The Fall (2013) : les ténèbres de Belfast

The Fall est une minisérie de cinq épisodes qui a été diffusée sur les ondes de BBC Two en mai et qui est depuis disponible sur Netflix. La détective Stella Gibson de la Metropolitan Police (Gillian Anderson) est appelée à se rendre à Belfast en Irlande du Nord afin d’enquêter sur le meurtre mystérieux de plusieurs jeunes femmes. En parallèle, nous suivons les agissements de Paul Spector (Jamie Dornan), un père de deux enfants qui mène une double vie : celle de conseiller de soutient au deuil le jour et de tueur en série la nuit. D’une finesse effrayante, ce thriller n’est pas sans rappeler les plus grands succès d’Hitchcock où terreur et divertissement se marient à la perfection. Véritable jeu du chat et de la souris, les policiers se retrouvent plus souvent qu’autrement sur de fausses pistes, permettant ainsi à Paul de perpétuer ses méfaits. Un incontournable du genre.

 

La narratrice et le protagoniste

The Fall, c’est l’histoire d’un couple où tous deux ont leur importance. Chaque épisode est découpé de façon méthodique, si bien qu’autant d’attention est accordée au tueur et à la détective. Bien entendu, l’un ne va pas sans l’autre. De prime abord, Paul incarne tout ce qu’il y a de plus normal. Il vit aux côtés d’une femme qui l’adore, Sally-Ann (Laura Donnelly), une est infirmière spécialisée dans les soins aux nouveau-nés. Travaillant à des plages horaires différentes, ils se relaient l’éducation de leurs deux jeunes enfants. Au travail, Paul se montre minutieux et compatissant, gagnant ainsi l’estime de ses patients. Le contraste n’en est que plus grand avec sa vie nocturne. Prétextant de travailler dans un centre d’appel pour les gens en détresse, il s’immisce dans les maisons de ses victimes, et s’approprie des sous-vêtements féminins comme s’il s’agissait de reliques. Il en profite pour en placer d’autres sur le lit afin de faire sentir sa présence. Ce rituel se veut un avertissement ou un indice comme quoi le pire est à venir. Quelques jours plus tard, il revient tuer sa victime (toujours la strangulation), lave son corps, s’empare d’une mèche de ses cheveux et quitte les lieux après s’être assuré qu’il n’y a aucune trace de sa présence. Pourquoi ces meurtres? Agit-il de façon à  assouvir ses fantasmes ou dans le but de braver les interdits? En laissant quelques indices, cherche-t-il inconsciemment à se faire prendre? En fait, la plupart des plans accompagnant ce personnage nous le montrent silencieux. Nous ne savons donc rien de lui.

Voilà toute l’importance de la détective Gibson dans la série. Lors de réunions avec d’autres officiers, elle nous décrit son profil, ce qui semble se passer dans sa tête, sa routine, etc. Alors qu’elle parle de lui, on nous montre des plans de Paul en train de commettre ses méfaits (la bande-annonce ci-haut en est un bon exemple). Gibson agit donc à titre de narratrice impuissante, étant donné qu’elle ne peut contrôler son sujet. On retrouve dans The Fall plusieurs alternances de plans de la sorte, créant un lien diégétique entre les deux. À un moment, Gibson a une aventure d’un soir avec un autre policier. Pendant ces ébats, on nous montre en parallèle Paul qui nettoie avec minutie le corps d’une morte, alors qu’il la contemple; la vénère. Ce montage, aussi morbide soit-il, vient renforcer la contiguïté qui existe entre les deux êtres. Comme l’écrit Sam Wollaston dans The Guardian : « They’re also both meticulous, controlling, intense, predatory. This is about the minds as much as it is about the crimes ».

Digne d’Hitchcock

En 1972, Alfred Hitchcock réalisait Frenzy, dans lequel Richard Blaney tente de prouver son innocence après avoir été injustement accusé d’être le tueur en série qui terrorise Londres. On connaît assez tôt le véritable meurtrier, Rusk, qui après avoir violé des femmes, les étrangle avec sa cravate, laissant ainsi sa signature. Le film entier vacille entre l’enquête et les meurtres, jusqu’à la capture inévitable du coupable à la toute fin.

The Fall ressemble beaucoup à ce film culte, non seulement dans sa trame narrative, mais aussi quant à son utilisation des techniques de montage, propres à créer un suspens digne du genre. Dans le film et la série, la musique est minimale et durant les meurtres, c’est le silence total. De plus, dans les deux cas, les plans longs et une absence de montage nous montrent les meurtriers, en pleine possession de leurs moyens, tuer leurs victimes. Dans la série, l’absence de dialogues de la part de Paul rend son personnage encore plus effrayant, si bien qu’à chaque fois qu’il côtoie une femme, on craint pour sa vie de celle-ci. Toutes ces techniques d’inspiration hitchcockienne viennent renforcer le suspens en créant un certain réalisme et c’est un sentiment d’effroi constant que l’on ressent en regardant The Fall.

En a-t-il pour longtemps?

Jusqu’ici, Paul s’en tire à bon compte. Il planifie ses crimes à l’avance et prend bien soin de ne laisser aucune trace de son passage sur les lieux du crime. Lorsqu’il est avec sa famille ou au travail, son attitude est irréprochable. Mais il prend des notes et dessine ses victimes dans un journal qu’il cache dans le grenier, lequel n’est accessible que par la chambre de sa fillette. Celle-ci fait constamment d’horribles cauchemars; elle rêve de jeunes princesses qui se font tuer… Un soir alors qu’elle feint de dormir, elle voit son père y cacher ledit document. Sur les lieux d’un crime, Paul vole un collier très rare qu’il offre à sa fille, qui le porte en permanence. Un autre jour, c’est la jeune gardienne, qui en fouillant, trouve une mèche de cheveux dans le bureau de Paul. Sans affirmer que l’étau se resserre, Paul prend certains risques qui pourraient lui coûter sa liberté. Sous la loupe de la détective chevronnée Gibson et dans un monde où les caméras de surveillance sont omniprésentes, le titre de la série, The Fall (la chute), pourrait s’avérer prophétique.

Ayant seulement visionné les trois premiers épisodes de la série, on ne sait si Paul se fera épingler par la police. Il est permis d’en douter, puisqu’à la fin mai, BBC Two a renouvelé la série pour une seconde saison. Peut-être la même structure sera elle appliquée, mais avec un autre meurtrier et une autre détective? Une chose est sûre, un thriller de la trempe de The Fall, vaut au moins 10 séries policières américaines réunies, toutes plus redondantes les unes que les autres.


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