The White Queen (2013) : Massacre en famille

The White Queen est une série de dix épisodes coproduite par les chaînes BBC One en Angleterre et Starz aux États-Unis et est diffusée depuis la mi-août en Amérique du nord. L’action se déroule au XVe siècle alors que l’Angleterre est aux prises avec plusieurs guerres depuis la destitution du roi Richard II. Dès lors, les différents descendants de son père, le feu roi Édouard III (un des responsables du déclenchement de la guerre de 100 ans) se disputeront le pouvoir pour finalement retrouver un peu de stabilité avec l’arrivée  d’un premier Tudor. C’est dans cette époque tumultueuse que l’on assiste à la rencontre entre Élisabeth Woodville (Rebecca Ferguson) et le nouveau roi Édouard IV(Max Irons). Un mariage secret entre les deux tourtereaux propulsera la dame au titre prestigieux de reine, mais non sans heurts. En effet, était de rang moyen dans l’aristocratie anglaise, la nouvelle souveraine se fera beaucoup d’ennemis à la cour. La série se veut assez divertissante, mais le scénario nous perd facilement dans ce brouhaha historique. De plus, le trop-plein de dialogues et le trop peu d’action viennent alourdir les épisodes. Il est cependant intéressant de suivre toutes ces luttes du point de vue des femmes, lesquelles sont les inévitables victimes collatérales des prétentions royales.

Une histoire de famille pour le moins compliquée…

Il arrive quelquefois que l’histoire dépasse la fiction et c’est précisément le cas dans cette guerre des Deux-Roses, où une succession de rois, tous héritiers d’Édouard III mort en 1377 se disputeront la couronne. C’est d’abord l’aîné, Richard II qui est détrôné par son cousin Henri lors d’une révolte populaire. Emprisonné à la Tour de Londres, Richard mourra dans des circonstances nébuleuses en 1400. Dès lors, les héritiers potentiels de la couronne sont issus des branches cadettes de la famille : les Lancastre à qui on attribue comme symbole la rose rouge et les York, la rose blanche. Les règnes lancastriens se succéderont sur trois générations, Henri IV, Henri V et Henri VI. Ce dernier, pris d’accès de démence de plus en plus fréquents, sera jugé inapte à gouverner et renversé par son cousin qui sera couronné sous le nom d’Édouard IV. Les deux monarques couronnés, ou plutôt leurs partisans s’affronteront sans relâche. C’est finalement Édouard qui vaincra Henri et assassinera le fils de ce dernier, le prince de Galles. Et comme Richard II, Henri VI mourra dans des circonstances tout aussi obscures à la Tour de Londres en 1471. À la mort d’Édouard IV en 1483, c’est son fils Édouard V qui devrait lui succéder, mais lui et son frère seront enfermés à la Tour et assassinés par la suite, probablement sous l’initiative de leur oncle Richard III. Enfin, après un règne de seulement deux ans, c’est l’ultime héritier des Lancastre, Henri Tudor, qui s’emparera de la couronne sous le nom d’Henri VII. Comme il semble être de coutume à cette époque, Richard sera assassiné, ainsi que son fils unique, Édouard. Dès lors, le règne du premier Tudor amorcera une période de paix pour l’Angleterre et pour cause… tous les prétendants au trône ont été assassinés!

Des conflits au féminin

C’est cette période dans le temps que The White Queen veut dépeindre, mais malheureusement, la série est très peu précise sur les éléments historiques qui forment pourtant le nœud de l’intrigue. Mary McNamara dans le Los Angeles Times abonde en ce sens : «shoveling three novels and 30 years of very confusing history into even 10 hourlong episodes requires that « The White Queen » become a series of vignettes rather than a cohesive narrative». On peut aussi imputer la lourdeur de la série… à son budget. The White Queen est loin d’égaler le faste que l’on retrouve dans Les Piliers de la Terre ou Un monde sans fin, par exemple. Justement, le massacre fratricide de la guerre des Deux-Roses s’est joué à coup de victoires opposant les armées, alors que la série se cantonne dans les palais. On parle beaucoup et on nous montre peu les agissements. Pour peu, la série n’est pas sans rappeler la version un peu soporifique de 1972-73 des Rois Maudits où toute l’action passe par la parole.

Si certains protagonistes manquent de profondeur, force est d’admettre qu’on a décidé de mettre en scène des personnages féminins poignants : Elisabeth mentionnée plus tôt, Margaret Beaufort (Amanda Hale) et Anne Neville (Faye Marsay). La première est reine et tente désespérément de donner un fils à Édouard dans le but d’assurer l’avenir de sa dynastie. Au cours des épisodes, elle ne se privera pas d’user de sorcellerie pour arriver à ses fins. La deuxième qui est mariée à un Tudor a déjà un fils, Henri, mais sa famille s’était alliée aux Lancastre et se retrouve pour le moment en disgrâce. La troisième est mariée à Richard, le frère d’Édouard, et est exposée bien malgré elle aux comploteurs qui font miroiter richesses et pouvoir, au gré des circonstances. C’est en fuite pour la France, victime des intrigues ratées de son mari, qu’Anne accouchera d’un enfant mort-né en plein navire. Pour ceux qui connaissent bien l’histoire et le cours des événements à venir[1], on ne peut que prendre ces femmes en pitié. Toutes les trois auront au moins un fils sur qui, espèrent-elles, sera déposée la couronne d’Angleterre. Anne et Elisabeth seront sacrées reines, mais perdront le pouvoir et verront leur progéniture assassinée. Quant à Margaret, elle sera bel et bien la mère du prochain souverain, mais vivra d’abord 28 ans d’angoisses et d’incertitudes. Au crépuscule du Moyen-âge dans une société encore empreinte de machisme et de barbarisme, ces femmes feront preuve d’une endurance hors du commun, tout ça pour une couronne davantage garante de sang que de lauriers.

Pas assez d’action, trop de verbiage est ce qu’on peut d’abord et avant tout reprocher à The White Queen et un budget limité en est probablement la cause première. Il faut par contre saluer le travail des actrices, lesquelles nous plongent dans une période mouvementée où leurs personnages sont sans cesse à la merci de leurs sanguinaires époux. Après The Tudors (2007-2010), Les Piliers de la Terre (2010), et Un monde sans Fin (2012) la série vient confirmer l’intérêt toujours croissant du public pour la période du Moyen-âge Anglais. Qu’à cela ne tienne, les fans de cette période seront rassasiés encore une fois cet automne avec l’arrivée d’une nouvelle série de la chaîne CW intitulée Reign. La série nous plongera dans la jeunesse de Marie Stuart, reine d’Écosse, à la veille de son mariage avec François II de France.


[1] Tout comme ceux qui savaient en regardant The Tudors qu’Henri VIII se marierait six fois.

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