24 CH (2013) : complaisance?

24 CH est une série de sept épisodes diffusés simultanément en français sur les ondes de RDS et en anglais sur les ondes de TSN. À mi-chemin entre le documentaire et la téléréalité, on suit toute l’équipe de hockey du Canadien de Montréal à partir du début de la saison écourtée, le 19 janvier,  jusqu’au 20 mai, en pleines séries éliminatoires. Résumé des matchs, entrevues avec des joueurs et l’équipe d’entraîneurs, visite des coulisses, le programme que s’est imposé 24 CH est colossal, d’autant plus que la majorité des épisodes ne durent pas plus de 20-25 minutes. La série a ses défauts et ses qualités. En effet, autant on aime en apprendre davantage sur l’équipe, autant on se questionne sur l’objectivité de la série qui prend parfois des airs d’autopromotion.

Les points forts

Les moments les plus intéressants dans 24 CH sont les entrevues plus intimistes avec les membres de l’organisation. On commence par suivre le nouvel entraîneur-chef Michel Therrien, alors qu’il entame sa journée de travail aux aurores. Il nous explique ses priorités, sa routine, ce qu’il attend du Canadien et on est à même de constater sa passion pour l’équipe à en juger par ses réactions lorsque les matchs se soldent par une victoire ou une défaite. Le même procédé est utilisé avec Marc Bergevin, le nouveau directeur général. Outre ces entretiens privilégiés et fort intéressants, on est à même de constater le travail acharné qui se déroule derrière chaque match du Tricolore. Entraîneurs adjoints, préposés à l’équipement, médecins; tous forment un noyau vital essentiel au bon fonctionnement de la franchise.

On aurait aimé voir plus d’entretiens comme ceux-ci du côté des joueurs. Il est vrai qu’en 2010, l’émission Nos Canadiens diffusée simultanément sur V et RDS et animée par Anne-Marie Withenshaw avait rempli cette mission. Pendant plus ou moins 24 heures, celle-ci suivait dans sa routine un joueur en particulier. N’empêche, on a pu assister dans 24 CH à un moment de franche camaraderie entre Alex Galchenyuk et Brendan Gallagher, les deux recrues de l’équipe, et entendre Colby Armstrong s’évertuer à parler en français. D’amusantes capsules quotidiennes comme ci-haut sont aussi disponibles sur le site de l’équipe. La série aurait dû s’attarder davantage à ces moments authentiques.

Les points… moins forts

Commençons par un fait non négligeable : 24 CH est financée par Bell, celle-ci possédant 18 % des actions du Tricolore et 80 % de RDS[1]… difficile d’espérer l’objectivité! Collectivement, l’équipe a connu une bonne saison, mais tout n’a pas été sans nuages pour autant. Par exemple, le 26 février, Erik Cole, un des seuls joueurs à ne pas être tombé dans la médiocrité la saison dernière, est échangé subitement contre Michael Ryder. Dans l’épisode, on prend bien soin de nous présenter le nouveau venu alors qu’on ne recueille même pas une réaction du #72 ou des membres de la direction. Sinon, les caméras s’intéressent pour la première fois à Max Pacioretty seulement lors du quatrième épisode… au moment où il compte enfin un but après une longue disette. Des « hasards » comme ceux-ci se reproduisent souvent dans la série.

Pour ce qui est de l’esthétisme de 24 CH, les plans et le montage sont d’une qualité remarquable. Peu à peu, on en vient à s’habituer à la narration de Pierre Lebeau qui domine tous les épisodes. Seulement, quelques phrases clichées auraient eu avantage à être retravaillées (« Rome ne s’est pas bâtie en un jour », « après la pluie le beau temps », etc.). Enfin, le problème majeur est qu’on tente de couvrir toute la saison de 48 matchs en six ou sept épisodes. La surabondance de matériel nuit donc au contenu de la série; on vogue trop en surface pour approfondir quelque sujet que ce soit.

Un amour incommensurable malgré les aléas du sport

Forte de 24 coupes Stanley depuis sa création et troisième équipe la plus riche de la Ligue nationale selon l’édition du magazine Forbes 2008[2], le Canadien de Montréal vit une longue histoire d’amour avec ses partisans qui n’est pas prête de s’arrêter. Le statut du Centre Bell, lieu où les matchs de l’équipe sont disputés en est d’ailleurs éloquent : plus grand amphithéâtre d’Amérique du Nord, il est aussi le deuxième le plus fréquenté au monde derrière l’Aréna O2 en Angleterre[3]. Le succès de l’équipe semble donc assuré jusqu’à la fin des temps et une série comme 24 CH, sans nécessairement aller chercher de nouveaux partisans, vient confirmer l’intérêt des partisans pour la Sainte-Flanelle.

L’an dernier à plus où moins pareille date, le Canadien connaissait une saison pathétique et terminait sa saison au 15e rang de l’Association de l’Est. Bien entendu, les producteurs de 24 CH en commençant le tournage cette année ne pouvaient imaginer que la même équipe se retrouverait deuxième derrière les Penguins de Pittsburgh et qu’elle accéderait aux séries éliminatoires. Cette remontée fulgurante est bien entendu due aux multiples changements effectués au sein de la direction, mais aussi au hasard puisque l’équipe est sensiblement composée des mêmes joueurs que l’an dernier. Ainsi va le sport et 24 CH ne peut que se réjouir d’avoir à mettre en scène une saison positive avec des scènes redorant le blason de l’équipe.

En terminant, 24 CH est une série à voir pour tous les admirateurs de la Sainte-Flanelle et les curieux. Sans nous faire de grandes révélations, elle nous donne tout de même un point de vue intéressant quant à l’envers du décor de ce sport. Mais comme ce fut le cas avec Nos Canadiens, la série reste très complaisante à l’égard de l’équipe et on aurait souhaité une production plus objective. Pensons à 24/7 diffusée chaque année sur les ondes de HBO à la veille de la Classique hivernale de la LNH et qui n’hésite pas à nous donner du croustillant.

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