Broadchurch (2013) : les Anglais sont bien meilleurs…

Broadchruch est une série britannique de 8 épisodes diffusée dans son pays d’origine en mars et avril sur les ondes d’ITV. Depuis le 4 août, elle est diffusée sur les ondes de BBC America aux États-Unis et Showcase au Canada. L’action se déroule dans la ville de Broadchurch alors qu’un jeune garçon de 11 ans, Danny Latimer (Oskar McNamara), est retrouvé mort sur la plage adjacente à la ville. Le rapport d’autopsie ayant tôt fait de confirmer qu’il s’agit d’un meurtre par strangulation, ce sont les détectives Ellie Miller (Olivia Colman) et Alec Hardy (David Tennant) qui sont en charge de l’affaire. L’enquête dans cette petite ville de 15 000 habitants est ponctuée de mensonges, de fausses pistes et revirements. Drame policier d’une lenteur et d’une simplicité poignantes, Broadchurch s’incruste dans un univers divisé en trois catégories; la famille, la police et les journalistes où deuils, interrogations et aveux s’entremêlent de façon remarquable.

Enquêtes à l’anglaise

Au cours de la dernière année, plusieurs nouvelles séries policières américaines  ont vu le jour. Pensons notamment à Golden Boy (CBS), King & Maxwell (TNT), Crossing Lines (CBS) ou Cracked (CBC, du Canada). Bien que la plupart d’entre elles connaissent ou aient connues des cotes d’écoute non négligeables, reste qu’elles demeuraient terriblement conventionnelles. Meurtre perpétré par un criminel inconnu, toujours du point de vue des détectives et verbiage en n’en plus finir en sont les principales caractéristiques. De leur côté, les Britanniques ont fait preuve d’innovation, du moins avec The Fall (BBC Two) et maintenant Broadchurch. Au lieu de nous bourrer d’indices et d’explications, on nous montre en silence le quotidien des protagonistes et on prend le temps d’approfondir la psychologie de chacun. Dès lors l’importance n’est plus de savoir qui est le coupable, mais bien pourquoi[1]. Ces deux séries adoptent un rythme lent, mais tellement plus percutant.

Comme mentionné en introduction, dans Broadchurch, on ne se concentre pas uniquement sur le travail des enquêteurs, mais aussi sur celui des journalistes, de la famille de la victime et sur quelques citoyens, suspects du meurtre. Accorder une importance presque égale à chacun de ces groupes renforce le réalisme dans la série et nous apporte plusieurs points de vue sur le crime (perte d’un être cher pour les parents, sentiment d’insécurité chez les citoyens, lutte féroce entre journalistes pour dénicher le prochain scoop et finalement trouver le meurtrier pour les détectives).

Justement, le « couple » de détectives dans la série fonctionne plutôt bien parce que chacun se complète. Pour Ellie Miller, découvrir l’auteur du crime relève davantage de l’émotion parce que Danny était le meilleur ami de son propre fils Tom (Adam Wilson). De plus, elle doit constamment marcher sur des œufs parce qu’elle est très proche de la communauté et qu’elle doit en somme interroger ses propres amis. En même temps, elle fait preuve de beaucoup de compassion, qualité essentielle qui fait défaut à son collègue Alec Hardy. Ce dernier ne met pas de gants blancs et joue cartes sur table. S’il peut nous paraître fort antipathique, c’est qu’il a d’abord à cœur de trouver le malfaiteur et ses méthodes rustres font néanmoins avancer l’enquête.

Deuil et suspects potentiels via le montage

On retrouve dans Broadchurch la présence de quelques montages qui, accompagnés d’une voix ou d’une musique hors champ, viennent à eux seuls renforcer l’intrigue. À la fin du premier épisode, le détective Hardy tient un point de presse télévisé afin d’informer la population sur le meurtre commis et les actions qu’entend mener le corps de police pour retrouver le meurtrier. Alors qu’il livre son discours, la caméra nous montre, en ordre, Olly (journaliste), Becca (hôtelière), Jack (propriétaire d’un dépanneur), le révérend Paul Coates, Ellie, Mark (père de Danny), Joe (marie d’Ellie), Nige (ami de Mark), un inconnu (après trois épisodes, on ne l’a toujours pas rencontré), Susan (propriétaire de chalets) et enfin Tom (fils d’Ellie et Joe). Il est aisé d’en conclure que ce montage n’a rien d’anodin et que le meurtrier est sûrement l’un d’eux. D’ailleurs, au fil des épisodes, on apprend à connaître plus en profondeur tous ces personnages et chacun d’eux à quelque chose à cacher. Ce montage met donc la table pour toute la série.

Outre l’enquête, une part importante de Broadchurch s’attarde au deuil qu’a à vivre la famille Latimer, en particulier celui de Beth (Jodie Whittaker), la mère de Danny. À un moment, elle décide d’aller faire l’épicerie, n’en pouvant plus de rester recluse dans la maison familiale. Un autre montage agrémenté d’une musique nous la montre parcourant les allées au ralenti. Les gens du village qui s’y trouvent ne peuvent s’empêcher de la dévisager, rendant par le fait même le deuil encore plus lourd à porter. Puis, elle s’arrête, songeuse devant une sorte de boîte de céréales pour enfants, probablement la marque que préférait Danny. Ce plan, tout simple, nous tire les larmes des yeux. Alan Spinwall sur Hitfix abonde en ce sens et affirme à propos de la série en général :« It’s also about as devastating as you can imagine, precisely because of that simplicity ».

Peu à peu dans Broadchurch, les masques tombent. Les personnages présentés lors du montage dont j’ai fait mention ont tous quelque chose à cacher et au fil des épisodes, la tension monte toujours d’un cran. On retrouve avec plaisir un David Tennant qu’on semble définitivement privilégier pour incarner des rôles d’hommes froids, secrets et très rusés (The Politician’s Husband, Spies of Warsaw). La série semble définitivement être un incontournable puisque ITV a confirmé qu’une seconde saison  en 2014 verrait le jour et en août, la chaîne américaine Fox a annoncé qu’un remake était aussi à l’agenda.


[1] C’est exactement le concept de Motive (CTV) qui fut un de mes coups de cœur de l’année.

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2 réflexions sur “Broadchurch (2013) : les Anglais sont bien meilleurs…

  1. J’aime beaucoup ton analyse !
    Ce qui m’a plu dans cette série, c’est la façon dont elle est filmée. S’attardant toujours, d’une certaine simplicité comme tu dis et en même temps assez philosophique. De plus, les plans utilisés font presque de la série une œuvre d’art. Quant à l’histoire, on est tenu en haleine jusqu’au dernier épisode où l’identité du meurtrier est inattendue. La série est touchante, puissante. Mais vu la fin de la saison qui n’incite pas à une suite, j’imagine mal une deuxième saison aussi bien que celle-ci.

    • Merci beaucoup pour ton commentaire.
      Pour ma par, je suis bien curieux du remake qu’ils concoctent aux États-Unis avec le même acteur (Tennant). En entrevue, ils ont spécifié que la fin serait différente, étant donné qu’on bon nombre de gens qui ont vu la version anglaise savent comment ça finira. La saison 2 est attendue pour 2015, mais pas de dates ont été annoncées. Ils auraient du faire comme True Detective: reprendre le concept, mais avec des détectives différents. (P.S., je corrige mes erreurs dans The night shift)

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