Banshee (2013) : loi de la jungle chez les Amish

Banshee est la nouvelle série de 10 épisodes diffusés au début de l’année sur les ondes de Cinemax aux États-Unis et récemment à Super Écran au Québec. L’action se déroule en Pennsylvanie alors que Lucas Hood vient tout juste d’être libéré de prison après 15 ans de captivité. Récemment installé dans le petit comté de Banshee où vit une importante communauté amish, il usurpe l’identité du nouveau shérif de l’endroit, lequel a été assassiné sous ses yeux quelques jours plus tôt. Dès lors, il tentera, à sa façon, de faire régner la loi et l’ordre dans cet endroit où le crime organisé est depuis longtemps bien implanté sous la férule de Kai Proctor. Mais Hood est aussi à la recherche d’Ana, son ancienne flamme avec qui il a effectué un important vol de diamants juste avant d’être fait prisonnier. Produite par Alan Ball (Six pieds sous terre (2001-2005)), après le visionnement de quelques épisodes, on est vite entraîné dans une histoire haute en rebondissements. Série mainstream par excellence, les intrigues et dialogues dans Banshee sont rondement menés, mais les scènes de violence exacerbée et de sexualité explicite, parfois gratuites viennent porter ombrage à la série. Pour les fans de Quentin Tarantino (Django Unchained, 2012), cette série est pour vous. Pour les fans de  Julian Fellowes (Downton Abbey 2010- ), changez de poste.

Un ex-détenu et policier cool

Lucas Hood incarne le héros américain par excellence. Sous son uniforme de shérif, il n’hésite pas à venger les victimes innocentes tout en adoptant une attitude séditieuse. Lors du deuxième épisode, plusieurs adolescents sont conduits à l’hôpital après avoir consommé un certain type de drogue lors d’un rave organisé par Kai Protcor. Une descente policière est effectuée et Hood se rue sur les revendeurs de drogue en fuite. Il brave les coups de feu et se sert même d’un cadavre pour se protéger des balles de ses ennemis. Dans le troisième épisode, Damien Sanchez, un boxeur redoutable, profite de sa notoriété pour attirer une serveuse dans son lit et ensuite la molester. Le shérif, au lieu de tout simplement lui passer les menottes, le convoque en duel. S’en suit une bagarre spectaculaire qui conduira le pugiliste tout droit vers l’hôpital. Policier rebelle, le protagoniste est aussi un amoureux éconduit. Il s’est justement installé à Banshee dans le but de retrouver Ana, laquelle a changé de nom pour celui de Carrie. Elle est désormais mariée à Gordon Hopewell, un influent procureur. Son amour pour elle et le désir de s’approprier sa part de diamants sont ses motifs principaux. Ana est manifestement toujours sensible à ses charmes, mais pour le moment garde la tête froide. Qu’à cela ne tienne; le shérif n’est pas seulement courageux, il est aussi sexy et peut par conséquent se consoler au bras d’aventures de passage; lesquelles sont nombreuses.

Quand on compare…

Au départ, Banshee m’a fait penser dans ses thèmes principaux à deux séries récemment diffusées sur nos écrans. Lucas Hood a passé 15 ans derrière les barreaux pour un vol alors que Daniel Holden dans Rectify en a purgé 19 pour un supposé meurtre. On ne sait trop si ce dernier est coupable ou non, mais une chose est sûre, la prison l’a profondément marquée au point où croiser le regard d’autrui et se réintégrer à la société est une vraie plaie. C’est donc un être détruit qui doit reconstruire sa vie. Hood, hormis quelques flashbacks, ne semble étonnement pas affecté psychologiquement de son séjour en détention. La prison l’a endurci pour faire face à un monde sans pitié.

Dans la série d’Alan Ball, le protagoniste usurpe l’identité d’un policier, comme c’est le cas de Sarah Manning dans Orphan Black. Cette dernière parvient à duper autrui parce qu’elle observe, imite les autres et étudie les dossiers dans lesquels elle pourrait avoir à intervenir. L’adaptation au métier de policier dans le cas de Lucas Hood n’est pas aussi compliquée. Il sait se servir d’une arme et de ses poings; c’est suffisant pour convaincre ses collègues. En comparant ces deux séries à Banshee, le traitement cette dernière est beaucoup plus caricaturale et simpliste. Comme l’écrit Pierre Sérisier sur son blogue : « [la série], le recours assumé, voire revendiqué, aux clichés de la série B: la violence et le sexe sont très explicites[1] ». Or, ces caractéristiques attirent beaucoup de téléspectateurs.

 

Cinemax

Cette chaîne câblée, faisant partie du groupe HBO, s’est depuis longtemps spécialisée dans les séries télévisées pour adultes avec des titres comme The Best Sex Ever (2002-2003), Lingerie (2009-2011) et The Girl’s Guide to Depravity (2012- ). Ce n’est que récemment qu’elle a décidé d’élargir son éventail en produisant des séries originales telles Hunted (2012), Transporters; the series (2013- ) et en dernier lieu Banshee. Cinemax conserve toutefois sa marque de commerce : le sexe (destiné à un auditoire masculin bien évidemment), mais y ajoute cette fois de la violence… et ça marche. La série est le meilleur succès commercial de la chaîne jusqu’ici et une deuxième saison est en cours.

On peut cependant se demander si cette notoriété est justifiée, justement parce que Banshee se donne presque comme mandat de nous montrer un nouveau corps féminin nu et une scène lubrique à chaque épisode et qu’elle exploite à outrance la violence dans son ensemble. Les combats en tous genres sont présentés majoritairement à des fins de divertissements et la plupart du temps comme étant la solution facile pour régler les différends. J’ai parlé plus haut de la scène de combat entre Hood et Sanchez : elle est présentée comme étant le point culminant de l’épisode; glorifiant la violence (au même titre que la série Boardwalk Empire). Lorsqu’un revendeur de drogue a pu échapper à une rafle policière, il se précipite chez Proctor qui est en train de manger un steak. Soudainement, ce dernier brandit son couteau, lui coupe un doigt et le jette par terre. Le chien de garde l’engloutit alors que calmement, Proctor recommence à découper sa viande. La caméra capte tous les détails et prolonge volontairement la durée de cette scène de souffrance; le ton de la série est donné.

Malgré ses excès, Banshee vaut quand même le coup d’œil. Les relations que Jack Hood développe avec le barman Bates et la fille de Carrie/Ana, Deva, nous montrent une facette plus humaine de cet ex-bagnard. Le budget considérable dont bénéficie la série est reflété dans la mise en scène et nous transporte dans une campagne coupée du monde, où Amish et Amérindiens forment la majorité de la population mais demeurent toujours en arrière-plan. Ces communautés, avec leurs traditions bien ancrées, symbolisent un espace-temps qui est figé, où tout le monde a son rôle à jouer et auquel personne n’échappe.

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