Bowling (2012) : réussir une « straïque » grâce au « bouligne »

Bowling est le second long métrage de Marie-Castille Mention-Schaar et est actuellement en salles au Québec. Le tout commence avec l’arrivée de Catherine à Carhaix en Bretagne. Cette directrice des ressources humaines au ministère de la Santé venue tout droit de Paris est en mission dans afin d’évaluer la viabilité économique d’un centre de maternité pour le moment déficitaire. Au cours de ses temps libres, elle se joindra à une équipe de quilles composée de Louise, propriétaire du salon, Mathilde, infirmière et Firmine, aide soignante, ces dernières travaillant au centre. Après une décision des bureaucrates de fermer celui-ci, ces femmes se mobiliseront afin d’éviter ce qui semble être l’inévitable. Comédie sociale inspirée d’une histoire vraie, le film est décevant à bien des égards. Bowling, est un film français inspiré de n’importe quelle banale production américaine: multiplication des clichés, distractions insipides, tout est blanc ou noir et on connaît l’issue de toutes les « intrigues » après le premier quart. Seule la présence d’un quatuor d’actrices chevronnées vient sauver l’histoire du dalot.

Made in France

Il est toujours un peu décevant de voir à quel point certains films français tentent de « s’inspirer » de ceux produits aux États-Unis. En fait, une grande majorité de films américains, dits « mainstream », s’exportent facilement à travers le monde (et par le fait même, engrangent beaucoup de profits) parce que justement, tous peuvent s’y identifier. La conséquence à ce genre de films est que la structure narrative est simplette, que le bien triomphe inévitablement du mal et que tout sujet tabou est évité. Les dessins animés de Disney en sont un bon exemple. C’est ce qu’on retrouve dans Bowling. Ce film met en vedette quatre femmes dont l’emploi, de près ou de loin est lié à la maternité, donc, un domaine très «féminin ». Logiquement (et de façon puérile), les hommes sont sources de problèmes. C’est le patron qui décide de fermer l’hôpital et qui prend des vacances lorsque les grèves s’amorcent. Catherine qui suit des cours de conduite afin d’obtenir son permis est confrontée à un professeur exécrable et intransigeant. Enfin, le mari de Catherine résidant à Paris est toujours absent et préfère collectionner des œuvres d’art plutôt que de célébrer l’anniversaire de son épouse. C’est ce manque de profondeur, du côté des hommes qui agace. Quant aux  femmes, elles sont des victimes qui doivent se battre contre l’injustice, incarnée par les méchants hommes.  Noir et blanc.

Le spectateur aura aussi du mal à trouver son compte dans les intrigues. C’est assez simple : ces femmes ont deux objectifs : gagner le championnat régional de quilles et contrer la fermeture de la maternité. Dans le cas de l’hôpital, tout se réglera en cour alors mis à part manifester, le quatuor ne peut pas faire grand-chose d’autre. Le seul élément de suspense se déroule lors de la finale du championnat (lisez l’ironie ici). Juste avant d’entrer en piste, le ciel s’abat sur la tête des concurrentes. C’est que Firmine a mouillé son chandail (comment, on ne le sait), qui est aussi l’uniforme de l’équipe. Or, si elle ne porte pas ce dernier, toute l’équipe est disqualifiée. Que va-t-il se passer? Parviendront-elles à surmonter cette épreuve? Seront-elles disqualifiées?  Il est inutile de se faire du mauvais sang. Sans révéler l’issue à cette épreuve, disons qu’elles la surmonteront.

Vu du Québec

D’un point de vue québécois, la présence de l’anglais dans un film français est toujours dérangeante, à commencer par le titre. Au Québec, on joue aux quilles et on réussit un abat alors qu’en France, c’est le bowling  et une strike (ou plutôt « bouligne » et « straïque » vu la prononciation). Il en va de même de la trame sonore. Mis à part quelques musiques celtes typiques de la Bretagne, c’est « It’s raining men » de The Weather Girls ou « Shake it out » de Florence + the Machine. Ces chansons sont intégrées dans des montages où on voit les femmes s’entraîner en vue de la finale du championnat. Le tout rend mal à l’aise et sonne faux (c’est le cas de le dire) parce qu’on a l’impression de regarder un film de série B américain. Comme il est mentionné dans la critique du film sur le site Écran large : « A l’image d’une musique omniprésente et pour le moins intrusive,  on retrouve ce côté inoffensif (quand on est gentil) ou plutôt irritant (quand on est lucide) de surligner chacun des rebondissements de l’intrigue[1] ». Pour un Québécois, regarder un film français, c’est vouloir voyager non seulement dans un pays autre, mais aussi dans une autre structure narrative, ce qui n’est nullement le cas ici.

Les carrés rouges

Il est possible que mon opinion du film ait été en partie entachée par ce qui se passe au Québec en ce moment. C’est qu’il y a environ plus d’un an, le premier ministre de la Province avait décidé d’augmenter drastiquement les frais universitaires, provoquant un tollé parmi la classe étudiante, qui en signe de solidarité, s’est mise à porter un carré rouge. Les manifestations se sont multipliées (d’abord et avant tout à Montréal) et malgré un changement de gouvernement qui a aboli cette hausse, c’est comme si on avait ouvert une boîte de Pandore. Dès lors, les manifestations dénonçant toutes sortes de causes se succèdent au point où la population qui au départ était sensiblement en faveur de la cause estudiantine est excédée et fait maintenant pression sur les policiers afin qu’ils coupent court à tous ces rassemblements. Sans juger de la pertinence de ceux-ci, reste qu’ils font tellement partie de notre vie réelle, qu’il est pour le moment inutile d’aller regarder la même chose se reproduire dans une fiction.

En conclusion, Bowling aurait été plus à sa place sur le petit écran.  Ce film n’arrive malheureusement pas à la cheville de La grande séduction (2003) de Jean-François Pouliot ou encore de Bienvenue chez les Ch’tis (2008) de Dany Boon qui explorent des sujets similaires. Si ne trouve pas nécessairement écho du côté québécois, en considérant d’une part le contexte social de la province qui vit son lot de manifestations et d’autre part, qui est habitué à regarder des films américains similaires, mais de plus grande envergure, reste qu’en France, le succès de Bowling est notable. Ce long-métrage a en effet enregistré plus de 34 000 entrées en peu de temps, ce qui en faisait le deuxième meilleur démarrage des nouveautés de la semaine en juillet dernier[2].

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