Mistresses (2013): titre anodin

Mistresses une la nouvelle série estivale diffusée sur les ondes d’ABC aux États-Unis et CTV au Canada. Remake de la série britannique (2008- ) du même nom, on entre dans l’univers de Savannah (Savi) Davis, une avocate, sa soeur Josslyn, agente d’immeuble, April Malloy, propriétaire d’un magasin de literie et Karen Kim, psychiatre. C’est que sous le ciel bleu de Los Angeles, ces femmes carriéristes et à l’aube de la quarantaine sont toutes aux prises avec des problèmes amoureux. Deuils, relations extraconjugales, problèmes de couple; on pourrait qualifier Mistresses de soap étant donné sa structure un peu à l’eau de rose et qui plaira probablement davantage à un auditoire féminin. La série n’est pas mauvaise et les protagonistes sont assez attachantes, bien qu’elles aient le don de se mettre dans l’eau chaude. Cependant, il ne faut pas se baser sur le titre ni sur les bandes-annonces pour se décider à suivre la série. Tout le côté “sexy” de celle-ci est dépeint de façon assez mièvre et en fin de compte, on se demande si c’est finalement les hommes qui manipulent les femmes et non l’inverse.

À la recherche de problèmes

Comme dans toute bonne série dramatique, le parcours des protagonistes se doit d’être parsemé d’embûches afin de permettre au téléspectateur de se mettre quelque chose sous la dent. Le problème avec Mistresses, c’est que ces femmes, par les gestes qu’elles commettent, semblent vouloir volontairement compliquer leurs vies, à commencer par Savi. Cette dernière et son mari Harry tentent depuis un moment d’avoir un enfant, mais sans succès. La tension monte peu à peu dans le couple, surtout depuis qu’ils ont appris que le mari était moins fertile que la moyenne des hommes. Savi, exténuée par de longues heures de travail décide alors de se « détendre » avec  son collègue Dominic. Prise de remords après avoir passé à l’acte et incapable d’avouer sa faute à Harry, elle décide néanmoins de poursuivre sa liaison extraconjugale, quitte à continuer à se tourmenter. De son côté, Karen vivait depuis longtemps une liaison avec un homme marié qui est décédé récemment. En plus de devoir vivre son deuil, elle accepte de recevoir en thérapie Sam Grey, le fils adolescent de ce dernier qui est persuadé que son père avait une maîtresse. Prise de pitié à son égard, elle n’ose pas le rejeter, lequel commence par lui apporter des fleurs en guise de remerciement, puis des petits cadeaux… qui sait jusqu’où tout cela ira? Quant à April, elle aussi doit vivre un deuil; celui de son mari. Les choses se compliquent encore plus lorsque sonne à sa porte une mystérieuse femme. Il s’agit de la maîtresse de son époux avec qui il a eu une petite fille et qui vient lui réclamer de l’argent. Enfin, il y a la plantureuse Josslyn. Pour elle, les hommes ne sont qu’une distraction. Elle ne veut pas s’attacher, mais accepte volontiers un traitement de faveur au travail, justement parce qu’elle couche avec le patron. Malheureusement pour elle, les choses changeront radicalement lors du renvoi de ce dernier.

En théorie, toutes ces histoires ont un potentiel dans cette série de 13 épisodes. Le problème est que l’on s’inspire de différents personnages féminins ayant marqué le paysage télévisuel, mais en s’appuyant sur différents genres, ce qui fait qu’on se demande toujours quel est le ton de Mistresses. Le personnage de Josslyn rappelle à bien des égards celui de Samantha Jones dans Sex & the City (1998-2004) par son humour cru et son attitude indépendante envers les hommes. De son côté, April ressemble à Susan dans Desperate Housewives (2004-2012); une mère poule colorée, mais aussi une amoureuse maladroite. On pourrait comparer Savi à Riley dans The Client List (2012- ). Toutes deux sont assez conservatrices et ne cessent de se tourmenter sur leurs propres actions, ce qui ne les empêche pas d’être esclaves de leurs pulsions. Finalement, il n’y a que l’histoire de Karen qui sorte de l’ordinaire. Son personnage se révèle très attachant et étant donné qu’elle est psychiatre, elle épaule et conseille ses amies du mieux qu’elle peut… si seulement elles l’écoutaient! En somme, ces personnages féminins, inspirés d’autres émissions à succès, viennent donner différents tons à la série, dépendamment de celles que l’on retrouve dans les scènes des épisodes, si bien que jusqu’ici, on se demande toujours quelle tournure prendra Mistresses au cours des prochaines semaines.

The Client List II?

En 2012, Lifetime lançait une nouvelle série originale intitulée The Client List dans laquelle on suivait Riley, mère de deux enfants dont le mari les avait récemment abandonnés. À court d’argent, elle décide à travailler dans un salon de massage érotique, menant en quelque sorte une double vie. La promotion autour de la série mettait l’emphase sur le côté subversif de son travail et nous présentait la protagoniste comme étant une croqueuse d’hommes. Il n’en était rien. Après visionnement de plusieurs épisodes, on n’a jamais su jusqu’où allaient ces massages en raison des scènes filmées de façon très prudes et finalement assez inutiles. L’histoire, très conformiste, se concentrait davantage sur une mère abandonnée qui tentait de réconcilier travail et famille. Toute la promotion autour de The Client List était donc trompeuse.

C’est un peu la même chose dans le cas de Mistresses. La majorité des images que l’on voit dans la bande-annonce ci-haut nous présentent les quatre héroïnes portant des robes les mettant en valeur, les cheveux au vent, le maquillage parfait; de vraies femmes fatales. Des ces échanges entre les personnages, ont les sent en contrôle et un brin légères. À l’inverse dans la série, les relations extraconjugales semblent davantage les faire souffrir que de les contenter et on ne les sent pas « maîtresses » de leurs destinés. La bande-annonce nous montre aussi beaucoup de plans où des couples s’embrassent. Quand on regarde les épisodes, ces scènes supposément lascives sont tournées de manière très pudique et nous donnent l’impression qu’ils font l’amour tout habillé. Toujours à propos de ces scènes, le journaliste Matthew Gilbert écrit :« They’re as athletic and plastic as a commercial for that new, expensive gym you’ll never go to[1]». En un mot, elles ne sont pas convaincantes et pourtant, on s’en sert comme élément de promotion. Dans la populaire série C.A. (2006-2010) diffusée à Radio-Canada, les scènes de sexe étaient assez crues et nombreuses, mais faisaient partie intégrante de l’histoire. Dans Mistresses, elles sont insérées pour combler un vide dans le scénario et du temps d’antenne, donc inutiles.

Malgré une promotion trompeuse, Mistresses n’est pas foncièrement mauvaise. L’avantage de cette série est qu’elle est diffusée en été et n’aura pas à souffrir d’une trop grande compétition. D’ici là, les scénaristes pourraient revoir quelques intrigues ou modifier le ton. La série gagnerait à oser davantage et à laisser un peu la morale de côté… on y explore déjà le thème de l’infidélité, n’a-t’on pas déjà dépassé le stade de la sacro-sainte vertu?

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