Graceland (2013) : infiltrations sous le soleil

Graceland est une nouvelle série diffusée sur les ondes de USA Network aux États-Unis depuis le début de juin. Créée par Jeff Eastin, on nous transporte à Los Angeles près de Manhattan Beach où vivent ensemble plusieurs agents de différents départements gouvernementaux travaillant en infiltration (FBI, DEA[1] et ICE[2]). Le groupe doit vite s’habituer à l’arrivée d’une nouvelle recrue, le jeune Mike Warren, un élève surdoué et ambitieux qui rêve un jour d’être à la tête de la FBI. Au cours de chaque épisode, nous suivons les infiltrations et enquêtes de différents membres de l’équipe et des informateurs qu’ils côtoient. Série policière par excellence, on tronque les ruelles sombres de New York pour le soleil de la côte ouest, ce qui apporte un ton plus léger à la série. Si les enquêtes sont rondement menées et qu’on parvient à nous présenter une nouvelle intrigue à la toute fin de chaque épisode, reste que les personnages se révèlent trop parfaits dans tout ce qu’ils font et qu’on aimerait des moments plus poignants.

Le summum du genre?

«My biggest fear is that this story is too good for TV, that audiences will find it unbelievable, iIt’s literally too good to be true, but it is[3]».  Ce sont les mots qu’a prononcés le créateur Jeff Eastin pour présenter Graceland aux médias. On le sait, le genre policier pullule sur tous les réseaux de la planète et est sûrement le plus populaire au monde, mais en quoi cette série se démarque t’elle des autres? Durant la conférence de presse, Eastin disait que la série tirait son originalité du fait que des membres de différentes organisations non seulement habitaient ensemble, mais s’entraidaient aussi dans leurs enquêtes respectives. C’est un peu comme si on réunissait à l’écran des personnages de The Sopranos (1999-2007), CSI : Crime Scene Investigation (2000- ) et Law & Order (1990-2010) sous l’égide d’une seule série. L’idée ne manque pas d’ambition, mais l’attention dans Graceland est surtout centrée sur les personnages de Mike Warren et Paul Briggs, le doyen de la maison et aussi un agent sénior du FBI. En ce sens, la série reste très fidèle au genre sans se démarquer outre mesure. Des personnages secondaires cohabitant avec eux se joignent bien aux intrigues, mais demeurent effacés en général.

C’est donc ensemble que ces deux protagonistes prennent diverses identités afin de s’infiltrer à travers des organisations criminelles, qu’il s’agisse de revendeurs de drogue, de trafiquants d’armes ou d’un groupe à l’origine de vols de Lamborghini. C’est justement le fait qu’ils doivent constamment se réinventer une identité, avec différents traits de caractère qui rend la série intéressante. En l’espace de trois épisodes, Mike se fait passer pour un ex-détenu et un marine vendeur d’armes à feu illégales, tout en cachant son véritable métier à tous les gens qu’il rencontre lorsqu’il n’est pas en train de travailler. Force est d’admettre que cet agent-recrue a plus d’une corde à son arc et qu’il sait s’attirer rapidement l’estime de ses colocataires qui au départ le snobaient. À la fin du premier épisode, ce dernier est investi d’une mission hautement plus importante : enquêter sur nul autre que Paul Briggs, son coéquipier qui jouit d’un respect considérable. Si jusqu’ici des perquisitions et des arrestations venaient conclure chaque épisode, cette enquête risque d’être le fil conducteur de la série et qui sait si entre temps, Mike aura le courage de jouer dans le dos d’un coéquipier qui lui a sauvé la vie lors du premier épisode.

Aussi plastique que Los Angeles

En regardant Graceland, on pourrait penser que les agents qui travaillent dans ce coin des États-Unis ont été sélectionnés en fonction de leur look et de leur jeunesse afin qu’ils cadrent dans le décor de « l’État doré ». En effet, aucun d’entre eux n’est âgé de plus de 30 ans et ils ont tous un corps sculpté et bronzé. Dans au moins la moitié des épisodes, on nous les montre en train de surfer, fêter ou flirter. Diplômés des différentes écoles de police, ce sont de jeunes prodiges qui excellent dans tout ce qu’ils font, la chance étant toujours de leur côté, même dans les enquêtes les plus risquées. C’est justement cette perfection qui tape sur les nerfs à la longue. Lors de leurs enquêtes conjointes, Paul ne cesse de donner des ordres à Mike, mais la plupart du temps, sans spécifier pourquoi. Il s’avère justement qu’il a toujours raison, ce qui exaspère Mike… et un peu le téléspectateur.

Il faut cependant souligner deux points qui sortent de l’ordinaire dans Graceland. Le premier est d’ailleurs souligné par Mary McNamara dans son article en ligne :« Eastin [le producteur] also, mercifully, avoids any sexual-tension-between-agents subplots[4]». En effet, on ne vient pas gâcher les intrigues policières (enfin, pas encore…) avec des éléments comme l’infidélité, un désir interdit ou encore un amour naissant; des distractions qui s’avéreraient inutiles et qui seraient davantage amenées de l’avant dans le but de combler des carences scénaristiques. Le deuxième élément, qui à première vue peut sembler anodin, est la luminosité des scènes. Le réalisateur a inséré plusieurs plans extérieurs, mettant à profit le soleil chaud de la Californie. Dans The Following par exemple, l’obscurité y est omniprésente alors que dans Motive, on retrouve un éclairage verdâtre. Ces couleurs viennent amplifier le ton très glauque des épisodes, alors que dans Graceland, le bleu clair et l’orangé apportent une chaleur et un racérénement tout en seyant à la saison estivale durant laquelle la série est diffusée.

Étant donné que les intrigues et les enquêtes tiennent la route, la série devrait faire long feu et pourrait même conduire à une seconde saison. D’ailleurs, les cotes d’écoute de 3.3 millions pour le pilote sont un signe encourageant[5], étant donné que USA Network est une chaîne câblée. C’est la résolution invraisemblablement facile des enquêtes et le fait qu’on soit exposé à des héros sans failles qui minent Graceland. Si après trois épisodes l’instigation de Will sur Paul n’a rien donné de concret, il en va des scénaristes de tabler davantage sur cette partie de l’histoire, question d’appâter les téléspectateurs jusqu’à la fin de la saison.

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