Dates (2013) : un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout

Dates est une nouvelle série britannique de 9 épisodes diffusée sur les ondes de Channel 4. Chaque émission se concentre sur un premier rendez-vous dans un bar ou un restaurant entre deux personnes qui ont d’abord fait connaissance sur un site de rencontres en ligne. On a même l’opportunité de voir certains d’entre eux revenir au cours d’un autre épisode avec un nouveau rencart. Cette nouvelle série est une création de Brian Elsley qui est à l’origine de Skins, dont la septième saison s’est terminée récemment. Avec tout ce qui a été fait sur le sujet, qu’il s’agisse de téléréalité ou de fiction, Dates parvient à ressortir du lot et nous montre avec justesse, humour et surtout cynisme les moments à la fois embarrassants et fébriles qui accompagnent ces premières rencontres. Une brochette d’acteurs talentueux, un scénario efficace et une mise en scène soignée viennent compléter le tableau. À voir.

 

Donner la chance au coureur

Lors du premier épisode de Dates, on assiste à la rencontre entre Mia (Oona Chaplin, la petite fille de Charlie Chaplin) et David (Will Mellor) et sans grande surprise, les deux ont menti à propos d’un aspect de leur vie. Premièrement, Mia dit s’appeler Celeste et David prétendait être un docteur alors qu’il est camionneur. Ce dernier avait aussi omis de mentionner qu’il était père de quatre enfants et divorcé. Qu’à cela ne tienne, des deux, c’est lui qui est le plus honnête et qui met cartes sur table. On a vraiment l’impression qu’il veut bâtir quelque chose de solide et qu’il croit au concept du blind date. Mia est tout son opposé. Elle est loin d’en être à sa première rencontre et désillusionnée, elle ne s’exprime plus qu’avec sarcasme et cruauté. C’est David qui la définit alors que la soirée achève : «You are too clever for the world and it’s hard being this beautiful and one step ahead of everyone all the time, I think it wears you out».

Lors du second épisode, c’est Jenny (Sheridan Smith), une institutrice et Nick (Neil Maskell), un courtier, qui se rencontrent dans un bar. La soirée est truffée de situations cocasses d’autant plus qu’ils n’ont rien en commun. À un moment, Jenny se rend à la salle de bain et y vole un étui à rouge à lèvres en or massif appartenant à une inconnue. Elle est cleptomane! C’est ensuite au tour de Nick de s’excuser pour les toilettes. Après plusieurs minutes d’absence, Jenny découvre Nick en train de recevoir une fellation du serveur (lui qui tenait des propos homophobes quelques minutes plus tôt). Enfin, à son insu, elle lui vole son portefeuille.

Le premier épisode est davantage amusant pour ses dialogues alors que le deuxième l’est pour ses mises en situation. C’est ce mélange des deux que l’on retrouve tout au long de la saison. Ce qui rend Dates encore plus intéressante, c’est que certains personnages reviennent plusieurs fois au cours de la saison. Ainsi, Mia rencontrera quatre hommes, David, trois femmes, Jenny, deux hommes Stephen (Ben Chaplin), deux femmes et Erica (Gemma Chan), un homme et une femme. Ces différentes combinaisons nous permettent de mieux comprendre la personnalité des protagonistes dépendamment des blind dates qu’ils rencontrent. Au point de vue des décors, on ne se cantonne pas à un simple restaurant. Discothèque, ruelle, chambre d’hôtel, galerie d’art et même une salle d’opération forment le cadre de ces rencontres. Et comme si c’était la marque de commerce d’Elsley, beaucoup d’attention est accordée à la composition des plans, lesquels sont très léchés et les prises de vues de Londres la nuit nous transportent dans un univers à la fois sensuel et éclaté.

De la naïveté au sarcasme

Dates est bien entendu de son temps en abordant ce type de rencontres qui ont toutes pour point de départ un contact initial sur internet. Avec tous les moyens de communication, incluant les réseaux sociaux, il s’est développé avec le temps un genre de cynisme sur tout ce qui entoure la toile et l’amour. Le site datingsitesreviews.com rassemble une foule de statistiques concernant les sites de rencontre en ligne[1]. On y apprend entre autres que ce marché vaut entre 2 et 4 milliards $ par année. Actuellement 20% des couples se seraient rencontrés en ligne et les critères en amour, en ordre d’importance, sont 1- la confiance, 2- le respect, 3- l’attraction physique, 4- le sens de l’humour et 5- être à l’aise avec sa sexualité. Or, tous les habitués du net savent à quel point il est facile de mentir ou d’embellir ses photos. Nous avons donc atteint une étape où la naïveté concernant ces sites s’est transformée en constante méfiance. Pourtant, ils sont plus populaires que jamais; le désir d’être en couple ou de rencontrer l’âme sœur étant plus fort que tout.

Dans la même veine, les blind dates ont quelque chose d’excitant. Tout comme le jeu, les chances de trouver le grand amour, le jackpot, sont plutôt minces, mais en valent la chandelle. Les différentes chaînes de télévision l’ont compris et plusieurs téléréalités ont été créées autour de ce concept. Pensons à l’émission Loft Story qui a connu deux saisons en France et six au Québec dans laquelle douze célibataires cohabitaient et rêvaient de trouver le grand amour… Encore au Québec, l’émission Occupation Double, qui repose sur plus où moins le même concept en est à sa dixième saison. Si au cours des premières saisons, le spectateur pouvait croire au concept tel que présenté, les concurrents des saisons suivantes ont très vite assimilé les « codes télévisuels » de l’amour dans les téléréalités, si bien qu’on n’est plus dupe; l’amour reste une excuse et c’est le prix final, la récompense ($$$) qui suscite l’intérêt.

Ce qu’on aime avec Dates, c’est que l’émission exploite à fond ce « cynisme 2.0 ». Dans le second épisode, c’est au tour du téléspectateur d’être terriblement embarrassé pour Nick et Jenny parce que le courant ne passe manifestement pas et qu’eux seuls ne semblent s’en apercevoir. Mention toute spéciale au personnage de Mia, teinté de cynisme, médisance, mais qui fait preuve aussi d’espoir puisqu’en dépit des revers et expériences plus qu’insatisfaisante, elle accumule les rendez-vous… comme quoi il y a de l’espoir.


[1] Chacune de ces données sont elles-mêmes accompagnées d’une référence.

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