Ray Donovan (2013) : testostérone

Ray Donovan est une nouvelle série de 12 épisodes diffusée sur les ondes de Showtime aux États-Unis et The Movie Network au Canada depuis la fin juin. L’histoire prend place à Los Angeles où l’on suit Ray Donovan (Liev Schreiber), l’homme qui est sollicité par la firme Goldman & Dexler lorsqu’une célébrité est aux prises avec un scandale. Comme l’un n’attend pas l’autre dans cette ville de tous les excès, Ray ne sait où donner de la tête, d’autant plus qu’il doit faire face à une situation familiale particulièrement houleuse après que son père qu’il déteste, Mickey (John Voight), ait été libéré de prison cinq ans plus tôt que prévu. Ayant brisée un record d’audience pour son pilote et déjà renouvelée pour une seconde saison, Ray Donovan contient une brochette de personnages fascinants ainsi que des mises en situation inusitées. Si le ton est très glauque, reste que la série qui est centrée sur différents types d’hommes n’a pas peur de sortir des sentiers battus, en abordant plusieurs tabous avec un humour noir qui marque les esprits.

L’homme américain en détresse

Une grande majorité de séries québécoises originales ont souvent été critiquées, notamment par certains comédiens, pour leur représentation à l’écran «d’hommes mous », déprimés, stupides ou immatures. Ceux-ci se retrouvent la plupart du temps éclipsés par des femmes fortes (des «Germaines» en bon québécois). Dans Ray Donovan, le portrait des hommes n’est guerre mieux, mais il est exploité différemment et sans pour autant que leurs pendants féminins prennent leur fasse ombrage.

Après la diffusion de trois épisodes, ce sont majoritairement des hommes qui requièrent les services de Ray. Les problèmes qu’ils vivent ont tous un lien avec la sexualité (cela semble être d’ailleurs la marque de commerce de la série). Par exemple, Tommy (Austin Nichols) est un acteur qui a une relation avec une transsexuelle qui le fait chanter et il se trouve par la suite en thérapie pour les accros au sexe. Un joueur de basketball professionnel se réveille un matin aux côtés d’une femme, une aventure d’un soir qui est morte durant la nuit d’une overdose. Enfin, il y a Ashley Rucker (Ambyr Childers), une jeune vedette qui contacte Ray parce qu’un voyeur ne cesse de rôder autour de sa maison. Ray retrouve l’homme en question et le menace, mais rien n’y fait.

La famille Donovan n’est pas exempte de problèmes. Un des frères de Ray, Terry (Eddie Marsan), souffre de schizophrénie précoce, ce qui a brutalement mis fin à sa carrière de boxeur en plus de causer chez lui une extrême timidité, particulièrement lorsqu’il s’agit de faire la cour aux femmes. L’autre frère, Bunchy (Dash Mihok), a été abusé par un prêtre dans sa jeunesse. Incapable de vivre une vie normale, il se saoule ou se drogue. Quant à Ray, son mariage bat de l’aile et au lieu d’arranger les choses, il préfère séjourner loin de la maison familiale. Lorsqu’il apprend la libération de son père, sa première réaction est de vouloir le tuer. Et quand il travaille pour ses clients, il n’hésite pas à recourir à la manière forte, quitte à briser quelques os… Pourtant, il y a un côté de lui plus sensible qu’il laisse entrevoir lorsqu’il est en compagnie de ses enfants, mais qu’il réprime dans tous les autres instants de sa vie. Le feu et l’eau, pour Ray, c’est son mutisme dans des situations émotionnelles qui entre en contraste avec sa rage et sa violence lors de confrontations avec ceux qui troublent ses clients.

Tous ces hommes n’inspirent pas au téléspectateur la pitié ou le découragement. Ceci est en partie dû à la mise en scène glaciale de la série qui ne s’épanche nullement sur le sort de ces malheureux. Ces hommes ne se font pas manipuler par des femmes, par exemple, et sont laissés à eux-mêmes. Ils régleront leurs problèmes seuls, ou grâce à la solidarité d’autres hommes et c’est en ce sens que ces personnages s’avèrent plus captivants à regarder que l’homme québécois « stéréotypé » à l’écran.

Au-delà des clichés

Ce qu’il y a d’intéressant avec Ray Donovan, c’est surtout ses mises en situation autant uniques qu’originales; fait rare d’autant plus que l’action se déroule à Los Angeles, ville maintes fois exploitée dans les séries télévisées. Dans son article en ligne, Tim Surette écrit :« Ray Donovan‘s Los Angeles isn’t a place full of polished celebrity glamor (…) It’s a circus of addicts, freaks, and lowlifes passing suitcases full of dirty money back and forth ». Ainsi, la série ressemble à un mélange de The Sopranos (HBO, 1999-2007) et de Banshee (Cinemax, 2013- ) où les hommes se révèlent être déterminés à se faire eux-mêmes justice, quitte à tomber dans l’illégalité. À un moment, Ray parvient à convaincre une mère toxicomane de vendre (littéralement) son fils à son ex-mari, lequel veut en faire une vedette du rap. Dans la querelle qui oppose Bunchy et le prêtre qui l’a agressé, l’église à laquelle ce dernier appartient accepte de lui donner un chèque d’un million $ en échange de son silence, ce qui tout compte fait convient aux deux parties. La série a aussi commencé à aborder avec franchise les thèmes de la sexualité virtuelle en lien avec les deux jeunes adolescents de Ray.  Sa fille, Bridget vient de rencontrer un garçon de son âge qui lui plaît. Dans un échange de textos, celui-ci lui envoie des photos de son torse nu et lui demande de faire de même, laquelle s’exécute. Quant à son fils, Conor, on le voit chatter avec l’acteur Tommy dont les frasques ont été évoquées plus haut : il s’agit probablement d’un leurre d’enfants… à suivre.

Ray Donovan est une série qui ne tombe pas dans le sensationnalisme. La sexualité, occupant une part importante de la série, n’est jamais traitée de façon explicite comme c’est trop souvent le cas avec les chaînes câblées. Série très « machiste », ces hommes ont tous été marqués au fer rouge à un moment ou à un autre. À défaut de s’attacher à ceux-ci, lesquels sont soit trop froids ou carrément déjantés, les prochains épisodes de la saison promettent néanmoins plusieurs rebondissements en raison des pétrins dans lesquels ils se trouvent.


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