Miroir (2013): un exercice narcissique nécessaire

Miroir est une nouvelle série documentaire diffusée sur les ondes de TV5 Canada. Réalisée par Marie Carpentier, chaque semaine, un invité vedette vient se pencher sur un aspect en particulier de la beauté tout en nous racontant sa propre expérience. Le but de l’émission est d’effectuer une introspection sur ce concept qui régit, qu’on le veuille ou non, notre société et le Québec est loin d’y échapper. Beauté chez les hommes, les femmes, les adolescents, les non-voyants, les gais, dans le milieu de travail, vieillir en beauté, chirurgies esthétiques, etc; tout y est analysé au peigne fin dans chacun de ces épisodes hebdomadaires de 30 minutes. La série offre une réflexion sur les codes souvent insidieux de la beauté qui régissent notre vie (l’épisode dédié complètement à la chevelure en est un très bon exemple).  L’esthétique de Miroir est lui aussi fort intéressante, formant une symbiose avec le thème principal. Bref, cette série vaut le coup d’œil.

 

L’amour de soi ou le regard des autres?

La beauté n’en est pas à une contradiction près et c’est justement sur ce concept que repose Miroir. Il arrive même que les intervenants, si sûrs d’eux soient-ils, en viennent à se contredire. Par exemple, dans l’épisode portant sur la chirurgie esthétique, on rencontre une femme qui nous parle des différentes opérations qu’elle a subies. En toute candeur, elle affirme qu’elle y a eu recours pour son bien-être seulement, mais admet plus loin que son ancien petit ami avait souvent commenté l’allure de son nez qu’il trouvait trop gros. Dans l’épisode sur la communauté gaie, Jasmin Roy affirme que la plupart des homosexuels rechercheraient un petit ami fidèle, mais sans pour autant l’être eux-mêmes. Dans celui sur la vieillesse, Jean-Louis Gauthier, rédacteur au magazine « Bel Âge », affirme que son lectorat est composé à majorité de personnes de 39 ans et plus, mais que la plupart des modèles dans ses publications restent assez jeunes, comme quoi certains disent vieillir en toute sérénité, mais continuent tout de même à vouer un culte pour la jeunesse; la référence par excellence. Tous les épisodes de Miroir tournent autour de ces contradictions, quelque fois inconciliables, mais tellement propres à l’humain.

Couper les cheveux en quatre

Miroir parvient aussi à nous faire réfléchir sur des concepts de beauté dont on ne fait pas nécessairement grand cas en temps normaux. En entrevue, la réalisatrice, Marie Carpentier, énonçait ceci : «À certains égards, les images et les commentaires sont troublants. Les gens ne savent pas à quel point la beauté prend de la place dans notre société, parfois de façon sournoise[1]». L’épisode portant sur les cheveux est un exemple probant. Les styles de coiffures sont infinis, mais qu’en est-il de ceux qui souffrent de calvitie ou encore d’un cancer qui après des séances de chimiothérapie, en sont privés? Grâce aux intervenants fort intéressants, on réalise l’importance du cuir chevelu, et ce, dans toutes les sociétés et à toutes les époques.

En effet, le métier de coiffeur est sans conteste l’un des plus vieux du monde. Du récit biblique de Samson qui tire sa force herculéenne de sa longue chevelure, aux perruques bouclées mises à la mode dès Louis XIV, à la propagande de la blondeur, symbole de la race aryenne, jusqu’aux cheveux en bataille des Beatles, représentant une jeunesse rebelle en pleine effervescence; les cheveux peuvent définir l’origine ethnique, la classe sociale et même une entière génération. À l’opposé, l’absence de cheveux est tout autant lourde de significations les plus diverses. Pensons aux moines tibétains qui se rasent la tête, symbole d’humilité ou aux militaires qui font de même à la fois pour des raisons hygiéniques que pour symboliser l’unité d’un corps armé. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, ont a rasé la tête des juifs pour les humilier et ont a infligé le même sort aux femmes des pays alliés, toujours dans le même but, qui durant la guerre avaient eu des rapports intimes avec les soldats ennemis. Dans les pays musulmans les plus radicaux,  on oblige la femme à cacher sa chevelure, que ce soit par le port du niqab, du chador, de la burqa ou du hijab. Dans ces cas précis, les cheveux du côté féminin seraient une source de tentation malsaine (?) pour l’homme qu’il vaut mieux cacher afin de maintenir une espèce d’ordre à l’intérieur de la sphère publique.

Une technique fort simple

L’aspect technique de  Miroir ressemble en plusieurs points aux séries Papa a raison et La reine du foyer diffusées à l’hiver 2013 sur les ondes d’Historia. Le concept est simple, peu cher à produire, mais ô combien intéressant. D’un sujet principal, on s’entretient à la fois avec des experts et des Québécois ordinaires et on ajoute aux propos des images d’archives ou d’actualité. Le téléspectateur pourrait rapidement tomber dans l’ennui, mais le thème et les propos des intervenants sont si intéressants qu’on ne voit pas le temps passer. Dans Miroir, on s’entretient avec des sexologues, designers, maquilleurs, ethnologues et auteurs. En plus des images d’archives de modèles de différentes époques, on inclus aussi en intertitres des statistiques ou faits saillants en rapport avec ledit sujet (par exemple, on apprend qu’en 2012 aux États-Unis, les chirurgies esthétiques représentent un marché annuel de 14,6 milliards $). Enfin, 30 minutes par épisodes est une durée qui se prête bien à ce genre de documentaire. Sans s’éterniser sur un sujet, la série est assez longue (13 épisodes) pour qu’on puisse analyser la beauté sur divers angles, autant originaux qu’inusités.

Miroir est donc une série à la fois sympathique et instructive. Dans un monde hypermédiatisé qui contribue plus que jamais à encenser la jeunesse, il est important de réfléchir sur les différents aspects en liens avec le paraître. La série donne aussi la voix à des minorités comme les homosexuels ou les non-voyants qui viennent enrichir le débat. De plus, même dans un épisode comme celui portant sur la chevelure, on est à même de se questionner sur l’importance de celle-ci non seulement à travers différentes cultures, mais aussi en retournant dans l’histoire. Si Miroir n’est pas de taille à révolutionner l’industrie de la beauté, elle réussit néanmoins à la relativiser.

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2 réflexions sur “Miroir (2013): un exercice narcissique nécessaire

  1. C’est vrai que c’est une série à voir. Cela change des feuilletons qui se ressemblent tous que les femmes regardent à la télé. Les femmes disent toujours que si elles se font belles, c’est d’abord pour elles mêmes, pour se sentir bien dans leur peau. Mais en fait, même s’il y a de cela, le regard de la société est toujours pris en compte. En effet, pour moi, être bien dans sa peau, c’est mettre des vêtements confortables, ne pas se trimbaler avec des bijoux qui pèsent lourds, etc. Personnellement, même avec un costume, moi qui suis un homme, je ne me sens pas à l’aise. Mais ce serait plus gênant de s’amener avec un tee-shirt dans un contexte où l’on se retrouve avec des gens qui en mettent et qui considèrent que c’est normal d’en mettre.

    • Je ne sais pas ce qu’on ferait sans TV5. Un programmation très à part et qui sort du moule. Quant à miroir, je crois que c’était prévu pour qu’il n’y ait qu’une saison. Ç’aurait été intéressant qu’on fasse l’équivalent avec les hommes.

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