The Bridge (2013) : un pont, deux mondes

The Bridge est une nouvelle série estivale de 13 épisodes diffusée sur les ondes de la chaîne FX au Canada et aux États-Unis. L’histoire débute sur un important pont reliant la ville d’El Paso au Texas à Chihuahua au Mexique alors qu’un cadavre tranché en deux y est retrouvé. À la morgue, on ne tarde pas à constater que le haut du corps appartient à une juge américaine notoire pour ses propos racistes alors que le bas provient d’une victime mexicaine. Ce crime a été perpétré par un tueur en série qui dénonce dans un genre de manifeste les inégalités à tous les nivaux entre ces deux peuples. Afin de mener l’enquête à terme, la détective américaine Sonya Cross (Diane Kruger) devra travailler en tandem avec l’officier mexicain Marco Ruiz (Demian Bichir). Adaptation de la série Bron/Broen (2011) issue d’une réalisation conjointe entre la Suède et le Danemark, l’intrigue policière dans The Bridge, bien que captivante, est en grande partie éclipsée par une troublante critique sociale concernant ces deux pays et qui est encore et toujours d’actualité.

Au-delà des meurtres en série

Ce qu’il y a d’intéressant avec The Bridge, c’est qu’elle s’éloigne assez du genre policier standard pour être originale et que ses multiples trames narratives s’imbriquent l’une dans l’autre avec doigté. Ainsi, la série s’attarde dans un premier temps à Charlotte Millwright (Annabeth Gish) dont le mari est récemment mort d’une crise cardiaque dans un hôpital du Texas. À son retour dans sa villa mexicaine, cette dernière ne tarde pas à découvrir que son époux était à la tête d’un important trafic de drogue et que ses anciens « associés » souhaitent désormais assurer la pérennité de cette lucrative opération. On suit aussi Steven Linder (Thomas M. Wright), un Texan qui se rend le plus souvent possible de l’autre côté de la frontière pour y fréquenter les bordels. Un soir, il va même jusqu’à kidnapper une prostituée qu’il ramène chez lui, cachée dans le coffre de sa voiture. Enfin, on suit un groupe d’immigrants illégaux qui a pu traverser la frontière en route vers les États-Unis. Aussitôt arrivé, le conducteur les abandonne à leur sort en plein désert alors qu’ils n’ont ni vivres, ni argent, ni papiers. Dans The Bridge, si le but initial est de mettre la main au collet d’un violent et sadique tueur en série, ce sont les enquêtes des détectives dans les deux pays qui permettent d’explorer plus en profondeur la criminalité en général, incluant le trafic humain, la prostitution et le monde des cartels de la drogue.

Le duo chargé d’enquêter sur toute cette affaire est à l’écran aussi mal assorti que divertissant. Sonya souffre du syndrome d’Asperger, une sorte d’autisme qui la rend très asociale, ce qui ne vient pas pour autant affecter son travail. En fait, elle se révèle très efficace, non seulement parce qu’elle agit toujours en stricte conformité avec les règles policières, mais aussi parce que son manque d’empathie en général lui permet de garder la tête froide dans les pires situations auxquelles elle doit faire face. Marco est complètement à l’opposé. Père de famille aimant, il a tout du latin toujours décontracté, qui n’hésite pas à contourner les mêmes règles pour arriver à ses fins. Après des années d’expérience dans un pays aussi criminalisé qu’est le Mexique, il est désormais empreint d’un pessimisme lucide sur les hommes. Tel un caméléon, il parvient à garder le contrôle sur ses enquêtes tout en sachant feindre et improviser dépendamment de son interlocuteur. Comme le veut le dicton, les contraires s’attirent et ce duo si mal assorti se révèle tout compte fait efficace lors des investigations.

 

Une réalité choquante

Dans son article sur la série, Jace Jacobs écrit :« The killer, it seems, has a need to bring to light some of the shocking inequalities between the U.S. and Mexico, but he is no crusader (…) He has a drive to create both carnage and impact».   En effet, alors que Marco et Sonya sont à la recherche d’indices, on leur apporte un message enregistré provenant du maniaque dans lequel il énonce que par an, 5 femmes sont assassinées à El Paso alors qu’il y en a 1 000 à Juarez. Ces chiffres, plus ou moins précis en disent long sur les différences criantes entre les deux pays. C’est l’enquête menant souvent les policiers à Juarez qui met en lumière cet état des choses.

La force dans The Bridge, c’est qu’elle évite de tomber dans le sensationnalisme et que rien n’y est noir ou blanc. Certes les scènes à Juarez sont dures, mais reflètent une réalité dont on méconnaît l’ampleur. Selon un rapport du Congressional Research Service, le nombre de morts en lien avec le crime organisé dans la ville de Chihuahua durant les 9 premiers mois de 2011 excéderait le nombre de civils qui ont succombé durant la guerre dans tout l’Afghanistan durant la même période. Mais la série n’épargne pas les Américains pour autant. Si les cartels sont bien présents au Mexique, leur marché principal est les États-Unis. À ces plans où l’on voit des Mexicains prêts à toutes les bassesses pour traverser la frontière, on nous montre en revanche des Américains désabusés et dépressifs. Dans leur égoïsme le plus abject,  certains vont même jusqu’à empoisonner une source d’eau dans un désert texan afin que les immigrants illégaux qui s’y abreuvent meurent sur le champ.

Enfin une sensibilité reliée à la langue

Un mot sur un détail qui peut sembler anodin dans The Bridge. Les personnages mexicains de la série parlent espagnol… En effet, trop souvent à la télévision américaine, on tente d’épargner aux téléspectateurs d’avoir à lire des sous-titres. Dans Devious Maids par exemple, les quatre bonnes d’origine latine et qui travaillent à Beverly Hills parlent toujours en anglais, ce qui fait peu de sens. D’un point de vue géographique, un pont seulement sépare deux communautés dans The Bridge, mais avec des cultures quelquefois à des années-lumière l’une de l’autre. La langue est l’outil qui symbolise par excellence cette différence.

Avec des cotes d’écoute de plus de 3 millions pour la diffusion de son premier épisode, The Bridge est un succès incontestable. Le talent des acteurs est indéniable et notons entre autres la performance de Diane Kruger qui épate autant dans les drames que dans les comédies. Cette série dérange, nous sort de notre zone de confort, mais ça en vaut pleinement la peine.


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Une réflexion sur “The Bridge (2013) : un pont, deux mondes

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