Parade’s End (Finies les Parades) (2012) : toute… chose a une fin

Parade’s End est une minisérie coréalisée par BBC Two, HBO et VRT (Belgique). Diffusée en Grande-Bretagne à l’été 2012 et aux États-Unis à l’hiver 2013, on peut maintenant suivre la version française sur les ondes de Super Écran au Québec depuis juin. L’action commence en 1908 en Angleterre avec le mariage de l’aristocrate Christopher Tietjens (Benedict Cumberbatch) et de Sylvia (Rebecca Hall) en raison de la grossesse de cette dernière. Leur union ne tarde pas à battre de l’aile due aux escapades amoureuses de l’épouse. Entre temps, Christopher tombe amoureux de la jeune suffragette Valentine Wannop (Adelaide Clemens), mais tous ces élans du cœur seront ombragés avec l’arrivée de la Première Guerre mondiale. Adaptation d’une trilogie éponyme de l’auteur Ford Madox Ford, Parade’s End n’est pas à la hauteur d’autres récentes séries se situant à l’époque édouardienne. Le peu d’affection qu’on éprouve envers les personnages principaux et l’adaptation brouillonne de l’ouvrage écrit sont sûrement à mettre en cause.

Un trio qui ne plaît à personne

D’entrée de jeu, on est confus en regardant la série. C’est qu’en moins de 5 minutes, 3 intertitres viennent présenter les scènes, soit : « Paris 1908 », puis «Allemagne 2 ans plus tôt » et finalement « 3 ans plus tard »… C’est qu’on cherche à couvrir toute la trilogie en une série de 6 épisodes.  Pourtant, l’action qui nous est présentée à l’écran compte plusieurs longueurs. En bref, Parade’s End se résume à un triangle amoureux où chaque personnage de cette dynamique est confronté au regard des autres dans une société qui tarde à embrasser les idées nouvelles et la modernité.

On sent dès le début que Sylvia est comme un oiseau en cage. Bien qu’elle ne dédaigne pas le luxe dans lequel elle se vautre depuis son mariage, c’est toujours son cœur qu’elle écoute en premier. Cette « salope papiste », comme la surnomment ses détracteurs, a connu beaucoup d’hommes avant Christopher; d’où les doutes sur la paternité de leur enfant Michael. Un jour, sur un coup de tête, elle décide de partir vivre en France avec son amant du moment, sans se soucier des conséquences. Elle décidera néanmoins de rentrer au bercail afin de retrouver sa position confortable d’autrefois et peut-être apprendre à aimer son mari comme elle le devrait. Peine perdue.

Pour sa part, Christopher est plutôt « vieille école ». En vrai gentleman, les bonnes manières, le respect d’autrui et le sens de l’honneur sont les qualités qui le définissent… et le rendent terriblement ennuyeux.  On peut comprendre qu’il exaspère sa femme par moments. Homme de convictions, il ne peut tout simplement envisager le divorce, et d’un autre côté, il doit lutter pour ne pas prendre Valentine comme maîtresse. Si son épouse revendique, avant l’heure, une liberté de penser et d’agir, ce dernier se complaît dans son rôle de châtelain cultivé, regrettant la chevalerie digne d’une autre époque. Comme l’écrit Pierre Sérisier à propos du couple dans la série :« Leur mariage est celui de deux personnes qui regardent chacune dans une direction: elle vers l’avenir et lui vers le passé».

Enfin il y a Valentine. Fille d’une célèbre écrivaine, très tôt elle se revendique suffragette. Si elle montre beaucoup de passion pour ce combat, elle tombe rapidement dans la mièvrerie lorsqu’elle rencontre Christopher. Leur amour à l’eau de rose n’ayant aucune chance de se concrétiser étant donné le puritanisme de ce dernier, personne dans ce triangle n’est satisfait avec sa situation actuelle.

Médisance inversée

En histoire, on qualifie d’époque édouardienne (Angleterre) ou de Belle Époque (France) les premières années du XXe siècle en raison des progrès sociaux, économiques, technologiques et politiques en Europe. Mais cette ère nouvelle, caractérisée par une joie de vivre, traîne encore avec elle des vestiges du passé comme un système de classes très hiérarchisé, soit, l’aristocratie, la bourgeoisie et la populace. Les grands de ce monde ne sont pas censés se mêler avec des castes inférieures* et la réputation d’un homme est des plus vitales. Londres, bien qu’étant une très grande ville, est loin d’échapper à cette réalité.

Dans Parade’s End, on pourrait penser que c’est Sylvia qui serait la cible des calomnies et des critiques étant donné ses récentes frasques et son passé peu reluisant. Étonnement, c’est Christopher qui est le plus affecté. On invente de toutes pièces qu’il a eu un enfant illégitime avec Valentine et à force de répéter ce ragot, tout le monde finit par y croire. On accuse aussi le principal intéressé d’entretenir une relation avec madame Duchemin (Anne-Marie Duff) tout simplement parce que dans un élan de générosité, il a donné de l’argent au mari de cette dernière. Enfin, un amoureux éconduit de Sylvia fait courir la rumeur que les Tietjens seraient au bord de la banqueroute, ce qui a pour effet qu’aucune banque ne veut s’occuper de leurs avoirs tout en faisant fuir leurs plus proches amis. Le couple est jalousé à la fois par les femmes et les hommes. Les femmes, parce qu’elles ne supportent pas que Sylvia, après tout le scandale dont elle fait l’objet, conserve sa place dans la haute société. Les hommes, parce qu’ils jalousent tous l’affable Christopher d’être marié à une femme aussi envoûtante que Sylvia.

Parade’s End et Downton Abbey se déroulent à la même époque et abordent plus ou moins les mêmes thèmes. Bien que les deux séries soient caractérisées par un rythme lent, c’est Downton qui remporte la palme, non seulement grâce à un scénario de plus grande qualité, mais aussi pour l’attachement que l’on porte envers la plupart des personnages. Dans Parade, la platitude de Christopher, l’ingénuité de Valentine et l’égocentrisme de Sylvia ne sont pas susceptibles d’attirer la sympathie du téléspectateur. L’adaptation du livre de Fox aurait nécessité plus d’épisodes, des personnages secondaires moins caricaturaux et un traitement moins fleur bleue.


[*] Downton Abbey en est un bon exemple où les maîtres ne fraternisent jamais avec les domestiques.

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