In the Flesh (2013) : une science-fiction d’actualité

In the Flesh est une série de trois épisodes qui a été diffusée en mars sur les ondes de BBC Three au Royaume-Uni et en juin sur BBC America aux États-Unis. Elle débute avec le retour de Kieren Walter, un mort-vivant (diagnostiqué du partially deceased syndrome par l’État) dans son village natal, Roarton, auprès de sa famille. C’est qu’il y a quelques années, lui et d’autres personnes mortes sont revenus à la vie sous la forme de zombies, se sont nourris de cerveaux  humains et étant donné que le phénomène s’est produit à grande échelle, le pays a décidé de réhabiliter ceux-ci afin d’éventuellement les réinsérer dans la société. Cependant, le village n’a rien oublié des crimes commis et les citoyens ont décidé de créer une milice afin de se défendre contre ces êtres. Cependant, les événements se feront plus complexes avec l’arrivée d’un autre zombie, Rick, le fils de Bill Macy qui est à la tête de cette armée. Véritable métaphore de l’intolérance des citoyens à l’égard des personnes différentes, In the Flesh se veut davantage un critique de la société moderne qu’un conte de science-fiction. Le succès considérable de la première saison a incité les producteurs à en créer une seconde l’an prochain et il est probable qu’elle comptera plus d’épisodes.

Vivre à tout prix

Bien que la prémisse de base de In The Flesh relève de la science-fiction, reste que toute l’histoire est traitée de façon très réaliste. En admettant le fait que des morts-vivants aient pu recouvrer la vie après avoir mangé des restes humains, le gouvernement a deux choix entre les mains: soit les éliminer une seconde fois sans avoir la certitude qu’un tel phénomène ne se reproduira, soit les prendre sous son aile, mettre la science à contribution et tenter de les réinsérer dans la société. Le pays penchera vers cette seconde option. D’après les résultats obtenus avec Kieran et ensuite Rick, on peut conclure que l’expérience s’est révélée satisfaisante. Seulement, la pigmentation de la peau de ces êtres est inexistante et les zombies doivent la recolorer à l’aide de poudre et porter des verres de contact. De plus, les proches de ceux-ci doivent aussi leur administrer une piqure au cou tous les jours afin de les maintenir dans leur état actuel. Enfin, leur système digestif ne fonctionne plus, ce qui nous amène à des scènes pathétiques où Kieran, en compagnie de sa famille lors des repas, fait semblant de manger, et ce, bien que ses parents soient au courant de son état de santé.

On apprend plus tard que le protagoniste s’était suicidé et qu’il a donc été ramené à la vie sans son « consentement ». Alors qu’au Québec on est en pleine commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité[1], il est intéressant de voir l’inverse se produire dans In the Flesh. En effet, en regardant la série, on se questionne sur la pertinence d’accorder une deuxième vie à ces gens. Non seulement ils doivent masquer des traits physiques qui les différencient du reste de la société, mais ils doivent de plus rester reclus dans leur maison de peur d’être exposés à la vindicte populaire.

Métaphore de l’intolérance

« If you’re not a person, you’re an animal »; c’est la phrase prononcée devant une foule par Bill Macy, un homme qu’on pourrait qualifier de redneck, mais tout de même estimé de la communauté. Cette logique ne fait cependant pas de sens dans le contexte de In the Flesh puisqu’une forme de vie, intermédiaire, est désormais présente. On assiste dans la ville de Roarton véritable révolution où les lois du gouvernement mécontentent profondément les citoyens qui décident de se faire justice eux-mêmes. Toujours lors du même discours, Bill le termine en mentionnant qu’il faut agir au nom de la communauté et non du pays; preuve que la crédibilité de ce dernier est mise à rude épreuve. La haine qu’éprouvent les citoyens envers les zombies qui ont tué des êtres vivants pourrait facilement être transposable à l’état de prisonniers ayant purgé leur peine et qui tentent de se réinsérer au sein de la société. La population ne peut tout simplement pas pardonner et pire, veut se venger.

En parlant de Kieran dans l’histoire, le journaliste Tim Surette écrit :« Subtract a few inconsequential differences, and he could easily be an alcoholic, an oppressed minority, an ex-con, or any other group fighting against a stubborn majority[2] ». En effet, la haine et la crainte de la population sont telles, qu’on se croirait ramené 60 ans en arrière sinon plus. On découvre avec stupéfaction que le prêtre de l’endroit a acquis un renouveau de notoriété. Lors d’un prêche, il compare les zombies à des créatures du diable et ces paroles ne font qu’attiser une haine d’une population qui les redoute. Lorsque ceux-ci sont groupés, la bassesse humaine se fait sentir. Un soir, Bill s’empare d’une vieille dame qui essayait de dissimuler tant bien que mal son « statut » de zombie et l’abat en pleine rue, sous les vivats de la foule. Plus tard, ils enferment un homme qui est diabétique, persuadés qu’il s’agit d’un zombie. Des gens passent devant lui et lui crachent au visage; c’est à se demander qui sont les animaux et qui sont les humains. Même  Jem, la petite sœur de Kieran a subi un lavage de cerveau et s’est jointe à la meute. En regardant In the Flesh, on réalise que même au XXIe siècle, personne n’est à l’abri du fanatisme religieux et d’actes de violence barbare causés par l’intolérance à tout ce qui est différent.

Cette série vaut très certainement le coup d’œil. On peut déplorer par contre qu’elle compte si peu d’épisodes, ce qui a pour conséquence qu’on n’approfondit pas assez les personnages principaux. La mise en scène par contre est réussie, nous dépeignant un lieu intemporel où tout peut arriver. Les moments les plus intéressants de l’histoire se trouvent assurément dans la relation qu’entretiennent Kieran et Rick, deux jeunes hommes qui subissent le même destin et qui partagent un secret commun. La scène finale, au moment où tout dérape et où les masques tombent reste mémorable. Pour les curieux.


[1] Les conclusions de cette commission pourraient entre autres accorder le droit aux patients en phase terminale de demander à un médecin de mettre fin à leurs jours, comme cela se fait déjà en Belgique notamment.

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3 réflexions sur “In the Flesh (2013) : une science-fiction d’actualité

    • Merci beaucoup!
      Je ne suis VRAIMENT pas fan de séries de science-fiction, mais quand elle fait partie prenante de la vie normale (comme dans Orphan Black), ça donne un résultat vraiment intéressant!

      • Tout à fait d’accord. Mais à l’inverse de toi, j’aime beaucoup les séries de science-fiction… même si je ne suis pas sûre qu’on puisse cataloguer In The Flesh ou Orphan Black dans cette catégorie…
        Orphan black c’est une tuerie aussi 😀

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