Orange is the New Black (2013) : nullité à la Hollywood

Orange is the New Black est la nouvelle série de 13 épisodes rendus maintenant disponibles par le réseau Netflix. Piper Chapman (Taylor Schilling), une femme dans la trentaine, doit aller passer 15 mois en prison pour avoir transporté une valise d’argent provenant d’un trafic de drogues il y a dix ans. Elle doit par le fait même abandonner momentanément son magasin de savons à main et surtout son fiancé, Larry (Jason Biggs), tout en essayant de s’accommoder à l’univers carcéral. De la créatrice de Weeds, Jenji Kohan, la série est aussi inspirée du livre autobiographique de Piper Kerman intitulé « Orange Is the New Black: My Year in a Women’s Prison ». Scénario faible, personnages stéréotypés et d’un ton enfantin, Orange is the New Black a malheureusement tout d’un film mainstream qui défini si bien le cinéma américain en général. Dès lors, comment s’étonner que toutes les critiques au sud de la frontière encensent la série?

À contre-courant des critiques

Rarement une nouvelle série télévisée a connu un consensus aussi positif au sein des critiques. En effet, toutes encensent Orange is the New Black, notamment parce que selon eux, on parvient à y mêler humour et drame, à nous offrir des portraits de personnages touchants et  qu’on offre une vision réaliste du milieu carcéral féminin. Le choix du traitement est pourtant intéressant. Une série sur ledit milieu n’a pas à prendre nécessairement pour modèle Oz (1997-2003) qui se veut un drame d’une violence extrême de A à Z. En prison, des amitiés peuvent se forger et les détenus peuvent ressortir grandis d’une telle expérience, ce qui a été manifestement été le cas ici puisque Orange is the New Black est une adaptation de mémoires. À chaque épisode, on nous dévoile le passé d’une des détenues, qu’il s’agisse de Piper, de la cheffe des cuisines Galina (Kate Mulgrew) ou de Sophia (Laverne Cox), une transsexuelle. Les raisons pour lesquelles elles sont incarcérées sont assez crève-cœur d’autant plus qu’elles ne sont pas des criminelles dans l’âme (il s’agit d’un centre de détention à sécurité minimale après tout). Dans ce cas-ci, le ton léger de la série vient nuire à ces histoires qui ont pourtant un potentiel poignant.

L’histoire entourant l’héroïne Piper manque de bases solides autant lorsqu’on la voit lors de flashbacks avant son incarcération que lorsqu’elle purge sa sentence. Lorsqu’on nous la montre en liberté, c’est la plupart du temps aux côtés de Larry. Elle ne cesse de parler de la prison comme si on la plaçait en pénitence et prend tout à la légère. Lorsqu’elle commence sa peine, elle est tout étonnée qu’on ne lui permette pas de conserver son iPhone… Notre petite Blanche-Neige, si douce et si innocente, a aussi du mal à s’acclimater à la rudesse du système et au traitement que lui réservent certaines de ses codétenues.  À la voir sangloter et à l’entendre geindre, c’est comme si elle n’était pas satisfaite de son séjour… pour peu, elle irait jusqu’à demander un remboursement!

Quant à l’humour, dans son article en ligne, Tim Goodman écrit que la série est :« infused it with an unpredictable flow of laughs». Pour ma part, je n’ai que retenu ces lignes savantes : « Faites pas cet air déprimé, ça donne des rides », « vous n’êtes pas obligée d’avoir une relation lesbienne », « je l’ai virée, elle ne savait pas comment ouvrir un document Word et elle ne se rasait pas sous les bras » ou encore «j’ai entendu dire que John Lennon a écrit Imagine en retenant son sperme». Additionnons ce genre de dialogues, une dédramatisation un peu trop marquée quant au passé des détenues et une protagoniste principale très belle physiquement et ayant peu de défauts, on est loin de dépeindre un quelconque « réalisme » du milieu carcéral; au contraire, on nous rappelle constamment qu’on est en train de regarder un film.

Mainstream

Dans mon article sur Hemlock Grove, j’évoquais les bons et mauvais points entourant les séries produites par Netflix. Étant donné que la chaîne a à sa disposition des informations très précises concernant les goûts de ses clients (acteurs, genres, épisodes, réalisateurs, etc.), il lui est facile de créer des séries en tenant compte de ces données, s’assurant par le fait même un succès quasiment inévitable, et ce, en ne prenant aucun risque. Le mauvais côté est que ces productions peuvent manquer terriblement d’originalité; c’est justement le cas de Orange is the New Black que l’on peut aisément qualifier de mainstream.

Dans son livre éponyme sur le sujet, voici comment l’auteur Frédéric Martel[1] définit ce courant :« mot d’origine américaine : grand public, dominant, populaire. L’expression « culture mainstream » peut avoir une connotation positive, au sens de « culture pour tous », ou négative, au sens de « culture hégémonique ». Qui s’étonne dès lors qu’on ait entre autres pour acteur principal Jason Biggs (plus connu pour son rôle dans les très niaiseux, mais lucratifs American Pie)? Sans mettre en cause son talent d’acteur, son personnage est pour le moins inutile dans la série puisque celle-ci se déroule presque entièrement dans la prison. On ne le voit que trois ou quatre minutes par épisodes, mais seule sa présence est garante de popularité. Le mainstream est aussi peu porté sur les nuances nous offrant ainsi des personnages stéréotypés. C’est plus ou moins le cas pour les personnages principaux, puisqu’on leur donne de la profondeur en retournant dans leur passé, mais les personnages secondaires (et ils sont nombreux) n’ont qu’une dimension. On retrouve donc dans Orange is the New Black un groupe qu’on apprend à connaître et à qui on s’attache, et toutes les autres dans leur entourage, qui ne pensent qu’à leur gâcher la vie.

Les mises en situation simplettes et improbables caractérisent aussi le mainstream. Ainsi, Galina, la cuisinière que Piper a offensé, se résout à ce que cette dernière ne mange plus rien. Résultat, elle crève de faim pendant au moins cinq jours sans que personne (ni ses amies, ni les autorités) ne réagisse. Pour en revenir à Piper, celle-ci était lesbienne dans son passé et désormais, elle a un fiancé. Si l’orientation sexuelle pouvait être si simple! Les flashbacks entre elle et Larry nous démontrent clairement l’attraction qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, à l’inverse de ceux entre elle et son ex-copine  Alex (Laura Prepon). Dans les 20 premières secondes de la série, on voit ces deux amoureuses sous la douche, seins nus, en train de s’embrasser; voilà comment nous est dépeinte leur relation. À lui seul, ce plan inutile a le potentiel d’élargir encore plus son auditoire.

Orange is the New Black a tout d’une série conventionnelle, à la fois mignonne et dramatique, bref, sans intérêt. Après une grosse journée au boulot, des problèmes pleins la tête, celle-ci est conseillée dans le but d’épurer le cerveau, de faire le vide. Si 13 épisodes pour certains c’est trop court, il ne faut pas s’inquiéter; moins de deux semaines après son lancement, Netflix a fièrement annoncé que la série était renouvelée pour une seconde saison.

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