Crossing Lines (2013) : presque Interpol

Crossing Lines est une nouvelle série de dix épisodes diffusée sur les ondes de CBS aux États-Unis depuis le début de la mi-juin. Le tout commence lorsqu’un ancien policier new-yorkais, Carl Hickman (William Fichtner), est sollicité par le Major Louis Daniel (Marc Lavoine) afin qu’il aide le tribunal pénal international à traquer un tueur en série qui jusqu’ici a tué plusieurs femmes aux quatre coins de l’Europe. Ce sera bien évidemment chose faite à la fin du premier épisode et Hickman se joindra à une équipe composée d’un interrogateur, d’un spécialiste en informatique, d’un analyste de la criminalité et d’un spécialiste en armement. Ensemble, ils tenteront de mettre la main sur les plus dangereux criminels d’Europe. Crossing Lines est une série policière tout ce qu’il y a de plus classique sinon que l’on y a interchangé les rues sombres de New York pour divers pays de la zone euro et que le casting est international. La série est d’ailleurs créée par Edward Allen Bernero qui était  à l’origine de Criminal Minds (2005- ). Loin d’être mauvaise, on prend le temps dans la série de nous présenter chaque membre de l’équipe et à en juger par le niveau de bien-être qu’ils dégagent, on se demande pourquoi ils continuent à se dévouer corps et âmes à ce métier. Reste que pour les Nord-Américains, l’Europe est exotique et que le dépaysement des lieux et la brochette d’acteurs internationaux sont bien accueillis.

Une bande d’éclopés

Si comme à l’image de toutes les séries policières, les intervenants du côté de la justice dans Crossing Lines font preuve d’une ardeur sans bornes pour mettre le grappin sur les criminels, force est de constater qu’ils y laissent une grande part de leur santé et de leur moral. Une scène à ce sujet lors du deuxième épisode est très éloquente. Alors que l’équipe est en réunion au sujet d’un vol de peinture et d’un meurtre, le détective Hickman se rend à la cafétéria pour ingérer en cachette des antidouleurs. C’est qu’avant de rejoindre la brigade, il travaillait en tant qu’agent de police à New York et a été gravement blessé au cours d’une opération. Pour pallier à la douleur, il est donc sérieusement accro à ce genre de médicaments et à la morphine. Quelques minutes plus tard, c’est l’Irlandais Tommy McConnel (Richard Flood) qui s’isole dans le même endroit pour boire de l’alcool. C’est qu’il ne s’est toujours pas remis de la mort de sa collègue britannique, Sienne Pride, décédée lors de l’épisode précédent. En fin d’émission, c’est la détective française Anne-Marie San (Moon Dailly) qui rejoint Tommy pour un verre (toujours durant les heures de travail, décidément…). Pour compléter le tout, le chef de l’unité, Louis Daniel ne cesse d’avoir des visions de son fils. On apprend plus tard que le bambin a été tué quelque temps auparavant dans une explosion qui visait probablement Louis. Ce deuil, on le comprend, n’est pas prêt de s’estomper. Ces personnages, bien que très doués dans leur travail, mais de par leur humeur sombre, viennent amplifier le ton déjà très lourd de la série.

L’ambiance macabre qui résulte des épisodes est en partie causée par les crimes commis par les malfrats. Dans le premier épisode, l’équipe tente de traquer Gerald Wilhoit, un diplomate américain, qui, en  bon désaxé, a pour « fétiche » d’effrayer suffisamment les femmes qu’il kidnappe pour ensuite les pourchasser et les asséner de plusieurs coups de couteau. Lors du second épisode, c’est une femme mystérieuse qui se cache sous diverses identités qui empoisonne à l’aide du Polonium-2010 un milliardaire américain pour ensuite s’emparer d’une de ses toiles, un authentique Van Gogh. Ce poison a d’abord été administré à d’autres victimes dans le seul but de s’assurer qu’il était efficace. C’est évidemment grâce au zèle sans failles des agents qu’on vient à bout de ces hors-la-loi, un incontournable dans le genre policier. Mais en quoi le fait que l’action se déroule dans différentes parties d’Europe influence t’il ce genre?

Transposition trop facile?

Dans son article en ligne, Alan Sepinwall écrit à propos de Crossing Lines : «There’s potentially a very interesting show about cops from different cultures, with different methods of policing, learning to work together». Encore faut-il bien les exploiter. De prime à bord, on est loin d’être dépaysé en regardant la série. L’équipe, de par l’importance qu’elle revêt, détient des gadgets à la fine pointe de la technologie pour ses enquêtes, mais il en est de même dans les séries américaines. Les problèmes personnels des agents (santé, amoureux, etc.) et le genre de crimes commis par les truands, qu’il s’agisse d’un tueur en série ou d’un groupe issu du crime organisé, ne diffèrent pas non plus d’un continent à l’autre.

L’intérêt de la série repose plutôt sur de menus détails. Étant donné l’exigüité des pays européens, la série se déplace aisément de la France à la Hollande, à Prague, à Berlin, etc. On peut déplorer par contre qu’on ne s’incruste pas davantage à la culture locale. D’un autre côté, chaque épisode compte un réalisateur distinct, provenant d’un pays ou d’un autre. Peut-être cette sensibilité des cultures sera-t’elle à géométrie variable. Le fait que le criminel soit un diplomate dans un épisode ou qu’on enquête sur le vol d’un Van Gogh et tout le trafic de faux sied bien mieux au territoire européen qu’américain. Mais ce qu’il y a de plus intéressant dans Crossing Lines, c’est bien entendu le casting tout européen. Bien qu’ils parlent anglais entre eux, ils sont issus de différentes cultures « policières » et espérons qu’au cours des prochains épisodes, on exploitera davantage leurs talents respectifs. De plus, ça fait du bien de voir de nouvelles têtes et d’entendre divers accents.

Pour l’instant, Crossing Lines ne nous dépayse pas assez, mais la série est encore jeune. Il ne faut toutefois pas s’y méprendre, la série, bien « qu’internationale », reste très conventionnelle quant au genre policier. Comme l’écrit David Wiegand à propos de ce genre et référant à cette série :« The trick to doing similar things to other TV shows is doing them well». En ce sens, Crossing Lines n’a rien à se reprocher; tout se tient et tout est crédible. De quoi rassasier les fans inconditionnels du genre.


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