Jumeaux Diaboliques (2012) : exploitation criminelle au double

Jumeaux Diaboliques est une nouvelle série documentaire diffusée sur les ondes de Canal D depuis juin. Il s’agit de la version anglaise de Evil Twins, produite par Investigation Discovery. Dans chaque épisode d’une durée d’une heure, on revient sur un fait vécu de nature judiciaire impliquant des jumeaux ou jumelles. Pour des raisons diverses (jalousie, compétition, exaspération, etc.), ces gens commettent un crime et l’on reconstitue à l’écran les événements, tout en s’appuyant d’interventions de policiers, psychologues ou proches des familles. Un brin voyeur, la série a de bons et de mauvais côtés. Si les reconstitutions et l’intégrité de certains intervenants peuvent être remises en cause, reste que l’aspect psychologique abordé lors des enquêtes se révèle intéressant.

Mise en contexte

Jusqu’ici, trois épisodes ont été diffusés sur Canal D, chaîne qui se spécialise depuis longtemps dans ce genre de programmation[1]. Dans l’épisode #1 « Mauvais Garçon », on revient sur l’histoire de Robert et Stephen Spahalski, des frères de l’État de New York qui ont tous deux commis des meurtres séparément et qui sont tombés dans l’enfer de la drogue.  Dans l’épisode #2 «Le gardien de mon frère», on relate le procès de Jeff Henry, originaire de la Géorgie et accusé d’avoir assassiné son jumeau Greg. Enfin, dans l’épisode #3 «Les deux sœurs maléfiques», c’est le parcours de Sunny et Jeena Han sur lequel on se penche. Nées en Corée du Sud et immigrées en Californie à l’adolescence, Jeena a toujours ressenti un complexe d’infériorité par rapport à son aînée, au point où elle avait prévu de la tuer. La police sera prévenue à temps et cette dernière est incarcérée jusqu’en 2018.

Recréer un fait divers

La structure de Jumeaux Diaboliques n’est pas différente des autres documentaires, qu’ils soient d’actualité, historique ou d’enquête. En règle générale, on compte un narrateur qui nous décrit les faits aussi objectivement que possible, la caméra revisite les lieux de l’action et on nous montre des images d’archives ou recréées pour nous mettre dans l’ambiance. Enfin, l’épisode compte des intervenants qui viennent enrichir le propos de leurs points de vue, professionnels et personnels. On retrouve toutes ces composantes dans la série de Canal D, mais avec une qualité moyenne. Il faut dire que l’avertissement donné en début d’émission (« Certains dialogues ont été romancés à des fins dramatiques ») laisse songeur quant à ce qui nous sera présenté. Dans certains cas, l’on entend des phrases maladroites ou alors carrément clichées ((« il était si nerveux qu’il se rongeait les ongles jusqu’au sang », « Elles avaient tout pour être heureuses », etc.).

Les jumeaux Spahalski

Les reconstitutions dramatiques sont souvent jouées par des acteurs amateurs et par surcroit, les mêmes séquences peuvent être répétées au montage de cinq à six fois par épisodes, ce qui devient un peu lassant. Puisque dans ces séquences on ne les entend pas parler, les acteurs se doivent de jouer comme s’ils étaient dans un film muet, c’est-à-dire avec une gesticulation flamboyante. Enfin, petite erreur anachronique, lors de l’épisode « mauvais garçons », on retourne dans l’enfance des jumeaux Spahalski et dans une prise se référant supposément à 1971 et on peut y apercevoir un ordinateur en arrière-plan…

Spécialistes et éléments de narration

Si on oublie la mise en scène sensationnaliste dans Jumeaux Diaboliques (comme en témoigne la bande-annonce ci-haut), les commentaires de ses intervenants se révèlent en général fort pertinents. Il est toujours fascinant d’approfondir la psychologie d’un criminel, mais c’est encore plus inusité lorsqu’il s’agit de jumeaux. Dans l’épisode sur les jumelles Han, on apprend que leur mère a toujours été dépendante au jeu et que c’est pour cette raison qu’elle a dû abandonner ses filles, lesquelles ont développé la même pathologie. Dans l’épisode sur les Henry, on peut entendre les commentaires des deux avocats qui ont défendu respectivement Greg et Jeff lors du procès de ce dernier pour meurtre, ce qui apporte une certaine objectivité au contenu. Dans tous ces cas, on prend aussi le temps de débattre sur l’inné et l’acquis, c’est-à-dire qu’on cherche à savoir si ces gens étaient dotés de gènes criminels où si c’est l’environnement dans lequel ils ont évolué qui a causé leur perte.

Les jumelles Han

Enfin, il ne faut pas minimiser l’impact qu’a l’utilisation des images d’archives dans Jumeaux Diaboliques. On nous fait entendre des bandes sonores des criminels ou on nous montre des scènes du procès. Dans l’épisode sur les Spahaski, c’est encore plus « spectaculaire », puisque c’est le tueur en séries Steven qui témoigne lui-même à la caméra. Ces plans produisent un effet-choc auprès des téléspectateurs. De plus, ceux-ci sont généralement montrés vers la fin des épisodes, ce qui procure une espèce d’apogée dramatique, nous rappelant qu’après tout, il ne s’agit pas de légendes urbaines, mais bien de faits véridiques à une époque très proche de la nôtre. D’ailleurs, la plupart d’entre eux sont toujours en vie, que ce soit en prison ou en liberté.

Nous avons tous connu à un moment ou à un autre de notre vie des jumeaux et on a été à même de dénoter chez eux des caractéristiques qui les diffèrent et les  assemblent. Jumeaux Diaboliques a pour but d’explorer (et d’exploiter) des crimes dont la source vient du fait qu’il s’agisse d’être identiques. Ces documentaires éveillent le côté voyeur du téléspectateur et en plus ont pour structure le genre policier (crime commis, recherche d’indices, interrogations, arrestation des coupables et condamnation); une recette qui a du potentiel, mais dont on peut très bien se passer aussi.


[1] Morts Insolites, Scènes de crime, Les rois de l’évasion, Histoire de crimes, etc.

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