The Great Gatsby (2013) : 1974 ou 2013?

The Great Gatsby (ou Gatsby le magnifique, en français) de Baz Luhrmann est le film de l’heure en ce moment et a été présenté en grande première le 15 mai lors de l’ouverture du Festival de Cannes. Adapté du roman éponyme de F. Scott Fitzgerald, le tout commence à l’été de 1922 alors que Nick Carraway vient tout juste de louer une maisonnette dans le West Egg à Long Island. Il y fera la rencontre de son voisin Jay Gatsby, un homme très riche et surtout mystérieux qui souhaite reconquérir Daisy, son amour de jeunesse. Pour ce faire, il demande l’aide de Nick qui s’avère être le cousin de cette dernière. Daisy est désormais mariée au millionnaire Thom Buchanan, tous deux vivant dans l’East Egg. S’ensuivront des fêtes plus extravagantes les unes que les autres au cours desquelles Daisy et Gatsby se réuniront. Mais comme toute histoire d’amour tragique, un incident les séparera et causera la mort de Gatsby. Si jusqu’ici les critiques ont été plus que mitigées par rapport au film de Luhrmann, il reste que les recettes du box-office prouvent son succès commercial[1]. Le Great Gatsby de 2013 est d’abord et avant tout un remake du film de 1974 réalisé par Jack Clayton[2]. Ayant vu ce dernier au moins cinq fois, je n’ai pu m’empêcher de comparer les deux œuvres qui ont chacune le mérite de transposer en images le livre on ne peut plus marquant de Fitzgerald.

Pourquoi faire un remake?

La question pourrait aussi aller comme suit : pourquoi adapter un livre au cinéma? On veut à la fois rejoindre un auditoire plus large et varié tout en reproduisant une époque (ici les années 20 et le luxe) dans toute sa splendeur. Une adaptation cinématographique permet aussi aux gens de renouer avec les classiques de la littérature. Au mois d’avril (tout juste avant la sortie du film de 2013), les ventes du livre ont explosé de 250 % dans le monde et 300 % au Canada seulement[3]. Mais au-delà de ce coup de marketing qui profite à la littérature et au cinéma, on peut se demander pourquoi refaire une nouvelle version du film près de 40 ans après celui de 1974, lequel a entre autres remporté deux Oscars et un Golden Globe. Faire un remake, c’est l’occasion pour un réalisateur d’exprimer sa propre vision du roman et en plus, de profiter des avancées technologiques pour en mettre plein la vue.

Bling-bling, jazz et interprétation

Baz Luhrmann est le réalisateur de Romeo + Juliet (1996) et Moulin Rouge (2001), deux films à grand déploiement. En ce sens, The Great Gatsby devrait être la consécration de sa carrière tellement l’univers de Fitzgerald est empreint de luxe et d’excès. Or, Luhrmann en fait trop. Les trente premières minutes du film sont une succession de fêtes qui finissent par donner mal au cœur (le 3-D accentue cet effet). Le choix de la musique tout au long du film était aussi risqué. On tronque le jazz si typique de cette époque pour le remplacer par le hip-hop de Jay-Z. Le réalisateur se justifie comme suit : « Jazz was such a revolution in that era, so I looked to a blend of jazz and hip-hop to help the audience understand through their own receptors what it might have been like to live during that time[4] ». De cette explication, on retient que le spectateur ne serait pas à même de faire la part des choses. Le problème est que durant la première grande fête organisée par Gatsby, on voit un orchestre composé notamment de violons et d’une harpe, mais qu’on entend des chansons hors champ contenant des instruments et un rythme totalement inconnus de l’époque. L’effet est trop anachronique pour être réussi.

À l’inverse, le film de 1974 a remporté un Oscar pour sa trame sonore. On peut y entendre des chansons comme I’m Gonna Charleston Back to Charleston ou encore Beale Street Blues qui nous ramènent directement en 1920. Le réalisateur Clayton a choisi de nous imprégner de cette époque alors que Luhrmann a choisi de la transposer à notre siècle. Le Gatsby de 1974 contient son lot de fêtes aussi, mais ne s’en sert pas pour définir le film. Si la grandiloquence des décors s’équivaut dans les deux films, on ne peut que préférer les couleurs vives et réalistes de la version de 2013. L’adaptation de 1974 a été tournée en Eastman color, un procédé développé par Kodak qui, pour l’époque, semblait révolutionnaire. Seulement, comparé à aujourd’hui, on trouve les couleurs très fades. Le brun et orange qui dominent sont des couleurs trop associées aux années 70, ce qui, par le fait même, confine l’esthétique du film à ces années.

La plus grosse différence entre les deux Gatsby, et peut-être la plus intéressante, est l’acteur principal. Robert Redford et Leonardo DiCaprio sont deux excellents acteurs, mais interprètent Gatsby de façon fort différente. Redford incarne un Gatsby romantique empreint par la fatalité. On sent que l’argent qu’il a accumulé si rapidement ne vaut rien pour lui et que seule Daisy compte. DiCaprio interprète un Gatsby plus entêté; plus « enfant gâté ». Lorsqu’il courtise Daisy, il n’hésite pas à mettre de l’avant ses trésors accumulés en si peu de temps, caractère typique des nouveaux riches. Quand il comprend que tout est perdu, DiCaprio s’obstine et exprime sa colère alors que Redford se résigne et manifeste de la tristesse. Les deux interprétations s’équivalent, mais celle de Redford s’avère plus attachante.

En terminant, les deux adaptations de The Great Gatsby ont leurs forces et leurs faiblesses et valent la peine d’être vues. Si les couleurs et les mouvements de caméra sont franchement supérieurs dans la version de Luhrmann, la musique, destinée à attirer un jeune public dans la version de 2013 pourrait ne pas surmonter les affres du temps à l’inverse de la trame sonore du film de Clayton qui est indémodable, faisant à jamais partie de l’histoire des années 20. Imaginez qu’on vous donne le choix : un vieux livre de Fitzgerald imprimé dans les années 70, les pages jaunies avec une couverture vieillotte ou alors le même livre tout neuf, avec dorures et pierreries sur la couverture qui brille de tous ses feux. L’histoire reste la même, mais le bling-bling de ce dernier est tellement plus attrayant. C’est la différence entre les deux versions et c’est ce qui justifie à lui seul le remake de 2013. Hollywood en a pour son argent.

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