Main dans la Main (2012) : conte de fées bâclé

Main dans la Main est le nouveau long métrage de Valérie Donzelli en ce moment sur les écrans au Québec. La réalisatrice et actrice qui a connu un récent succès avec le film La Guerre est Déclarée (2011) revient devant et derrière l’écran avec son acteur fétiche Jérémie Elkaïm dans cette comédie romantique, un brin fantaisiste. Le tout commence alors que le miroitier Joachim (Elkaïm) doit se rendre à l’Opéra Garnier à Paris où il rencontre par hasard Hélène Marchal (Valérie Lemercier), la directrice. Attirés par une force indescriptible, ils s’embrassent et dès lors, les deux protagonistes sont liés par une sorte de sortilège qui les fait mimer les gestes de l’autre et les empêche de se séparer. Par la force des choses, ils apprendront à se connaître et s’apprécier, d’autant plus que Joachim souhaite perfectionner ses cours de danse avec sa sœur Véro (Donzelli) en vue d’un concours amateur. Rappelant les contes de Disney, le film s’essouffle en deuxième partie, ce qui lui porte évidemment préjudice d’autant plus qu’il reposait sur une prémisse bancale. Main dans la Main nous fait sourire tout au plus, mais de la part de la réalisatrice, on se serait attendu à mieux.

Une prison amoureuse

Les coups de foudre étant la spécialité du septième art, on en a un de taille dans Main dans la Main puisque dès que leurs lèvres se touchent, Joachim et Hélène son condamnés à exécuter les mêmes mouvements, bref, à tout faire ensemble. La métaphore est bien entendu intéressante. C’est le symbole des amoureux qui font toujours tout conjointement et qui n’ont aucune vie en dehors de leur relation. Ils sont en fin de compte prisonniers de leur amour. Dans le film, cette relation n’est pas sans agacer l’entourage. Joachim entretient une relation un peu trop étroite avec sa sœur Véro. Lorsqu’ils sont ensemble, c’est un peu comme s’ils refusaient de grandir et qu’ils ne voyaient pas la réalité avec assez de maturité. De son côté, bien que très solitaire, Hélène est toujours accompagnée de son amie Constance (Béatrice de Staël). Le tempérament pessimiste de cette dernière ne cesse de déteindre sur Hélène, ce qui fait qu’elles s’isolent du reste de la société. Chacun des deux protagonistes quitte une donc relation pour s’engouffrer dans une autre. Ce n’est pas un hasard si vers la fin du film, Joachim décide de rompre avec Hélène, ou du moins prendre une pause et avance pour se justifier :« C’est pas vous que je veux quitter, c’est moi que je veux retrouver ». Main dans la Main, c’est un film sur le couple qui bien que par moments prend des allures de contes de fées, nous expose aussi l’envers du décor; la toxicité amoureuse.

Parlant de contes de fées, il faut aussi saluer la mise en scène où une foule de petits détails concourent à donner une touche de magie au film étant donné que les personnages sont atteints d’un sortilège. Lorsqu’ils se rencontrent, on entend une musique hors champ qui ressemble à une variante de la trame sonore de Vertigo (1958) d’Alfred Hitchcock (le film porte sur un amour perdu). Ce n’est pas un hasard non plus si l’action se déroule au prestigieux Opéra Garnier. N’est-ce pas l’endroit par excellence où se produisent en alternances ballets et opéras, sources des plus féériques fictions? On entend d’ailleurs à plusieurs reprises des extraits du célèbre Casse-Noisette. Enfin, notons l’ajout d’une voix survenant à quelques moments du film narrant l’histoire d’amour entre Hélène et Joachim qui n’est pas sans rappeler celle que l’on entend dans Peau d’âne (1970), le merveilleux film de Jacques Demy.

Assumer ses choix

Malheureusement, plus Main dans la Main progresse, plus sa cohérence, déjà fragile, s’effrite, offrant plusieurs scènes dont on questionne la pertinence. Donzelli avait décidé que ses protagonistes exécutassent les mêmes mouvements en raison du sortilège, mais petit à petit, ce n’est plus le cas et on se sert d’une excuse banale pour justifier le tout. En n’assumant pas jusqu’au bout la prémisse de son film, la réalisatrice en vient presque à le discréditer. Sur ce point seul, les critiques abondent en ce sens :« Un raccourci scénaristique trop facile » (Éric Moreault, La Presse) et « le fil conducteur liant les deux protagonistes casse en cours de route pour ne devenir qu’un gimmick sans développement » (Première.fr).

La suite n’est pas plus satisfaisante. Le couple se sépare et après un temps se retrouve au moment où Constance est sur le point de rendre l’âme. S’ensuivent la scène où ils la visitent à l’hôpital, celle des funérailles et enfin celle de l’incinération. Toute l’attention accordée à ce personnage secondaire est franchement inutile. D’autres histoires de départ comme le concours de danse amateur de Monaco auquel Véro veut participe sont tout simplement évacuées du scénario. Enfin, à la voix hors champ du narrateur au départ s’ajoutent celles de Joachim et de Hélène, ce qui finit par créer une cacophonie à l’image du film. Il en résulte bien évidemment un brouillon qui avait des idées de bases de départ intéressantes.

Main dans la Main est un film léger qui contient une foule d’idées intéressantes, mais aucune n’est menée à bien. D’ailleurs, un bon nombre de scènes auraient facilement pu se trouver dans la section « scènes coupées au montage » dans la version DVD. En se concentrant davantage sur les personnalités du couple, en amenant plus d’humour ou de moments poignants, le film aurait donné un bien meilleur résultat. Il faut par contre saluer le talent des acteurs Jérémie Elkaïm, dont l’étoile commence à peine à briller, et Valérie Lemercier dont on ne se lasse jamais.


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