Do not disturb (2012) : en effet, pas la peine de se déranger

Do not disturb est le troisième long métrage du réalisateur Yvan Attal et est en salles au Québec depuis le 14 juin. Remake du film américain Humpday (2009) de Lynn Shelton, tout commence avec la visite-surprise de Jeff, un artiste bohême, qui s’invite chez son meilleur ami Ben, un urbaniste, qu’il n’a pas vus depuis longtemps. Au cours d’une soirée bien arrosée chez des amis, les deux camarades décident de participer au festival HUMP! de Seattle, qui se spécialise dans la pornographie alternative. Pour ce faire, ces deux hétérosexuels se mettent au défi de tourner une scène où ils couchent ensemble, question de transgresser les tabous. Mais à mesure que la date fatidique approche, la nervosité assaille les protagonistes, en particulier depuis qu’Anna, l’épouse de Ben, lui a donné le feu vert. Auront-ils le cran d’aller jusqu’au bout? Do not disturb pose une réflexion intéressante sur les limites de l’amitié, mais manque de structure. Malgré la présence d’acteurs renommés tels François Cluzet (Intouchables 2011) et Laetitia Casta (Rue des plaisirs, 2002), le scénario faiblard recèle beaucoup d’incongruités au point où on se demande si c’était voulu ou non par le réalisateur.

« On va faire une œuvre d’art »

Force est d’admettre que la prémisse même du film est quelque peu boiteuse. C’est que Ben et Jeff croient vraiment détenir l’idée du siècle en faisant l’amour ensemble devant une caméra étant donné qu’ils sont tous deux hétérosexuels. Pourtant, le concept est tout sauf inusité et est largement exploité dans la pornographie homosexuelle. En effet, il n’est pas rare que l’on se serve de l’identité sexuelle des modèles à des fins de promotions et le phénomène porte même un nom : « gay-for-pay[1] ». Pour l’originalité, on repassera.

La structure de Do not disturb laisse aussi à désirer. Comme l’écrit Étienne De Haas dans la version en ligne de Le Nouvel Observateur :« Car une fois le pari lancé, et la certitude que nos deux lascars vont finir en petite tenue dans un Novotel, il reste encore une bonne heure d’atermoiements divers et variés avant d’entrevoir un passage à l’acte[2] ». En effet, on a l’impression qu’avant la scène finale qui sera le point culminant du film, on ne sait trop quoi montrer à l’écran. Yvan Attal met beaucoup l’emphase sur le couple formé par Anna et Ben; un triste exemple de vie conjugale. L’arrivée de Jeff dans leur vie semble tout chambouler, en particulier du côté de l’épouse. En pleine période d’ovulation, Anna veut profiter de l’absence de Jeff lors d’une soirée pour préparer un souper à son amoureux avant de procréer. Le dialogue est d’un ennui; ils parlent du repas qu’ils prévoient organiser comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis des lustres. La phrase « on va se faire un super dîner » revient au moins trois fois. Tentative de montrer la monotonie du couple ou tout simplement une carence dans le scénario? Les deux options sont envisageables. Lorsque Ben qui allait seulement prendre l’apéro avec Jeff chez des amis et qu’il rentre finalement aux petites heures du matin (gâchant par le fait même les plans de la dulcinée), on a droit à une scène de ménage pathétique. Tout de suite, Anna est persuadée qu’il l’a trompée. Ben doit s’excuser au moins vingt fois (littéralement) pour que la paix revienne dans le ménage. La scène qui ne devait durer que quatre ou cinq minutes semble durer le double. À l’inverse, le réalisateur n’a pas assez accordé d’importance au personnage de Jeff, faisant de lui un personnage unidimensionnel décevant.

Vient la scène finale dans la chambre d’hôtel; deuxième partie du film qui se compare à un huis clos que l’on pourrait retrouver au théâtre. Lorsque les protagonistes sont sur le point de commettre « l’acte », le spectateur éprouve de l’embarras. Ils avaient pris la gageure de coucher ensemble pour en faire une œuvre d’art en raison du fait qu’ils ont construit une amitié très forte au cours des années. Le sexe serait donc l’ultime étape pour sceller le tout. C’est justement parce qu’ils hésitent que la scène est touchante autant qu’elle indispose. En le faisant, un malaise pourrait s’installer entre eux à jamais et en ne le faisant pas, c’est comme s’ils admettaient ne pas vouloir faire évoluer leur amitié. Dans les deux cas, ils sont donc perdants.

Ironie

Do not disturb a été coté 13 ans et + par la Régie du cinéma, en raison de plusieurs allusions a l’industrie du monde pornographique. Certaines images restent en tête, qu’on le veuille ou non. Par exemple, on voit une mère, les seins nus, en train d’utiliser un tire-lait, et plus tard, c’est Laetitia Casta qu’on voit, assise sur la lunette de toilette en train d’uriner sur un test de grossesse. Dans la même scène, son personnage et Ben ont une querelle d’amoureux alors qu’elle est presque nue. Plus loin, Jeff est sur le point de coucher avec deux femmes en même temps, mais il mettra fin à la rencontre après que l’une d’elles se présente dans la chambre à coucher munie d’un godemiché. Ironiquement, c’est la pudeur qui caractérise la deuxième moitié du film, c’est-à-dire dans la chambre d’hôtel où les personnages sont censés passer à l’acte…

En somme, ce troisième long métrage de Yvan Attal n’est pas un indispensable de l’été. Le film reste brouillon et les personnages principaux ne sont pas assez approfondis ou alors carrément caricaturés. Sur papier, le sujet peut sembler intéressant, encore faut-il lui donner des étincelles au grand écran, ce qui n’est pas le cas. Les Français n’auront pas non plus éprouvé un engouement pour l’œuvre : Do not disturb  fait partie des dix films de l’Hexagone les moins rentables de 2012[3].

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