Spies of Warsaw (2013): prequel d’un conflit

Spies of Warsaw est une série coproduite par la BBC America et BBC Four de deux épisodes diffusés en avril et est de plus une adaptation du roman de 2008 au titre éponyme d’Alan Furst. Le tout commence en 1937 dans la ville de Varsovie en Pologne où une énorme tension règne à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. Le colonel Jean-François Mercier est un attaché militaire français qui agit à titre d’espion pour son pays et qui tente de cerner les véritables intentions allemandes quant à l’avenir. Nouant des relations avec des juifs, d’autres espions et surtout Anna Skarbek, une avocate polonaise de la Ligue des Nations (dont il tombera amoureux), le colonel verra ses avertissements et efforts réduits à néant puisque la guerre sera déclarée à peine deux ans plus tard; là où la série se termine. Série a-sentimentale, on est vite déconcerté par la froideur des personnages, qui est cependant justifiée par les événements historiques. Spies of Warsaw reste tout de même un prequel intéressant qui met la table à cette atroce période de l’Histoire, et ce, devant une Europe endormie, incapable de mesurer l’ampleur des malheurs à venir.

Se mettre dans le contexte

La crise économique de 1929 et la défaite de la Première Guerre mondiale suscitaient chez les Allemands à la fois un sentiment de revanche et le désir de reconquérir d’autres territoires afin de renflouer les caisses de l’État. À ce propos, le désir de s’approprier les richesses de la Pologne, facilité par le pacte germano-soviétique[1] avec l’URSS en septembre 1939 explique l’affairement continuel du colonel Mercier qui deux ans plus tôt tente de recueillir un maximum d’informations quant aux intentions des pays concernés. En effet, la Pologne est prise en étau entre ces deux pays pour le moment alliés qui font peu de cas du sort de sa population. Si on connaît un tant soit peu le cours des événements de cette époque, le téléspectateur peu facilement ressentir la tension qui règne au cours des épisodes. Il est surtout déconcertant de voir que les informations recueillies par le colonel ne sont pas prises au sérieux par le gouvernement français. À un moment, Mercier est reçu en France en audience par des hauts placés du pays. Il affirme que les Allemands comptent les envahir grâce à une tactique différente du conflit précédent, mais le haut gradé à qui il s’adresse ne le prend pas au sérieux. C’est surtout le sentiment d’impuissance qui prime lorsqu’on regarde Spies of Warsaw parce que l’on connaît la suite. C’est là toute la force du prequel, qu’il soit historique ou purement fictif (pensons à Hannibal ou Bates Motel qui remportent un fier succès pour le moment). Dans son article sur la série, Alessandra  Stanley abonde dans le même sens : « (…) there is nothing more satisfying than a prewar espionage story that shows, up close and told-you-so, how most of Europe slept through Hitler’s rise[2] ».

De plus, la série dépeint bien le climat d’antisémitisme ambiant et qui atteint un degré inquiétant au sein de l’Europe. D’ailleurs, Jean-François Mercier s’acharne tout au long de la série à protéger un couple juif, Malka et Viktor Rosen, qui a agit à titre d’espion de concert avec la France. Ces deux aides devront éventuellement fuir la Pologne, non pas à cause des informations compromettantes fournies à Mercier, mais bien en raison de leur religion.

L’autre élément qui transperce de Spies of Warsaw est l’importance (ou l’absence) de la confiance. La tâche d’Anna et de Jean-François est de recueillir un maximum d’informations et de confidences grâce à un réseau d’espionnage savamment tissé. Mais à l’aube d’un conflit imminent alors qu’on ne sait qui en ressortira vainqueur, de l’Axe ou des Alliés, comment prendre parti? À qui vouer son allégeance? Si le choix est clair du côté de l’avocate et du colonel, il n’en va pas de même pour tous leurs informateurs. Prenons par exemple, Max, un journaliste d’origine russe qui cohabite avec Anna depuis des années. Alors qu’il a été déporté et qu’on croit qu’il a été assassiné, celui-ci réapparaît et on apprend qu’il jouait un double jeu… au plus offrant.

Manque de constance

On peut cependant reprocher à Spies of Warsaw le manque de rebondissements et qualifier de fades la plupart des personnages principaux. Il s’agit après tout d’une série d’espionnage dans une époque riche en rebondissements. Au cinéma ou à la télévision, le genre est synonyme de scènes de cueillette d’informations et de scènes d’actions  captivantes (par exemple, des poursuites ou des combats).  Ce sont justement ces dernières qui font défaut à la série. Comme il est écrit sur le site critictoo.com : « L’alternance entre les missions sur le terrain et les salons diplomatiques est véritablement problématique, créant des coupures rythmiques désagréables et empêchant le développement d’une quelconque tension[3] ». On passe justement trop de temps à parler et pas assez à agir. Mis à part l’enlèvement du colonel au milieu de la série (s’évader pour lui sera un jeu d’enfant), on compte une scène vers la toute fin où des brigands arrêtent un train en route pour la France. Ils cherchent à s’approprier les maigres richesses des voyageurs, mais sont vite stoppés par des militaires français. Ce moment d’action arrive un peu trop tard, d’autant plus qu’il n’a rien à voir avec le synopsis qui se concentre sur l’avant-guerre.

Pour ce qui est de l’élément « romance » de la série, on repassera aussi. La seule qui soit digne de mention est celle entre Anna et Jean-François. Elle est au départ impossible puisque cette dernière est en couple avec Max à qui elle tient énormément. De son côté, Jean-François est un personnage froid, distant et peu enclin aux épanchements. Ils vivront tout de même une aventure, mais lorsqu’ils sont ensemble, les deux sont en constante mésentente. Finalement, c’est lorsqu’ils sont éloignés l’un de l’autre qu’ils s’apprécient davantage. L’attitude distante qu’adoptent les personnages principaux finit par lasser et s’ils avaient fait preuve d’un peu plus de passion, la série en aurait bénéficié.

Malgré tout, Spies of Warsaw vaut le coup d’œil. C’est justement ce contexte d’incertitude, de trahison, d’antisémitisme et de savoir que malgré tous ces efforts, le pire est à venir, qui fait la force de la série. D’ailleurs, la toute fin est éloquente. Alors que le colonel Mercier et Anna réussissent à fuir in extrémis la Pologne, elle lui demande : « What now?», et lui de répondre : «We’ll try to stay alive ». Les intertitres nous apprennent qu’entre 1939 et 1945, 90 % de la ville de Varsovie a été détruite et que 800 000 personnes sont mortes dans le conflit. Ces données fournies à la toute fin ont toujours un impact sur la série que l’on vient d’écouter et nous emplissent d’un sentiment d’impuissance. Avoir suivi Spies of Warsaw, en ce sens, a été utile.

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