Defiance (2013): jouer ou regarder?

Defiance une nouvelle série de science-fiction de 13 épisodes diffusée sur les ondes de Syfy aux États-Unis et Showcase au Canada. Le tout commence 33 ans plus tard sur la planète Terre alors que les humains se sont livrés à une guerre sans merci contre les Voltans, des extra-terrestres qui ont du fuir leur planète après que leur système solaire ait été détruit. À bout de ressources, ils en viennent à un accord avec les humains quant à une cohabitation sur la Terre. Entre en scènes dans la ville nouvellement baptisée Defiance (autrefois St Louis) Jeb Nolan et Irisa, une jeune extra-terrestre qu’il a adoptée. Jeb, un ancien militaire, sera nommé par la mairesse Amanda Rosewater shérif de la ville afin de faciliter la cohabitation fragile entre les différentes races. Les effets spéciaux réussis, un scénario crédible et le talent indéniable des acteurs apportent des points positifs à la série. Par contre, celle-ci fait aussi l’objet d’un jeu vidéo et on est en droit de se demander laquelle des deux plateformes sera privilégiée au détriment de l’autre.

Cette vision du futur…

Defiance se déroule donc dans un futur assez rapproché et nous offre une vision conservatrice qui en dit long sur notre présent. En effet, il semble qu’on dépeigne les séries se déroulant plus tard qu’à notre époque comme étant issues d’un chaos quelconque où tout est à rebâtir. Si dans Revolution, une panne d’électricité est à la base d’un monde nouveau, dans Defiance, c’est la guerre puis l’arrivée d’extra-terrestre qui est à l’origine de celui-ci. Peu importe, le résultat est sensiblement le même. Débris, déchets, saleté costumes et objets de toutes époques confondues; il semble que l’être humain ait à payer du gaspillage présent causé par la société de consommation et qu’une « œuvre divine » se charge de les ramener à la base. Puis, comme le veut l’expression, plus ça change, plus c’est pareil, les guerres deviennent un leitmotiv dans les séries de science-fiction (Battlestar Galactica, Terra Nova). Celles-ci se prêtent bien entendu au credo du jeu vidéo, mais j’y reviendrai plus tard.

En même temps, la trame narrative de Defiance n’est pas exempte de références au présent. Les humains cohabitent plus ou moins difficilement avec les Voltans qui à eux seuls comptent huit races. Dans le troisième épisode, des citoyens appartenant à l’une de celles-ci décident de mettre au pilori un des leurs, parce qu’il a été déserteur lors d’un combat précédent. Le nouveau shérif, Jeb, a beau vouloir les en empêcher, arguant que tout ceci relève de la barbarie, la mairesse lui interdit d’intervenir, répliquant que chaque peuple a le droit d’exercer les préceptes de sa religion comme il l’entend. On revient donc au vieux dilemme du multiculturalisme si cher au Canada par exemple et qui n’est pas sans causer de heurts!

Lors du second épisode, une force extérieure veut envahir Defiance. Bien que la ville bénéficie d’un genre de cristal magique trouvé par Jed et qui peut massacrer une armée, c’est d’abord et avant tout l’union de toutes ces races qui sera à l’origine de la victoire. Nous sommes bien évidemment exposés à ces mêmes réalités, que ce soit en 2013 ou par exemple lors de la Deuxième Guerre mondiale. Plusieurs peuples font front commun contre un ennemi quelconque.

Des thèmes comme ceux-ci qui font référence à notre monde actuel ne produisent pas un effet foncièrement mauvais. C’est justement cette cohabitation qui rend Defiance intéressante. C’est que chaque race est poussée par des objectifs précis et se sert des autres pour y parvenir. Jusqu’ici, il n’y a ni gagnants, ni perdants, bien que la série semble s’enligner sur une guerre entre deux puissantes familles, les Tarr et les McCawley.  Ironiquement, le fils de l’une, Alak, et la fille de l’autre, Christie, tombent amoureux. La romance ne sera donc pas exempte de la série. Comme l’écrit Tim Surette sur tv.com : «The show also moves at a solid pace, partly because it’s a mash-up of all sorts of genres; it covers political thrillers, action movies, soap operas, and even some crime drama without feeling scattered[1] ». En somme, des éléments classiques caractérisant différentes séries, mais avec en plus l’aspect science-fiction très réussi (costumes, lieux, maquillages, gadgets surréalistes, etc.)

Une nouvelle convergence

Dans mon article sur la série Nashville, je réfléchissais sur l’éclosion encore récente de séries dans lesquelles la musique est partie prenante du synopsis. Non seulement les producteurs engrangent des profits avec la vente de DVD par exemple, mais ils en accumulent encore plus en vendant les chansons dans la série; convergence entre l’industrie télévisuelle et l’industrie du disque. Si cette nouvelle réalité n’affecte en rien la qualité des séries, il en est tout autrement dans le cas de Defiance.

Sur le site internet adweek.com (traduit en français sur TVQC.com[2]), on a accordé une tribune au président de Syfy afin qu’il vienne faire la promotion de ce double produit (série/jeu vidéo). Dans l’article, qui dure trois pages, il n’y a qu’un ou deux paragraphes dédiés au contenu de Defiance et tout le reste fait l’apologie du jeu vidéo. On nous précise les coûts de production, les applications et on va même jusqu’à nous préciser la clientèle recherchée et ce qu’on espère en retirer : «La série désire attirer des jeunes téléspectateurs de sexe masculin, ce qui ouvre la porte à de la publicité de grande valeur : Syfy vend de la publicité ». On poussera aussi l’audace jusqu’à faire la publicité du jeu PENDANT les épisodes de la série. Cette façon de nous vendre le tout comme étant un produit de consommation et non une œuvre est agaçante. L’autre problème, c’est que dans les jeux vidéos, on stéréotype les personnages; ils sont soit méchants, soit gentils, ce qui en vient à affecter la série, entrainant un manque de profondeur.

En terminant, Defiance, pour le moment, n’a pas eu à trop souffrir de sa version jeu vidéo. Mis à part le combat lors du deuxième épisode où les ennemis se résument à une poignée de soldats extra-terrestres à éliminer, on a bien pris le temps de camper les personnages et d’approfondir la dynamique résultant de la cohabitation entre les différentes espèces. Le bémol ici; pour combien de temps? NBCUniversal a dépensé la somme rondelette de 105 millions $ pour le double produit et on peut dire que jusqu’ici, le studio a atteint son objectif puisqu’au Canada, la série a attiré un million de téléspectateurs los de la première dont la moitié se situent dans la tranche d’âge 25-54 ans[3]. Reste à savoir si le jeu vidéo connaîtra un succès équivalent.

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