Hannibal (2013) : cosmétique et comestible

Hannibal est la nouvelle série diffusée sur les ondes de NBC aux États-Unis et CityTV au Canada depuis avril. Faisant référence au personnage de fiction du même nom créé par l’auteur Thomas Harris, on retourne dans le passé d’Hannibal Lecter, ce tueur en série cannibale que l’on a pu voir pour la première fois dans le film oscarisé Silence of the lambs (1991). Dans la série, plusieurs meurtres ont été commis et la police fait appel à Will Graham, un agent spécial ayant la faculté de se mettre dans la peau d’un tueur en série afin de résoudre les énigmes. Troublé par tous ces crimes, on le jumelle à un psychiatre de grande renommée, Hannibal Lecter, qui vraisemblablement est mêlé à toute cette affaire. Après Do no harm et Smash à NBC qui se sont révélées en deçà des attentes des téléspectateurs, Hannibal suscitait beaucoup d’appréhension, en grande partie parce qu’elle exploitait un des personnages les plus marquants de la récente littérature. 2013 est l’année par excellence où l’on retrouve à l’écran des vilains plus grands que nature. Dans le cas de cette série, on table trop sur la notoriété du personnage sans assez l’exploiter. Par contre, l’esthétisme sans failles et les contrastes entre les personnages sont bien exploités.

Émotion contre froideur

Dès le premier épisode, on comprend qu’Hannibal tirera sa force des contrastes constamment exposés à l’écran, à commencer par les protagonistes. En parlant du personnage d’Hannibal, Pierre Sérisier écrit : « Sa psychologie est seulement suggérée et jamais montrée. Elle se pose en contrepoint de celle de [Will] Graham, dont les cauchemars et les visions apparaissent clairement à l’écran, dans une forme délirante ou très crue[1] ». Will est un jeune professeur solitaire au point où il admet avoir de la difficulté à soutenir même un regard. Pourtant, son talent à comprendre et analyser la psyché d’un tueur en série est indéniable. Lorsqu’il visite les lieux d’un crime atroce, il est capable de s’imaginer ce qui s’est passé et son interprétation des meurtres est représentée à l’écran à l’aide d’images très violentes. Dans ces plans, nous voyons donc le « gentil » que le montage juxtapose à des scènes d’horreur.

À l’opposé, nous avons Hannibal qui le seconde et veille sur lui. Étant donné qu’il s’agit d’un prequel, nous savons déjà que ce cannibale sera interné tôt où tard. Pourtant, on le dépeint dans la série comme étant un être très calme, distingué, au-dessus de tout; bref, insoupçonnable. Lorsque Will affirme aux policiers que le meurtrier mange ses victimes, le plan suivant nous montre Hannibal en train de faire cuire un morceau de viande en toute quiétude dans sa cuisine. Au cours des premiers épisodes, celui-ci se fait un plaisir d’inviter un policier à venir manger chez lui ou encore d’apporter un petit déjeuner à Will (des « saucisses » et des œufs). Bien qu’on voie ses invités manger des plats qui paraissent comestibles, le téléspectateur ne peut s’empêcher de penser que quelqu’un a été tué, écorché, dépecé… et cuit. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est qu’on est plus effrayé par ce qui est suggéré dans ces scènes avec Hannibal que par les images crues qu’imagine Will. Une technique que la série se doit de reproduire plus souvent au cours des prochains épisodes.

Une nouvelle vague quant à la représentation de désaxés?

Au cours de la saison 2013, The Following, Bates Motel et Hannibal ont eu pour personnage principal un tueur « hors du commun ». Dans The Following, Joe Carroll fait figure de gourou devant ses adeptes. L’inspiration suprême de cette confrérie est la littérature d’Edgar Allan Poe emplie de meurtres sordides. C’est sa cruauté viscérale et le fait qu’il ait toujours une longueur d’avance sur les policiers qui fascinent le téléspectateur.

Dans Bates Motel, on revient dans l’adolescence de Norman Bates, avant qu’il ne devienne un tueur profondément déséquilibré vivant dans l’ombre de sa mère. On assiste dans la série à sa lente descente aux enfers provoquée par des événements qui en traumatiseraient plus d’un. Dans ce cas-ci, on s’attache à lui à cause de la pitié qu’il inspire.

À l’inverse, on a beau retourner quelques années en arrière, le protagoniste d’Hannibal est déjà à l’œuvre. On ne sait donc pas quels ont été les éléments déclencheurs l’ayant poussé à des actes immondes. L’attrait de la série tient seulement du fait qu’il soit en liberté et que personne ne le suspecte. Du coup, les enquêtes progressent à un rythme très lent et on étire dangereusement la sauce en « surfant » sur la notoriété du protagoniste grâce aux récents films sur sa personne.

Enfin, dans The Following et encore plus dans Hannibal, les crimes sont transformés en œuvres d’art et la violence relayée au second plan. Les tueurs font preuve d’une fascination morbide pour le corps humain et ne se contentent pas de leur enlever la vie. Par contre, l’esthétisme dans Hannibal est poussé encore plus loin. L’exemple le plus probant se trouve dans l’image ci-bas; les corps des victimes ont été vidés et ont été convertis en véritables petits jardins. D’après Will, l’éclosion des champignons tient du fait qu’ils ont absorbé les nutriments du corps humain. Ces plans, d’une beauté morbide baignée dans une lumière automnale forment des canevas horrifiques et sophistiqués ; à l’image du tueur.

Pour conclure, après avoir visionné les trois premiers épisodes, Hannibal a beaucoup de potentiel, mais avec une saison de 13 épisodes, le rythme des intrigues doit s’accélérer. De plus, on analyse un peu trop les crimes au lieu d’exploiter le protagoniste sur lequel repose la série. On sait que tôt ou tard, il se fera épingler par la police et il serait bien de sentir l’étau se resserrer autour de sa personne.  En tout cas, NBC pourra souffler un peu,  jusqu’ici, la série remporte la palme des cotes d’écoute dans la plage horaire des jeudis soir[2].

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