Médecins de combat (2011): quand Radio-Canada fait l’acquisition d’une série non renouvellée

Médecins de combat (en anglais Combat Hospital) est une série canadienne de 13 épisodes qui a été diffusée en 2011 simultanément sur les ondes de Global et ABC aux États-Unis. Deux ans plus tard, c’est Radio-Canada qui la diffuse depuis le 4 mai et la série est aussi disponible sur Tou.tv. L’action se déroule en 2006 dans un hôpital militaire basé à Kandahar où des médecins provenant à la fois du Canada, des États-Unis et du Royaume-Uni prennent soin de soldats blessés, tout en essayant de s’acclimater à un environnement rude et mouvementé. Les personnages principaux sont le Major Rebecca Gordon, chirurgienne, le Colonel Xavier Marks, en chef d’une unité médicale internationale et le Colonel Bobby Trang, praticien général. Apolitique, la série appartient davantage au genre médical que militaire. Sans être mauvaise, elle reste fade dans son ensemble et on se serait attendu à être confronté à des sujets beaucoup plus explosifs étant donné l’action où se déroule la série.

Pétard mouillé

Le premier problème que l’on rencontre dans Médecins de combats est qu’on a l’impression que le lieu où se déroule l’action, l’Afghanistan, n’est qu’un prétexte. On se retrouve dans un huis clos (l’hôpital) et les incursions venant de l’extérieur sont très rares. Dès lors, on peut conclure que la série se cantonne presque exclusivement au genre médical. Les militaires remplacent tout simplement les patients ordinaires que l’on retrouverait dans n’importe quel hôpital. La série se déroule à Kandahar, mais aurait aussi pu prendre place dans un autre pays, un autre contexte. Ce n’est qu’à l’épisode 3 qu’on inclu une histoire directement en lien avec le monde militaire. Un soldat canadien est tué à la suite d’un coup de feu et un partenaire de la même unité est soupçonné d’être à l’origine de l’incident. S’ensuivra une enquête à l’interne dont la conclusion surprendra. Trop peu trop tard?

En omettant de nous donner un point de vue sur la population locale, qui est en principe l’ennemi, on se prive d’une trame narrative qui aurait grandement enrichi Médecins de combat. Dans le premier épisode, la chirurgienne Rebecca accepte de prendre en charge une jeune femme afghane qui doit être opérée à la gorge, bien que ce soit interdit. L’équipe de médecins tente non seulement de cacher l’opération à leurs collègues, mais aussi aux parents masculins afghans de la patiente, de peur de provoquer une colère machiste. Quand ces derniers sont au courant de l’opération, au lieu de s’enflammer, ils remercient chaleureusement les intervenants. Plusieurs scènes vont dans le même sens. Morale : « nous sommes tous des humains malgré nos différences ethniques », ce qui donne un aspect fleur bleue à la série. Mary McNamara, dans sa critique écrit justement : « As if afraid they will be accused of not taking things seriously enough, the creators walk through much of the pilot as if through a minefield, which is to say ver-ry slowly and ver-ry carefully. Not the best pacing considering the subject matter.»  Par-dessus tout, c’est donc le manque d’audace que l’on peut reprocher à la série.

Le point culminant propre aux séries policières est habituellement de démasquer l’auteur d’un crime. Dans une série médicale, le climax se déroule dans la salle d’opération, à savoir si le patient s’en sortira indemne ou non. À ce sujet, on n’a pas grand-chose à reprocher à Médecins de combats. Ces scènes sont crédibles, bien filmées et les acteurs incarnent très bien leurs personnages. Ce qui manque à la série, c’est un univers entourant les médecins. Dans Call the midwife par exemple, les accouchements sont au cœur de l’action, mais une grande part des épisodes est dédiée à la vie personnelle de ces sages-femmes. En fait, seul le personnage de Rebecca Gordon est approfondi. Cette chirurgienne qui n’a pas froid aux yeux n’hésite pas à confronter ses supérieurs quant à la gestion de l’hôpital et l’état des patients. Ne pouvant réinventer le monde, elle est fortement déstabilisée par la rigidité de l’administration, la hiérarchie militaire et un horaire instable dicté par les aléas de la guerre. La série, en accordant plus de place aux autres protagonistes, aurait gagné en popularité auprès des téléspectateurs.

 

La popularité du genre médical

L’acquisition de Médecins de combat qui accompagnera les téléspectateurs tout au long de l’été est choix est pour le moins surprenant de la part de l’équipe de Radio-Canada. D’une part, la société d’État avait réussi à s’accaparer la case horaire des samedis soirs tout au long du printemps avec la prestigieuse série Downton Abbey. D’une part, Médecins de combat a été annulée après seulement une saison en raison des cotes d’écoute moyennes aux États-Unis et les critiques allaient dans le même sens. En plus, la série, deux ans après sa diffusion initiale, est restée inédite dans les autres pays francophones. Il est donc surprenant d’avoir choisi une série internationale aussi peu auréolée. D’ailleurs, la nouvelle acquisition ne figure même pas parmi le top 15 des cotes d’écoute au Québec du 29 avril au 5 mai[1].

Il faut mentionner que les séries médicales ont la cote au Québec. La diffusion de Trauma, quatrième saison de la série de Fabienne Larouche à la SRC, s’est terminée en mars. Quelques années auparavant,  la même chaîne a connu un franc succès avec la diffusion des séries internationales Dre Grey : leçons d’anatomie (Grey’s anatomy (2005- )) et Salle d’urgence (ER (1994-2009)). Le réseau TVA a aussi profité de la diffusion de ces « succès médicaux » sur ses ondes avec l’acquisition de la série Dr House (House M.D. (2004-2012). En effet, cette dernière a rassemblé en 2007 une moyenne de 742 000 téléspectateurs par épisode[2], ce qui confirme l’importance et l’intérêt du gendre dans la province.

En terminant, Médecins de combats, sans être mauvaise, sera vite oubliée du paysage télévisuel québécois, d’autant plus que la série est diffusée en plein été. Celle-ci évite tous sujets délicats, dont le choix délibéré d’éviter de s’attarder à ceux qui vivent en dehors de ces petites frontières, c’est-à-dire l’ennemi. En suivant les médecins sur le terrain, la série aurait pu facilement ce démarquer de ce qui a été fait jusqu’ici. Si le succès du genre médical est largement reconnu au Québec, cette série entre trop dans le moule au point de s’avérer platement redondante en comparaison à ce qui a déjà été fait jusqu’ici.

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