Bates Motel (2013) : la genèse d’un tueur

Bates Motel est la nouvelle série printanière diffusée sur les ondes d’A&E au Canada et aux États-Unis depuis le mois de mars. Cette série est décrite par la chaîne comme étant un « prequel contemporain » du film à succès Psycho d’Hitchcock (1960). On revient donc dans l’adolescence du psychopathe Norman Bates. Sa mère Norma et lui quittent l’Arizona pour s’installer dans un petit village où ils ont fait l’acquisition d’un motel jonchant une autoroute achalandée. On assistera donc au cours des épisodes à l’évolution de la relation quasi malsaine entre le fils et la mère avec la fin que l’on connaît. On est rapidement désillusionné si on espérait retrouver la continuité du maître du suspens dans Bates Motel, reste que la relation entre ces deux êtres exerce sur le téléspectateur une fascination morbide et que le scénario contient assez d’éléments de suspens pour nous accrocher.

BATES-MOTEL-Teaser-Trailers

Le danger du « prequel »

Le prequel, c’est-à-dire prendre un personnage de fiction marquant et créer une autre œuvre autour de celui-ci en revenant dans son passé, est toujours dangereux. J’avais déjà exprimé ma déception dans un autre article à propos de la série Carrie Diaries qui tentait de revenir dans l’enfance de Carrie Bradshaw de Sex and the city. Il en va de même pour Bates Motel. Le premier problème est qu’on retourne dans l’enfance de Norman Bates…dans le futur. En effet, si son personnage devait avoir dans la trentaine en 1960 (date du film),  l’action devrait logiquement se dérouler au début des années 50. Or, celle-ci se déroule dans le monde d’aujourd’hui, rendant le lien entre les deux œuvres difficilement conciliable. Cette décision de la part des producteurs est d’autant plus étonnante que les séries historiques ou de nostalgie on la cote en ce moment[1]. Gageons qu’il s’agit davantage d’un choix économique qu’artistique étant donné les coûts élevés pour la reconstitution d’une époque à l’échelle de tout un village.

Aussi, pour avoir vu Psycho une bonne dizaine de fois, je m’imaginais une mère acariâtre, guindée et autoritaire, alors que Norma dans Bates Motel est une très jolie jeune femme, assez décontractée, mais qui est surtout très (pour ne pas dire trop) aimante envers son jeune fils. On apprend aussi que Norman a un demi-frère, Dylan (détail jamais évoqué dans le film), et que son père a été assassiné depuis peu (on laisse entendre que Norma serait la meurtrière). Et voilà que pendant les dix premières minutes du premier épisode, on ne cesse de penser aux abîmes qui séparent la série du film culte d’Hitchcock, que ce n’était qu’un coup de marketing…..

…Et Pourtant…

Bates Motel est envoûtante! Il faut d’abord souligner l’excellent jeu des acteurs principaux et accorder une mention toute spéciale à Chris Bacon[2], le compositeur de la trame sonore, laquelle crée une atmosphère autant inquiétante que ténébreuse. Force est aussi d’admettre que la série s’en sort assez bien du point de vue des décors, malgré la décision de placer l’action dans le monde présent. L’installation des Bates semble figée dans le temps, de même que le mobilier à l’intérieur qui n’a rien de moderne. Ajoutons à cela les costumes vieillots arborés par les personnages et le fait que tout le village semble figé dans le temps, le tout crée un bon effet de claustration. Enfin, Norman ne cesse de regarder des films en noir et blanc sur une vieille télévision, parce que, comme il l’affirme : « everyone seems happier in old movies, event the bad ones ». Tous ces menus détails contribuent à nous ramener à ce passé auquel Norman Bates appartient véritablement et dont il ne peut s’échapper.

Bates-Hotel

La force de Bates Motel provient évidemment de la trame narrative et c’est ici que l’on réalise l’importance de se baser sur le film Psycho. Comme l’écrit Pierre Sérisier dans son blogue : « L’ennui est que le public connaît déjà la fin. Tout repose donc sur le chemin qui sera parcouru et non sur l’endroit où va nous conduire l’histoire[3] ». En effet, nous sommes au courant que Norman Bates finira par se faire épingler, mais nous savons surtout jusqu’à quel point sa démence le conduira. Lors de la rénovation de l’hôtel, Norman retrouve un livre caché sous un tapis dans lequel on retrouve plusieurs dessins de jeunes filles ligotées et pratiquement dénudées. L’obsession qui le hante face à ces représentations de femmes qui souffrent est mise en contraste avec l’attitude d’enfant soumis qu’il adopte par rapport  à sa mère. Tout au long des épisodes, on réalise à quel point la relation entre ces deux personnages est malsaine et que lentement mais sûrement, elle affecte Norman au plus haut point.

Bates Motel est en soi marquée par la fatalité. En connaissant la fin, on est assuré que la série ne connaîtra pas une issue heureuse et on ne peut qu’éprouver de la pitié à l’égard de Norman. À un moment, il tente de tuer son demi-frère, sans succès. Lorsqu’ils se revoient plus tard, Dylan revient sur le sujet, mais Norman ne se souvient absolument de rien. Il parvient donc à refouler ses sentiments et souvenirs douloureux jusqu’à l’oubli ; tous les éléments d’un drame sont en place.

En terminant, Bates Motel est une série qui vaut le détour. Outre les scènes poignantes entre la mère et le fils, plusieurs autres intrigues sont en place. La série commence avec le meurtre de l’ancien propriétaire du motel à coups de couteau par Norma et Norman, un clin d’œil à Psycho. L’enquête des policiers avance et l’étau se resserre autour des Bates. En plus, l’un d’eux pourrait s’avérer être un tueur en série redoutable. Et le mystère entourant le fameux livre trouvé par Norman n’est toujours pas éclairci… de quoi nous tenir en haleine au cours du printemps.


[1] Downton Abbey, Call the midwife, Mad Men, Pan-Am, Mr. Selfridge, Upstairs downstairs, Carrie Diaries, et j’en passe.

[2] Bacon compose aussi la musique dans la deuxième saison de la série Smash.

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