Hemlock Grove (2013) : le danger de la vidéo sur demande (VDS)

Hemlock Grove est une nouvelle série de 13 épisodes adaptée du livre éponyme de Brian McGreevy actuellement disponible sur Netflix. L’action se déroule dans une ville de l’État de Pennsylvanie après qu’une jeune femme ait été assassinée dans des circonstances nébuleuses au même moment où aménage une famille de Roms (Lynda, la mère et Peter, son fils). Celle-ci est dès lors considérée suspecte parmi la population locale et une enquête à la suite d’un meurtre similaire sera déclenchée. En fait, la croyance locale veut que le meurtrier soit un loup-garou. Mélange des genres, soit, horreur, fantastique et policier, Hemlock Grove a du mal à s’identifier à l’un de ceux-ci, ce qui provoque une absence de fil directeur. Reste que Netflix et la vidéo sur demande incarnent l’avenir et une menace pour la télévision traditionnelle. Il faudra donc s’attendre à de nouvelles séries sous peu et un autre genre de compétition.

Une série girouette

Hemlock Grove est d’abord et avant tout inspirée de plusieurs séries très populaires telles True blood (2008-2013), The walking dead (2010-2013) et la série de films Twilight. À divers degrés, celles-ci sont composées d’actions violentes dont l’origine est surnaturelle (démons, vampires etc.). Elles remportent aussi beaucoup de succès auprès des adolescents, alors on n’est pas étonné de voir dans Hemlock Grove autant de nudité, d’adolescents à la sexualité ambiguë qui fument de la marijuana ou la cigarette. Mais voilà, il y a beaucoup de contenant dans la série et peu de contenu.

En principe, le sujet clé de la série est l’enquête concernant de récents meurtres. Par contre, la Dre qui en est chargée, Clementine Chasseur, ne fait son apparition qu’au troisième épisode. En fait, la série perd beaucoup trop de temps à camper les personnages. En premier lieu, se lient d’amitié Peter et Roman Godfrey, dont la mère richissime, Olivia, semble contrôler la ville. Roman est le seul, en dehors de sa mère Lynda à qui Peter révélera son secret : c’est un loup-garou (la transformation, image ci-bas, vaut le coup d’œil). Ces deux adolescents font les mêmes cauchemars et ont les mêmes lubies et c’est ce sentiment d’être anormaux qui les unit. On fait aussi la connaissance de Letha Godfrey, cousine de Roman, qui croit avoir été enfantée par un ange… Sinon, il y a son père, Norman, qui entretient une liaison avec incestueuse avec sa sœur Olivia. Bref, on passe beaucoup de temps à nous présenter les principaux personnages, comme si à toute fin pratique, on voulait que le spectateur en vienne à en suspecter l’un d’eux quant aux meurtres commis.

 

Lorsque l’enquête est officiellement entamée, on est vite déçu par la tournure de celle-ci. La Dre Chasseur interroge tout d’abord Peter. Sa première question est : « êtes-vous un loup-garou?» Coup de théâtre, Peter répond que non. Bien qu’il mente, quel enquêteur crédible poserait ce genre de question? En voulant donner de l’importance au genre policier dans cette série, on se dirige tout droit vers un mur. En effet, comment peut-on mener une enquête sérieuse quand on vit dans un monde à moitié fantastique où plusieurs éléments ne font aucun sens? Autre grand moment de l’enquête, la Dre Chasseur qui découvre un deuxième cadavre dans la forêt affirme que le meurtrier est de race blanche. Ses adjoints lui demandent comment elle peut en arriver à une telle conclusion. Celle-ci de répondre qu’il est blanc parce qu’on est en Pennsylvanie… Encore une fois, à la minute où l’enquête prend son envol (et ne va nulle part), le scénario nous amène complètement ailleurs, diluant tout l’épisode et par le fait même, toute la série. Comme l’écrit Eric Goldman sur son site :« (…) the “we have to find the killer!” idea ebbs and flows from hugely important to an afterthought, depending on the episode ». Plus loin:« The show keeps moving from one thing to the next, but never really concentrates on anything long enough to make a big impression[1] ».

L’avenir et le potentiel de Netflix

Comment fonctionne cette nouvelle plateforme? Tout simple : Netflix achète du contenu télévisuel et cinématographique aux studios et le client abonné à ladite compagnie paie moins de 10$ par mois pour avoir accès à tout ce contenu n’importe quand, n’importe où et sans avoir à souffrir les pauses publicitaires. Netflix, dont les profits ne cessent d’augmenter, a maintenant les moyens de produire ses propres séries au lieu de payer des sommes parfois faramineuses aux studios avec qui elle fait affaire. Avantage de taille; étant donné que le système retient tout ce qui est regardé par les usagers, la compagnie est à même de savoir quels acteurs, quels genres, quels épisodes, quels réalisateurs ont la cote et en plus, les gens peuvent laisser une marque d’appréciation sur un épisode qu’ils viennent de visionner. La première série de Netflix, House of Cards (2013), en a bénéficié. Mais ce système a aussi ses mauvais côtés…

En connaissant par cœur les goûts de ses usagers, le danger pour Netflix est que ses productions manquent de créativité. En effet, pourquoi la compagnie prendrait-elle des risques artistiques, sortirait-elle des sentiers battus, alors qu’en se cantonnant dans un genre conventionnel, elle attirera de toute façon un assez large auditoire pour être profitable? L’autre problème est la mise en ligne de tous les épisodes d’une série le même jour. Certes, les gens n’ont pas à attendre une semaine entre chacun de ceux-ci et à moins que je ne me trompe, ils sont disponibles automatiquement en plusieurs langues. Dans une série télévisée conventionnelle, par exemple Revenge qui compte 22 épisodes, toute l’équipe de production peut s’adapter aux critiques après quelques semaines de diffusion. Elle peut modifier le scénario, ou encore attirer de nouvelles stars afin de perfectionner la série. Si House of cards s’est avéré être un succès sans qu’il y ait eu des ajustements à faire, il en est tout autrement de Hemlock Grove qui a reçu son lot de mauvaises critiques.

En somme, le problème majeur de la série est qu’elle s’éparpille et ne parvient pas à s’orienter vers un genre de façon crédible afin de l’exploiter à fond (le même problème se posait jusqu’à un certain point avec la série Les revenants). En effet, Hemlock Grove compte plusieurs scènes inutiles, des intrigues mal fignolées et des dialogues parfois carrément benêts. Le système Netflix s’impose comme une compétition bien réelle à l’encontre des grands studios, mais même avec les meilleures données du monde, cette rivale ne sera jamais à l’abri des insuccès, comme c’est le cas ici.

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