Réflexions entourant Homeland, saison 1 (2011) : le prix de la sécurité

Homeland est une série de 12 épisodes diffusée sur les ondes de Showtime aux États-Unis et la troisième saison est attendue pour le mois de septembre. La première saison ayant été diffusée sur les ondes de Télé-Québec à l’automne 2012, Homeland est un remake de la série israélienne Hatufim (qui signifie « enlevés » en français). Le tout débute avec l’arrivée miraculeuse du sergent Nicholas Brodie (Damian Lewis) aux États-Unis après avoir passé les huit dernières années en captivité en Irak. Si ce retour confirme la fierté et l’orgueil du peuple américain, il n’en est pas de même pour sa famille, dont son épouse Jessica (Morena Baccarin), qui le croyait mort. Parallèlement, l’agent de la CIA Carrie Anderson (Claire Danes) soupçonne ledit soldat d’avoir subi un lavage de cerveau et d’être maintenant à la solde des ennemis de l’Amérique et obtiendra des instances supérieures de le mettre sous écoute. La plus grande force de Homeland est qu’on nous dévoile des indices sur ces personnalités au compte-gouttes, au point où on ne sait si les protagonistes sont dignes de confiance. Auréolée de multiples prix depuis son départ, la série est un incontournable.

Bâtir un suspens grâce à l’ambiguïté

Huit ans de captivité et Nicholas Brody est de retour au sein de sa famille. Que s’est-il passé durant ces années? Quel a été son quotidien? Nul ne le sait jusqu’ici. La série prend admirablement son temps pour nous dévoiler son passé son mystérieux, ce qui frustre, mais aussi éveille la curiosité du téléspectateur. Au premier regard, on suit un homme qui tente de renouer avec les personnes qui lui sont chères et de retrouver une vie « normale ». Mais comment peut-il faire fi de son passé, aussi mouvementé eut-il pu être? C’est la question que l’on ne cesse de se poser en regardant les agissements de Brody, d’autant qu’on nous montre plusieurs flashbacks de ses années de captivité, mais qui nous en apprennent peu. On se met évidemment à imaginer le pire. Dès le premier épisode, on voit qu’il a été torturé sur tout son torse; des traces qui ne disparaîtront jamais. Il éprouve aussi des problèmes d’intimité avec Jessica (il dort sur le plancher et ne peut lui faire l’amour). Plus loin, il sort de ses gonds lors d’une fête entre voisins parce qu’un faon ne cesse de venir piétiner les fleurs de son jardin. Alors qu’il fait de l’insomnie, il se rend au garage et se met à réciter une prière musulmane… Pourtant, il se montre un père attentionné, particulièrement envers sa fille Dana qui est en pleine crise d’adolescence et semble vraiment vouloir maintenir l’union entre lui et Jessica en acceptant de se joindre à un groupe d’aide destiné aux anciens soldats. À ce stade, il est difficile de voir en lui un terroriste à la solde de pays musulmans.

Dans son article sur le pilote de Homeland, l’auteur Fabien écrit :« si cette introduction nous pousse à penser que Brody n’est pas net, Carrie ne l’est pas plus que lui». Au départ, on peut comprendre la motivation de celle-ci de monitorer les faits et gestes de cet ancien captif. Mais au fil des épisodes, il est évident que cette surveillance se transforme en obsession au point où elle connaît sa routine matinale par cœur, sachant quel veston il choisira, la première chose qu’il prendra pour déjeuner, etc. Le problème, c’est que moins elle trouve des éléments incriminants, plus elle s’acharne à trouver des preuves au point où on se demande si ce n’est pas elle qui fabule. Cette hypothèse est renforcée du fait qu’elle prend de la clozapine, un médicament utilisé pour le traitement de la schizophrénie. Ce n’est qu’à la fin du quatrième épisode qu’elle décide d’aller à la rencontre de Brody (il se trouve à une rencontre d’anciens soldats) en se faisant passer pour une ancienne combattante. On sent une complicité, du moins une énergie très forte entre les deux. Qui sait où ça les mènera.

Quand la fiction reflète la réalité

Au printemps 2013, une nouvelle internationale a particulièrement fait écho dans le monde. Il s’agissait du scandale entourant la National Security Agency (NSA) et de son programme Prism, qui permettait à des espions américains de collecter des échanges électroniques effectués par n’importe quel internaute à l’extérieur des États-Unis à l’aide de serveurs Internet tels Google ou Facebook. Au nom de menaces terroristes, on se permet donc d’incruster l’intimité des foyers, ce qui en a choqué plus d’un. Or la première saison de Homeland se déroule deux ans précédant ces événements. Dans un article, son auteur Pierre Sérisier écrit sur la série, et avec raison, qu’elle :« parle des conséquences de la seconde guerre du Golfe pour l’administration américaine et de la menace existante que ce conflit n’a fait qu’exacerber ». Le lien entre la fiction et la réalité est particulièrement probant quand on regarde le générique de la série où s’entremêlent des images de la série aux discours prononcés par les récents présidents des États-Unis tels George Bush ou Barak Obama.

Encore à l’image de la réalité, les menaces terroristes, loin d’être contrées, ne font que se multiplier, ce qui dépasse les officiers dans Homeland. Un groupe de la CIA est depuis des années à la recherche du dirigeant d’Al Qaeda, Abu Nazir, et tous les efforts de Carrie pour le traquer demeurent vains, pour le moment. Sont alors introduits dans la série deux nouveaux personnages : Aileen et Raqim qui se font discrets logeant dans une maison de banlieue bien banale. Sont-ils à suspecter? C’est ce qui nous vient en tête en regardant la série : qui complote et qui travaille au bien collectif des États-Unis?  Nous vivons désormais en pleine paranoïa, ce qu’illustre très bien Homeland.

On peut aisément comprendre le succès de cette série qui nous tient en haleine, bien que son rythme soit assez lent, ce que l’on retrouve rarement dans un suspens. Mention toute spéciale aux deux acteurs principaux, Claire Danes et Damian Lewis, tous deux récipiendaires d’un Golden Globe pour leur interprétation. Enfin Homeland est malheureusement de son temps en abordant des sujets tels que le banditisme international ou cette nouvelle ère qu’est la cyber surveillance. Longue vie à cette fiction et non à cette réalité…


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