheureusement) d’actualité. Dans mon précédent article sur la série Dates, on pouvait constater la déception des deux protagonistes qui se rencontraient pour un rendez-vous à l’aveuglette. Au préalable, ils avaient scruté toutes les photos et coché toutes les cases sur un site de rencontre précisant le profil exact qu’ils recherchaient pour se retrouver inévitablement déçus; le réel n’égalant en rien le virtuel. Créer des Hubots semble être la suite logique, d’où le succès international de la série. Celui-ci est tel, qu’une deuxième saison est prévue en décembre 2013, de même qu’un remake au Royaume-Uni.


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