Devious Maids (2013) : crime et scènes de ménages à Beverly Hills

Devious Maids est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée sur les ondes de Lifetime au Canada et aux États-Unis depuis la fin de juin. Le tout débute avec le meurtre de Flora, une bonne travaillant pour Adrian et Evelyn Powell (Tom Irwin et Rebecca Wisocky). Cette mort sème l’émoi particulièrement au sein d’un groupe de domestiques d’origine hispanique au sein duquel elle était très appréciée. Au-delà de l’enquête, on suit le quotidien de celles-ci : Carmen (Roselyn Sanchez), Zoila (Judy Reyes) et sa fille Valentina (Edy Ganem), Rosie (Dania Ramirez) et Marisol (Ana Oritz) et les relations amour/haine (c’est selon) qu’elles entretiennent avec leurs patrons. La série est créée par Marc Cherry, aussi à l’origine de Desperate Housewives (2004-2012) et ce n’est donc pas un hasard si on retrouve plusieurs points communs entre les deux, d’autant plus qu’une des productrices est Eva Longoria (Gabrielle Solis dans DH). Jusqu’ici, la série a surtout été accusée de racisme, éclipsant par le fait-même le contenu des épisodes. Adaptée d’une telenovela, Devious Maids se révèle pourtant très divertissante.

Racisme… vraiment?

Les cinq protagonistes sont donc d’origine hispanique et travaillent toutes en tant que domestiques chez de riches propriétaires de Beverly Hills. Zolia et sa fille Valentina travaillent toutes deux chez Mme Delatour, une femme ingénue et dont la plus grande phobie est la vieillesse. Valentina, qui rêve de devenir designer, a le béguin pour son fils, Remi, au grand dam de Zoila. Rosie travaille chez les Westmore. L’épouse, Peri, est une actrice égoïste en manque de publicité (et de contrats), en plus d’être une piètre mère et de tromper son époux Spence. Ce dernier, très timide, semble être amoureux de Rosie. Carmen travaille chez le bellâtre chanteur Alejandro Rubio, lequel est le plus souvent absent.  Pendant ce temps, elle ne se gêne pas pour profiter du luxe de la maison, tout en souhaitant devenir une grande chanteuse. Enfin, Marisol est la nouvelle venue qui se trouve un emploi chez les Stappord. Celle-ci se liera d’amitié avec la maîtresse de maison Taylor, qui avant d’épouser son richissime mari Michael, se prostituait. En même temps, Marisol fait des heures supplémentaires chez les Powell, afin d’en apprendre davantage sur la disparition de Flora… c’est que son propre fils a été accusé du meurtre et elle compte bien le disculper à sa façon.

Vanessa Verduga, une actrice et blogueuse a critiqué Devious Maids parce qu’elle représentait encore une fois des immigrantes hispaniques campant le rôle de domestiques. Elle a ajouté dans un article : «It’s that the melodramatic nature of the story, with the sexy maids scheming and sleeping around, fits in with the Hollywood perception that Latinas are subservient sexual objects[1]». D’une part, le métier de domestique est encore très répandu, spécialement dans des quartiers aussi riches que Beverly Hills aux États-Unis et de surcroît, il n’y a rien de mal ou de dégradant à exercer cette profession. D’autre part, la blogueuse accuse que l’on dépeigne ces femmes comme étant des objets sexuels. Si les cinq protagonistes sont loin d’être dans le même moule, on réalise qu’il y a un peu de vrai dans cette critique, mais qu’elle ne s’adresse pas aux héroïnes de la série.

Si Valentina est amoureuse du fils de la patronne (en ce sens, il s’agit de sentiments et non d’un parti à conquérir), les autres bonnes ne tendent pas vers cet objectif. Ce sont plutôt les maîtresses de maison, qu’il s’agisse d’Evelyn, Taylor ou Peri qui sont représentées comme de jolies potiches, ne faisant rien de toute la journée sinon de soigner leur apparence, de se trouver un amant ou encore de s’affairer jour après jour à conserver leur statut de privilégiées. Pourtant, personne n’a critiqué la manière dont on dépeint ces caucasiennes…

Une telenovela à l’américaine?

Au premier coup d’œil, on pourrait déplorer le ton assez caricatural de Devious Maids. Il arrive souvent que des situations ou réactions de personnages soient exagérées. Il faut cependant garder en tête que la série est inspirée de la telenovela mexicaine Ellas Son la Alegrìa des Hogar. Ce type d’émission est comparable aux soaps américains. L’excès d’éléments mélodramatiques qui caractérise en grande partie ce genre rend justement ces séries risibles. Desperate Housewives était caractérisée par une alternance de genres, savamment planifiée, mêlant par là le suspens, l’humour, le drame et le policier. Mark Cherry récidive avec Devious Maids, mais privilégie encore plus l’humour aux dépens de la partie dramatique du scénario qu’est le meurtre de Flora.

Tout n’est cependant pas à prendre au premier degré. En effet, on s’attache rapidement à ces domestiques tantôt gaffeuses, tantôt ambitieuses. Si quelques fois leurs actions peuvent manquer de jugement, elles sont toujours motivées par de bons sentiments. Par exemple, Rosie cherche à gagner le plus d’argent possible pour pouvoir éventuellement amener son jeune fils aux États-Unis, lui qui vit toujours à Guadalajara au Mexique. Et contrairement à Downton Abbey (PBS) où les domestiques et leurs maîtres ne socialisent jamais, vivant chacun retranchés dans leurs quartiers respectifs, les relations qui s’établissent entre les bonnes et leurs patrons dans Devious Maids réservent beaucoup de surprises dans les épisodes à venir. Ceci est d’autant plus intéressant que la série est entièrement orientée du point de vue des domestiques et non des maîtres comme dans Revenge (ABC), par exemple, où les employés de maison n’ont d’autres rôles que ceux de figurants, ne prenant nullement part aux intrigues.

Si le ton léger, voire caricatural de Devious Maids peut en décevoir certains, reste que les scènes d’humour y sont bien mieux exécutées que les sitcoms décevantes produites par les grands réseaux américains en 2013 comme Save Me (NBC) ou Family Tools (ABC). On retrouve avec plaisir l’empreinte de Marc Cherry dans une production qui n’égalera peut-être jamais Desperate Housewives, mais dont les cotes d’écoute après trois semaines se révèlent encourageantes, d’autant plus que la série est diffusée sur une chaîne câblée, et ce, en plein été.


Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s