Da Vinci’s demons (2013) : le divertissement avant l’Histoire

Da Vinci’s demons est une nouvelle série de 8 épisodes diffusée depuis la mi-avril sur les ondes de Starz aux États-Unis et le sera sous peu sur Super Chanel au Canada. La série du créateur, David S. Goyer, nous transporte au début de la Renaissance, à Florence, dans les jeunes années de l’artiste Léonard de Vinci. Alors qu’un affrontement entre les États pontificaux et la ville est imminent, le seigneur Lorenzo de Médicis emploie le jeune génie afin qu’il lui fabrique des machines de guerre dans le but de contrer les armées papales. La série est aussi truffée de plusieurs complots, énigmes et trahisons auxquels sera mêlé indirectement de Vinci, ce qui lui attirera les foudres de plusieurs. L’originalité de la série vient du fait qu’on s’inspire d’un personnage historique célèbre pour en faire une certaine critique de la société qui fait aisément écho à la nôtre.  Da Vinci’s demons flirte aussi avec plusieurs genres comme le policier, l’historique et un brin de fantastique, ce qui, étonnamment, fonctionne très bien grâce à un bon dosage entre ceux-ci.

Fausse biographie

On a vu au cours des dernières années des séries comme Les Tudors (2007-2010) ou Les Borgia (2011- ) se baser sur des personnages historiques notoires (ici, respectivement Henri VIII et le pape Alexandre VI) et tenter de mettre à l’écran les moments marquants de leur existence. Le traitement est différent pour Léonard de Vinci dans Da Vinci’s demons. À l’instar d’un pape ou d’un roi dont les chroniqueurs de l’époque relataient les moindres dires, faits et gestes, la série dispose de plus de liberté quant au peintre de la célèbre Mona Lisa. Jusqu’ici, le réalisateur ne s’intéresse pas aux faits saillants de sa carrière, mais s’inspire plutôt du mythe qu’il a laissé à la postérité. Dans la mémoire collective, de Vinci était davantage un précurseur de la Renaissance, un rebelle pour l’époque qui n’avait pas peur de sortir des sentiers battus afin de satisfaire sa curiosité. Il est de nos jours qualifié de génie justement pour cette raison.

En regardant Da Vinci’s demons, on réalise à quel point le métier d’artiste était prestigieux tout en étant un amalgame de différentes professions. Léonard de Vinci est surtout reconnu pour ses œuvres picturales, mais il a aussi été inventeur (ses machines volantes, entre autres, en témoignent), ingénieur, urbaniste et a passé une partie de sa vie à étudier l’anatomie du corps humain (fait rare à l’époque). La série dépeint admirablement l’intérêt de l’artiste pour tous ces sujets.  Comme l’écrit James Poniewozik dans son article : « The show does a nice job illustrating, literally, how the scientific and creative process works; Da Vinci’s brainstorms come to life in animated sketch drawings[1] ». Deux fois au cours des trois premiers épisodes, Léonard s’arrête à un marché public devant des cages à oiseaux, les achète et les met en liberté. La scène est tournée au ralenti, si bien qu’on voit avec précision leurs ailes en mouvement, lesquelles n’échappent pas au regard du principal intéressé. Ces courts montages que l’on retrouve tout au long des épisodes viennent rendre hommage à l’artiste et à son œuvre en général (le générique de la série ci-haut en est un bon exemple).

Un discours universel

Il est certain qu’un expert ou passionné de la vie de Léonard de Vinci ne trouvera pas son compte dans Da Vinci’s demons puisque l’importance de dépeindre à l’écran des moments précis dans la vie de l’artiste n’est pas la priorité de la série. Mais comment expliquer son succès instantané dès la diffusion du premier épisode[2] et peu de temps après, l’annonce d’une deuxième saison? L’histoire a beau se passer il y a plus de cinq siècles, le personnage de de Vinci est universel et traverse les âges. Dans le même article écrit par Poniewozik cité plus haut, il est écrit au sujet de la série : « it tells the story of the Renaissance as a battle between science and superstition ». C’est  justement un de Vinci athée qui nous est dépeint ici et qui se retrouve embourbé dans un conflit sourd avec l’Église. D’une part, cette dernière prétend posséder le savoir de l’humanité grâce aux paroles divines dont elle se prétend l’intermédiaire. D’autre part, l’Europe est en proie à un antisémitisme rigoureux à la veille de l’Inquisition espagnole qui débutera en 1478[3]. À l’opposé, Léonard de Vinci ne jure que par la science et est empreint de tolérance religieuse. De son point de vue, quiconque, peu importe ses origines où croyances, parvient à faire progresser la société. mérite son estime.

On peut aussi comparer le succès de Da Vinci’s demons à celui de la série britannique Sherlock (2010- ). Cette dernière se veut une adaptation du Sherlock Holmes du XIXe siècle de Sir Arthur Doyle transposé aux années 2000. En s’écartant du genre historique/biographique, on exploite davantage l’intelligence supérieure de de Vinci, lequel est appelé à résoudre des mystères, ce qui fait que la série penche légèrement dans le genre policier. C’est que Rome souhaite s’emparer de Florence et pour ce faire, n’hésite pas à avoir recours à l’empoisonnement, au chantage et aux manigances (des thèmes qui sont au cœur de la série Les Borgia se situant à quelques années près, dans le même pays). Il incombe donc à  Léonard de Vinci de contrer ces plans. Sinon, les visions constantes qui accablent le génie apportent un effet de fantastique à la série, ce qui vient enrichir cette dernière.

En terminant, Da Vinci’s demons est une série qui sort de l’ordinaire et qui fait preuve d’une grande originalité. Le coup de maître de Goyer est d’être parvenu à agencer avec discernement divers genres pour en faire quelque chose, d’abord et avant tout, d’extrêmement divertissant (point où Les revenants et Hemlock Grove ont échoué). Les amateurs de séries câblées y trouveront leur compte : des scènes à nature sexuelle ou de violence assez crues y sont omniprésentes. Il y a par contre des limites à ces supposées subversions. Plusieurs historiens s’accordent pour affirmer que de Vinci était homosexuel (en 1476, il a été accusé, lui et trois autres hommes de sodomie, preuves juridiques à l’appui). Mais même en 2013, les producteurs, chaînes câblées ou pas, se refusent toujours à construire une série autour d’un protagoniste gai. Da Vinci’s demons ne fait pas exception; dans la série, en plus de tous ses talents, Léonard est un amant extraordinaire, auprès de la gent féminine bien sûr…

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