Les revenants (2012) : manque de logique

Les Revenants est une série de huit épisodes qui a été diffusée sur les ondes de Canal + en France et qui se veut l’adaptation du film homonyme de 2004 du réalisateur Robin Campillo. Dans une contrée isolée en France, quelques personnes reviennent des ténèbres retrouver leur vie d’autrefois. Décédés à la suite d’accidents divers, les ravages de l’âge ne les ont pas affectés. On table justement sur ces retrouvailles avec leurs proches qui y vont de diverses réactions. Plus encore, au fil des épisodes qui passent, des événements anormaux se multiplient, comme l’eau du lac qui ne cesse de baisser ou la venue d’un tueur en séries. L’idée de base des Revenants est fort intéressante et l’introspection des personnages quant à ces retrouvailles est très bien menée. D’un esthétisme à propos, la série compte toutefois plusieurs longueurs et le traitement du synopsis se révèle agaçant par moments.

Gérer l’incompréhensible

Dans la série Mon meilleur ami récemment diffusée à Séries+, on suivait le parcours d’Alex qui à la suite d’un accident d’escalade, se retrouvait handicapé et devait réapprendre à vivre, de même que tout son entourage. La série nous forçait à réfléchir sur notre vie, ce qu’on ferait si un tel drame survenait au sein de notre famille. Dans Les revenants, on nous expose à une mise en situation encore plus troublante et les diverses réactions qu’elle engendre. Dans le premier épisode, c’est Camille qui revient d’outre-tombe. Deux ans auparavant, cette adolescente avait péri dans un accident d’autobus scolaire, laissant une sœur jumelle et ses parents en deuil. Dans un autre cas, c’est Simon qui est décédé il y a 10 ans, le jour où il devait épouser sa dulcinée alors enceinte. Enfin, dans une maison un peu isolée du reste du village, c’est Viviane, l’épouse de Michel Costa, qui revient à la vie au moins 40 ans plus tard.

Chaque réaction est unique et crédible. La mère de Camille, Claire, est d’abord effrayée et accepte cet état de fait, tout en songeant à déménager pour le bien de sa fille qu’elle doit cacher des regards indiscrets. Dans le cas d’Adèle, elle décide de demander conseil à un prêtre qui la convainc qu’il ne s’agit que de l’âme de Simon. Dès lors, elle communique avec lui, comme si elle le voyait dans un rêve. Enfin, Michel est tout simplement effrayé de revoir après tant d’années sa femme. Il est âgé, elle est jeune; ils n’ont plus aucun avenir. Dans un geste désespéré, il met le feu à sa maison alors que Viviane s’y trouvait et se suicide par la suite. Toutes ces réactions reflètent l’unicité des personnages, ceux-ci représentant différents caractères ou instincts de l’être humain. Ces retours à la vie peuvent générer une kyrielle de sentiments : joie, colère, angoisse, désespoir ou sérénité et c’est un mélange de tout cela que nous retrouvons dans Les revenants.

On ne peut passer sous silence la mise en scène très efficace de la série. Tout comme dans Top of the lake, les personnages se trouvent dans une petite ville isolée du reste du monde. L’emplacement semble être loin des lois humaines et la nature domine, ce qui donne une atmosphère sauvage où tout peut arriver. Comme il est écrit sur ce blogue : « la mise en scène met en place une ambiance onirique traversée ici et là par de belles fulgurances esthétiques[1] ». Luminosité blafarde, beaucoup de brouillard, omniprésence de l’eau qui est source de vie; tous ces détails, ajoutés à une trame sonore discrète, mais pesante,  suffisent à transformer un village champêtre en un lieu éthéré.

Brouillon

La première question que l’on se pose en regardant Les revenants, c’est à quel genre appartient cette série : drame? Horreur? Science-fiction? Fantastique? C’est en fait un mélange d’un peu tout cela et voilà où le bas blesse. Plusieurs séries se cantonnent dans un de ces genres et le résultat en est franchement plus réussi. Pensons d’abord à Six feet under (2001-2005) dont le sujet principal était la mort. Au cours de chaque épisode, on suivait la famille Fisher, propriétaire d’un salon funéraire, qui était sans cesse exposée au deuil de ses clients. Réflexions sur la mort et la vie, la série avait tout d’un drame poignant. Defiance, actuellement diffusée, se veut une série de science-fiction et dès le départ, on met la table : on nous dit ce qui s’est passé et le spectateur n’a d’autre choix que d’accepter cet état de fait. Sinbad (2012) nous amenait dans l’univers des contes des Mille et Une Nuits, sachant que nous regardions une série fantastique, nous ne nous étonnions donc pas de retrouver des êtres surnaturels ou des humains pratiquant la magie.

Le problème avec Les revenants, c’est qu’on ne sait pas sur quel pied danser. Pourquoi ces gens retournent-ils sur Terre? Sont-ils chargés d’une mission quelconque? Vers quoi s’en va-t-on? Malheureusement, très peu de réponses nous sont fournies et il manque un fil conducteur à la série. Il faut dire que le manque de dialogues et les nombreuses plages de silence donnent un rythme très lent à la série, ce qui n’arrange pas les choses. De plus, chaque épisode porte comme titre le nom d’un des morts-vivants. Cette technique, déjà utilisée dans Skins (2007- ) nous permettait de faire connaissance avec un personnage en particulier. Dans Les revenants, le premier épisode a beau s’appeler « Camille », on n’apprend pas grand-chose sur son compte, sinon comment elle est morte. Afin d’amener plus d’émotion, la série aurait dû s’inspirer des nombreux flashbacks préconisés dans Revenge par exemple, qui servent à nous dépeindre le passé douloureux du protagoniste. Ces scènes, qui nous montrent à quel point celui-ci a souffert dans son enfance et créent un lien émotionnel avec le téléspectateur, ce qui n’est pas le cas avec Les revenants.

En conclusion, on est ambivalent quand on regarde cette série. Les acteurs sont très doués, la mise en scène est impeccable et les réactions des gens lorsqu’ils retrouvent quelqu’un qu’ils croyaient disparu à jamais sont intéressantes. Néanmoins, on ne s’attache pas vraiment aux personnages et les silences interminables rendent les épisodes plus longs qu’ils ne le sont en réalité. Cela dit, avec un auditoire moyen de 1,35 million par épisode[2],  force est d’admettre que la série a réussi à trouver son public cible. D’ailleurs, une deuxième saison est actuellement en tournage.

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