Orphan Black (2013): Elles ne sont plus que quatre

Orphan Black est une coproduction canado-américaine diffusée sur les ondes de BBC America aux États-Unis et Space au Canada depuis la fin mars. Le tout commence dans l’État de New York alors que Sarah Manning, une jeune orpheline délinquante, est témoin du suicide d’une femme, Beth Childs, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Afin de fuir ses problèmes, elle décide de prendre l’identité de celle-ci d’autant plus que Beth a un compte de banque contenant 75 000$. L’objectif de Sarah est de s’emparer de cette somme et d’aller refaire sa vie aux côtés de son frère adoptif, Félix et de sa fille, Kira, pour le moment en famille d’accueil. Mais les problèmes commencent lorsque Beth est sollicitée au travail : c’est une policière. De fil en aiguille, Sarah devra s’accommoder de cette nouvelle identité (et les responsabilités qui vont avec) d’autant plus qu’elle découvre qu’il existe plusieurs clones comme elle un peu partout dans la ville qui sont l’objet de meurtres jusqu’ici inexpliqués. Voguant avec dextérité à travers les genres (policier, drame, science-fiction), Orphan Black est une série d’une rare qualité autant du point de vue esthétique que scénaristique. Les épisodes filent à la vitesse de l’éclair et les interrogations pleuvent, nous tenant constamment en haleine. Le succès de la série est tel, qu’une seconde saison est déjà au menu; à voir.

Sarah

D’interrogation en interrogation

Orphan Black est une série très complexe, mais qui grâce à un scénario très précis, ne laisse jamais le téléspectateur en plan. Fait rare dans les séries, celle-ci commence avec des allures du genre policier durant les quatre premiers épisodes, pour ensuite s’installer davantage dans la science-fiction. Au départ, le défi majeur de Sarah est de convaincre ses nouveaux acolytes qu’elle est bel et bien Beth Childs. Après avoir vidé le compte en banque de cette dernière, son collègue policier Art s’empare de l’argent et s’engage à le lui redonner seulement lorsqu’elle aura témoigné lors d’une commission concernant les agissements de Beth qui plus tôt avait tué un civil par inadvertance. Ayant assez de documentation sur ledit incident, Sarah s’en tirera avec brio. Il est aussi captivant de la voir apprendre son métier de policier sous nos yeux. C’est que la protagoniste s’y prend très bien. Elle parle peu, mais écoute beaucoup et c’est en prétextant la prise de nombreux médicaments qu’elle persuade un informaticien au poste de police de lui redonner un mot de passe et de la guider à travers les fichiers. En ce sens, Sarah est le trait d’union reliant les intrigues au téléspectateur. Sa naïveté initiale coïncide avec nos interrogations de départ et c’est petit à petit que le tout s’explique… et devient plus confus en même temps.

Cosima

L’histoire se complique dans Orphan Black quand au cours d’une enquête, Sarah fait la connaissance d’Alison, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Alors qu’elle se rend chez elle, Sarah rencontre Cosima, un autre sosie. On découvre au fil des épisodes qu’il s’agit de clones. Qui est à l’origine de cette expérimentation pourtant illégale? On ne le sait à ce stade. Reste que ces trois femmes, bien qu’identiques jusque dans leurs empreintes digitales, ont des personnalités et un look fort différent. Alison est qualifiée de « soccer mom », une femme au foyer, mère très conservatrice de deux enfants vivant dans un quartier bourgeois. Cosima est plutôt « nerd », et travaille dans un laboratoire. C’est elle qui tente à travers ses recherches de comprendre le clonage dont elles sont victimes. Vient en dernier lieu Helena, un autre clone qui a été élevé par des religieuses en Ukraine. C’est une psychopathe et tueuse en série et on sait que les meurtres qu’elle commet sont des ordres qu’elle exécute, mais venant de qui? En incluant Beth et Sarah, elles sont neuf en tout, mais cinq ont été assassinées. Enfin, plusieurs personnages masculins gravitent autour de ces femmes : mari, policier, chef d’une secte, vendeur de drogues et espions qui sont soit des traîtres, soit des alliés; de quoi nous tenir captifs durant les dix épisodes que durent la série.

Alison

Tatiana Malsany

Cette actrice originaire de la Saskatchewan que l’on a pu voir entre autres dans les séries Un monde sans fin (2012) et Being Erica (2011- ) est au cœur de Orphan Black puisqu’elle y interprète quatre rôles avec Brio. Elle dépeint Sarah comme un être à la fois rebelle, aventureux et touchant dans sa relation avec sa jeune fille de qui elle tente de se rapprocher. Malsany perd son accent british en interprétant Alison, une mère coincée dont les déboires nous font penser à la regrettée série Desperate Housewives (2004-2012). L’actrice adopte plus tard un accent slave et une gestuelle mortifiante dans sa personnification de la dérangée Helena pour ensuite incarner l’intellectuelle et granola Cosima. Son jeu exceptionnel a été remarqué et elle est d’ailleurs en nomination dans la catégorie Meilleure actrice dans une série dramatique par la Critic’s Choice Television Award nominations[1]. Il faut aussi saluer l’équipe technique qui parvient, grâce au montage, à rendre crédibles les scènes où plusieurs de ces filles se retrouvent dans la même pièce et interagissent.

Helena

Ces diverses interprétations vont évidemment de pair avec les divers tons développés dans Orphan Black, ce qui rend la série unique. Lorsqu’un épisode se concentre sur Helena, on nous amène dans l’univers glauque de The Following. Lorsqu’un autre s’attarde davantage sur Sarah/Beth, l’inexplicable, caractéristique de la science-fiction, s’apparente à la série Les revenants alors que tout le côté policier mettant en vedette un personnage qui n’est pas nécessairement fait pour ce métier ressemble à bien des égards à Red Widow. Enfin, comme je l’ai mentionné plus haut, les épisodes entourant l’univers d’Alison viennent détendre l’atmosphère grâce à un ton plus léger et sexy rappelant Footballer$ wives. À ce propos, l’épisode n°6 contient probablement le plus gros imbroglio jamais créé dans une série de fiction. Alison est persuadée que son mari lui ment. Elle décide de l’attacher à une chaise, lui bander les yeux et le menacer avec un pistolet à colle chaude jusqu’à ce qu’il dise la vérité, le tout, pendant qu’à l’étage plus haut se déroule une une petite fête entre voisines et c’est Sarah qui doit se faire passer pour Alison. Mais ces changements constants de ton ne se font pas sans heurts. Dans les moments les plus dramatiques, la série compte quelques scènes de violences assez crues (et gratuites) s’adressant à un auditoire averti.

La qualité d’Orphan Black semble atteindre un consensus auprès des critiques et il serait souhaitable que la série soit diffusée sur une chaîne rassemblant un auditoire plus vaste. Les énigmes qui s’accumulent et les changements de ton fréquents permettent au téléspectateur de passer par toute une gamme d’émotions. Le fait qu’il s’agisse d’une coproduction vient aussi enrichir la série. Laissons le mot de la fin au journaliste Chris Janselewicz : «It’s like the joining together of all of western civilization: you can literally sense the Britishness in the show’s aesthetics, the Canadianness in the cast and scenery and the American touches of fast action and zippy, perfect dialogue[2] ».

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